LES DIEUX DES CHAMPS AUX DIEUX DES ARTS
» L'inscription , oomme vous le voyez , est écrite dans notre lan^ » gue, ou plutôt dans la vôtre : elle vous appartient par les prices M que vous lui prêtez; et j'oserai vous dire avec Voltaire :
i> Elle est à Coi, puisque ta TembeUis.
» J*ai cru qu'une langue dans laquelle vous rendez tousles jours » vos sentimens et vos idées ne pourrait être indigne d'aucun mo- » nument; je ne l'ai trouvée insuffî^uite que pour exprimer toute » la vénération, la reconnaissance et le respect avec lesqueb j'ai » l'honneur d'être, etc. »
On peut voir dans les notes de la dernière édition des Jardins la belle description de Pulhavie que la même dame envoya à l'auteur en i "^gg , et l'usage que Delille en a fait dans son poème.
9 Des enfus du hameau tel est le grave maître.
^ Quelques vers du portrait du pasteur et de celui du maître d'école sont imités du charmant poème de Goldsmith , The deserted FiUage.
10 Jadis Caton en&nt fxiX un boudeur sublime.
« Caton, dès le commencement de son enfance, tant en sa pa- » role qu'à son visage, et en tous Ses jeux et passe-temps, monstra » tousjours un naturel constant, ferme et inflexible en toutes choses; » car il vouloit venir à bout de tout ce qu'il entreprenoit de faire, M et s'y obstinoit plus que son aage ne portoit; et s'il se monstroit » rebours à ceux qui le cuidoient flatter, encore se roidissoit-il da- » vantage contre ceux qui le pensoient avoir par menaces. Il estoit » difficile à esmouvoir à rire, et lui voyoit-on bien peu souvent la » chère gaye*.. Les peuples d'Italie, alliez des Romains, pourchas- » soient d'avoir droit de bourgeoisie dedans Rome, pour lequel »pourchas., Pompœdius Sillo, estant particulièrement amy de » Druaus, fut logé par plusieurs jours en sa maison, durant le»- » quels ayant pris familiarité avec ses jeunes enfans, il leur dit un «jour : Or sus, mes beaux enfans, intercéderez- vous pas pour » nous envers vostre oncle qu'il nous veuille aider à obtenir le droit « de bourgeoisie que nous demandons? Caepion^ en se souriant, luy » fit signe de la teste qu'il le feroit ; mais Caton ne respondit rien , » ains regarda seulement ces estrangers au visage d'un regard fiché » sans ciller. Adonc Pompsedius s'adressant à luy à part : £t toy, » dit-il, beau fils, que dis-tu? ne veux-tu pas prier ton oncle de
» favoriser à ses hostes comme ton frère? Caton ne respondoit point » encore pour cela, ains par son silence et par son regard monstra » qu'il rejettoit leur prière. A Toccasion de quoy Pompaedius I'em- » poignant, le mit hors de la fenestre, comme s'il l'eust voulu laisser » aller, en lui disant d'une voix plus aspre et plus rude que de » coustume, et le secouant par plusieurs secousses en l'air au de- » hors de la fenestre : Promets-nous donc , ou je te jetteray à bas. » Ce que Caton endura , et longuement, sans monstrer de s'efTroyer » ni de s'estonner de rien.
» Sarpedon menoit ordinairement Caton au logis de Sylla pour » lui faire la cour : mais son logis en ce temps-là ressembloit pro- » prement à voir un enfer ou une geôle, pour le grand nombre de » prisonniers qu'on y menoit et qu'on y gehennoit ordinairement. » Caton estoit desia au quatorzîesme an de son aage; et voyant » qu'on apportoit leans des testes qu'on disoit estre de personnages » notables, de sorte que les assistans soupiroyent et gemissoyent de » les voir, il demanda à son maistre comment il estoit possible qu'il » ne se trouvast quelque homme qui tuast ce tyran -là : Pour ce, » lui respondit Sarpedon , que tous le craignent encore plus qu'ils » ne le haïssent. Que ne m'as-tu doncques, répliqua-t-il , baillé une » espéeafin que je ie tuasse, pour délivrer nostre pays d'une si cruelle o servitude ?... » (Plutarque , Vie de Caton , trad. d'Amyot.)
