‹ Œuvres de J. de La FontaineChapitre 86 sur 379 · I. Paris, x68i, s vol. iii · texte numérisé non relu

I. Paris, x68i, s vol. iii

SUR LA FONTAINE. cxxiti

Le poème du Quinquina serait une fantaisie inexpKcable, s'A n'aTak ëtë demande à la Fontaine par la duchesse de BomUon, qui il fut dédie :

Cest pour tous obéir, et non point par mon choix, Qu'à des sujets profonds j^ocoupe mon génie.

H disait sans doute tout bas : à des sujets d*nn profond ennui; mais un dësir de ht belle duchesse était on ordre. L'Anghria TalboC (ou Tahor) avait récemment apporté son remède en France, avec la recommandation de la duchesse de Mazarin. Cette dernière circonstance rendait assez naturel qae la sœur d'Hortense Mancini portât au quinquina un vif intérêt ; il aurait peut-être même suffi pour elle que la mode y fAt. La Fontaine invoque la duchesse de fiouiUon, au début de son oeuvre, pour qu'elle la fovorise :

Empêchez qu^on ne die

Que mes vers sous le poids languiront abattus.*

Ce qu'elle n'aurait pu empêcher, si Molière eût enccnre été U, c'eût étë qu'il ne se moquât de la Fontaine avec sa poéde médicale, aà il étalait, comme un docteur de Poureeaugnae^ les doctrines de Galien sur la fièvre et la science puisée dans un livre de son ami, le médecin François Monginot. Deux chants sur un tel ti^, quel pensom beaucoup plus dur que celui dont Port^Boyal Pavait naguère chargé I Aossi, à la fia du premier diant, parait-il bien las :

Allons quelques moments dormir sur le Parnasse.

Le voilà bien avec son assoupissement, qui devançait celui du lecteur. Au milieu de ce sommeil, qu'il ne faut pas prendre au figiu*ë, comme celui du bon Homère, il s'est acquitté de son labeur en conscience, mais malgré Minerve et malgré les Grâces. Il y a cependant, lorsqu'il arrive à sa dernière page, une petite £able sur Jupiter et les deux Tonneaux qui nous réveille en même temps que le poète. Sans que ce soit im de ses meilleurs apologues, on y reconnaît sa plume.

Ces très-petits faiu de l'histoire de ses ouvrages nous ont arrêta devant les portes de l'Académie auxquelles nous avons dit qu'A vint frapper quelques années après que la seconde

oxxiv NOTICB BIOGRAPHIQUE

de ses grandes publications de fables eut mis k sceau à sa renommée. Il avait tenté, dit-on*, une première candidature, quand fut ouverte la succession de Gotin, en janvier i68a. Il y renonça sans doute, ayant trouvé un concurrent trop redoutable dans l'abbé de Dangeau, qui avait sur lui l'avantage d'être lecteur du Roi et de rendre, dans cette charge, de grands services aux gens de lettres. La place de Gotin ne fut pas longtemps à disputer, puisque Dangeau fut reçu le a6 février 1681. La mort de Colbert (6 septembre i683) parut offrir une occasion plus favorable. La Fontaine, qui n'aimait pas plus qu'il n'était aimé de lui le sévère ministre, un des prindpauz auteurs de la disgrâce de Foucquet, s'était mis cependant en règle avec lui dans son poème du Quinquimi^ où il a cââ>ré ses louanges, promettant même d'y trouver un jour une digne matière de ses chants. Il n'en fit pas moins, à l'occaÀon de sa mort, une épigramme contre lui, plus sincère que les vers où il l'avait encensé; mais il ne la rendit certainement pas puMique ; et d'ailleurs l'Académie n'a jamais exigé qu'on fât grand admirateur de l'Immortel dont on brigue la succession : il 8u£Bt que, dans son compliment, le récipiendaire ne lui marchande pas trop le panégyrique fonèbre. Ce ne fut donc pas de ce cAté que vinrent les di£Bcultés auxquelles se heurta la nouvelle candidature de la Fontaine.

Le Roi désirait alors que Boileau entrât à l'Académie, que hd avaient jusque-là fermée les haines soulevées par ses satires. La Fontaine alla demander à son ami, dit Louis Racine*, « s'3 seroit son concurrent. Boileau l'assura que non, et ne fit aucune dânarche. » Mais il eut des amis qui en firent contre notre poète. Le jour où l'on délibéra sur l'élection, l'acadàni-

I. QEwres de la Fontaine^ Pftrit, 1877, > ^^^* grand in-8«. Imirc duetion par Edouard Foumier, p. zxxix. M. Foumier y cite, à Tappui, une lettre de la Monnoye. — Furetière, dont le témoignage contemporain, notait sa partialité haineuse, aurait de Tau^ torité, fait remonter plus haut la brigue académique de la Fontaine, a Cest, dit-il, parlant de ses contes, ce qui Ta longtemps éloigné de TAcadémie, dont il a brigué une place pendant sept années » (Second faetum^ p. 991 et 991).

1. Mémoires sur la pU de Jeam ÂaeUte^ tome I des OEmpres de J, JUeÎM, p. i8o.

Googk

SUR LA FONTAINE. oxxt

ôen Rose, sacréuire da Roi, dont il croyait sans doate, en boo courtisan qu'il ëtait, ne pas contrarier les intentions, jeta sur la table de la salle des séances un vc^ume des Contes dt la Fommime^ puis, s'apercevant qu'il n'avait pas produit grand effet, dit avec dëpit : « Je vois bien, Messieurs, qu'il TOUS ÙLVA un Marot. 3» Le préndent Rose était plaisant; et c'âait ëyidemment un maraud qu'il voulait dire. Bensserade, qui, pour les jeux de mots, n'était jamais en reste, répliqua : « et à vous une marotte. » La bouffonnerie de Rose, ainsi comparée à ceQe d'un fou du Roi, se trouvait bien payée, argent comptant. Le scrutin par l^ets fut ouvert. La Fontaine eut seixe suffrages, Boileau sept. Dans le scrutin par ballottes, ou il y eut encore vingt-trois votants, notre poète ne gagna pas de suffrages; il y eut contre lui sept boules noires ; et comme la règle était que, s'il se ti*ouvait de celles-ci un nombre ^al au tiers de celui des votants, le candidat était à jamais exclu ^, la Fontaine l'aurait été, s'il y avait eu une boule noire de plus. H avait échappé à ce danger et était élu par les seize boules blanches du premier scrutin par ballottes, qui n'était, comme on va dire, qu'une épreuve préliminaire. Rien n'était fini. « L'Académie, dit d'Olivet^, par W anden statut..., ne peut recevoir persoQue qui ne soit agréable an Protecteur.... L'ordre est qu'il y ait deux scrutins* : f un pour déterminer à la pluralité des suffrages quel sujet die proposera au Protecteur ; l'autre pour consommer l'électioD, après que le Protecteur a répondu en foveur du sujet proposé. 3»

Le Protecteur fut mécontent de l'échec de Boileau, à qui il avait dit : « Je veux que vous soyez de l'Académie, » mécourtent aussi du choix qu'on avait fait de l'auteur des Contes. Plus que jamais ces badinages grivois l'indisposaient contre la Fontaine, sa conscience étant devenue scrupuleuse. Lorsque le directeur de l'Académie, Jean Doujat, alla lui demander

I. Voyez d'Alembert, HUtoir§ des membres de fAcadéade fran» foûe, tome Y, p. 388, à la note.

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