1 Les prés délicieux de sa chère Mantone.
« Et (jDalein infelix amisit Mantna eampam «
» Pascentcm niveos herlKMo flamine cjcxu», etc. *
• . . Dans ces prés, ravis à ma obère Mantone, Où le cygne argenté snrles ondtes se joae , etc.
Virgile , Gcorg, , Ub. II.
• Rival de Duhamel, surprenez ses secrets.
Duhamel -Dumonceau, Tun des savans les plus distingués qui aient illustré la France pendant le dix-huitième siècle par l'étendue, la variété et Tutilité de ses recherches sur l'agriculture, est principaiement connu par ses Élémens d'agriculture et son Traité des arbres et arbustes qui se cultivent en France, {F, son article, par M. Dupetit-Thouars, dans la biographie universelle.)
^ Créé des prés nouveaux ; et les riches sainfoins...
Le nombre extrêmement varié des plantes que l'on trouve dans les prairies naturelles , la végétation vigoureuse des unes , la longue durée des autres, et l'avidité remarquable des animaux pour plusieurs d'entre elles, semblent avoir fait naître l'idée d'en cultiver quelques unes séparément, et produit ce que Ton nomme prairies artificielles, qui mettent le cultivateur à portée de nourrir pendant toute l'année ses bestiaux à l'étable, où ils deviennent constam- ' ment plus beaux , et fournissent une plus grande quantité de lait. Ces avantages étaient connus des anciens, et des Romains surtout, le premier de tous les peuples agriculteurs : ils cultivaient pour leurs troupçaux la luzerne, la vesce, les mélanges d'orge et d'avoine, le fenu-grec, l'ers, les pois, etc.
Cest par l'adoption d'une pratique aussi avantageuse que les Flamands, les Brabançons, les Suisses , les Alsaciens, les Anglais surtout , ont élevé leur agriculture à un degré de perfection inconnu
au reste de TËurope ; qu'ib sont parvcDus à faire succéder sur le même sol, et toujours avec succès, un grand nombre de végétaux d'espèces el de natures différentes , et qu*iis ont établi , comme la base la plus précieuse de Téconfimie rurale, la méthode dîaUemer^
De tous les végétaux propres à former des prairies artificielles , ceux qu'on estime le plus généralement et avec raison , sont la luzerne, le sainfoin, le trèfle, et leurs difi(6rentes espèces.
liCS Romains mettaient la iuzeme au premier rang des plantes fourrageuses ; ils en avaient un soin extrême : Pline assure qu'on prolongeait sa durée jusqu'à trente ans. Olivier de Serres , dans sou langage énei^que, appelle la luzerne ia merveiUe du ménage. On la coupe, dans nos contrées méridionales, jusqu'à cinq fois; et Duhamel affirme qu'un arpent de terre médiocre, employé en luzerne , qprès avoir été bien pr^[>aré, lui a donné jusqu'à vingt mille livres de fourrage sec. Ce produit est sans doute excessif et sort de la proportion ordinaire; mais on peut établir comme règle générale que la luzerne se coupe trois fois, que ces trou coupes réunies donnant environ cinq à six mille livres de fourrage, et que la durée moyenne de cette plante est de neuf à dix «as. La luzerne se platt dans les terrains légers, substantiels, profonds; elle craint également et l'excès de sécheresse ft l'excès d'humidité; elle redoute une petite chenille noire qui dévore ses feuilles , et le ver à hanneton , qui atta^e ses racines. Lorsqu'on la donne en vert aux bestiaux , elle leur cause des tranchées dangereuses , surtout quand elle est chargée de rosée; mais cet inconvénient est racheté par tant d'à vantages , qu'on peut juger assez sàrement de la culture d'un pays par la quantité de luzerne qu'on y voit.
* Cest au seizième siècle que l'on a commencé à cultiver le sainfùin» Cette plante , inconnue aux anciens , transportée du sommet des montagnes dans les plaines , y a conservé cettei sorte de rusticUé qui la fait résister aux intempéries capables de détruire beaucoup d'autres végétaux. Les sables qui gardent quelque fraîcheur, les graviers, les craies, les marnes , et surtout les terres rougies par la chaux de fer, lui conviennent très biw ; ses racines s'y enfoncent jusqu'à quinze ou vingt pieds. Le sainfoin est recherché avec avidilé p«r toutes les espèces de bestiaux; il les échauffe, et peut , jusrqu'à un certain point, suppléer l'avoine pour les chevaux. L'époque de la fleuraison du sainfoin est celle qu'il faut choisir pour le récolter : plus tôt, il fond au peint de rendre la récolte presque
nulle ; plus tard , ses tiges deviennent dures et ligneuses , et les bestiaux les rejettent.
On cultive en prairies artificielles plusieurs espèces de trèfle; mais le grand trèfle rouge ou triolet est celui qui est le plus généralement connu et qui mérite le plus de Tétre. Aucune plante fourrageuse ne croit aussi rapidement. Quelques mois après qu'il est semé , il offre déjà au cultivateur une coupe qui le dédommage de ses peines et de ses avances. C'est la seconde année surtout que son produit est réellement prodigieux. Lorsqu'il se trouve dans un terrain convenable et qu'on le couvre de chaux ou de plâtre en poudre , celui de tous les engrais qui favorise le plus puissamment sa végétation , elle est telle qu'on le coupe jusqu'à quatre foia, et qu'il donne , dans ces coupes réunies , six à sept mille livres de fourrage sec par arpent. Tout est gain dans la culture du trèfle, parce que c'est sur les terres destinées à rester en jachères qu'on l'établit. Le trèfle se consomme surtout en vert ; il procure à toutes les femelles un lait très abondant et de bonne qualité; il est recherché par toutes les espèces; il engraisse les cochons, mais il a l'inconvénient de faire avorter les truies pleines. Si, lorsqu'on le donne en vert, on n'a pas le soin de le laisser essoreryîX est sujet à produire des météorîr sations plus dangereuses encore que celles que cause la luzerne.
Les résultats de la culture du mélUotiontàésàser qu'elle s'étende : les animaux le mangent avec plaisir; il vient plus facikaient que la luzerne dans différens sok : semé dans celui qui lui convient le mieux , il produit estraordinairement. La variété connue sous le nom de mélilotde Sibérie est celle qui mérite la préférence.
Les vesces y les gesses ,. les pois , les lentilles , les ers , les lupins , sont des plantes annuelles dont on forme des prairies momentanées : on en forme aussi avec le seigle , l'avoine , le maïs. On fauche ces plantes avant la formation de l'épi : elles donnent un fourrage très abondant et très nourrissant ; le mais aurtonl engraisse très promptement les bestiaux et la volaille.
La spargide est cultivée avec succèa dans le Brabant : on estime beaucoup le lait des vaches qui en sont nourries., ainsi que le beurre qui en provient , auquel on donne même le nom de beurre de spargule, Cest une plante annuelle qui réussit assez bien sur les sables qui ne sont pas extrêmement dépourvus d'humidité. La spargule se donne en vert ; elle a l'avantage de n'occuper la terre que pendant la maison destinée à la jiichère.
Le meilleur ouvrage qui existe sur les prairies artificielles est o^ lui de Gilbert 9 directeur de Fécole vétérinaire d'Alfort.
On peut aussi consulter la nouvelle Maison des champs, par M. Psluguesy où Ton a réuni tout ce que Fexpérience et les nouvelles découvertes ont fourni de meilleur sur toutes les parties de Tagriculture.
4 Comme d*un sol ingrat triompha de Tenvie.
« C. Furius Gresinus, e servitute liberatus, cum in parvo admq- » dum agello largiores multo fructus perciperet quam ex amplissi- » mis vicinitas , in invidift magna erat ceu fruges aliénas pelliceret » veneficiis. Quam ob rem a Sp. Albino curuli die dicta, metuens » damnationem, cum in sufTragium tribus oporteret ire, instrumen- » tum rusticum omne in forum attulit, et adduxit familiam validam » atque (ut ait Piso) bene curatam ac vestitam, ferramenta egregie » facta, graves ligones, vomeres ponderosos, boves saturos. Postea » dixit : Yeneficia mea, Quirites, hsc sunt : nec possum vobis os- Tt tendere aut in forum adducere lucubrationes meas , vigiliasque et » sudores. Omnium sententiis absolutus itaque est. Profecto opera, » non impensa, cultura constat. Et ideo majores /èrtilissùnum in » agro oculum domini esse dixerwal, » Plinii Bist, nat., 1. XVIII, sect. VIII.
* Laissez là ces projets recueillis par Rozier.
* L'abbé Rozier, célèbre par ses connaissances en agriculture, ne prétendait pas répondre de tous les mémoires qu'il insérait dans son estimable recueil : plusieurs renfermaient des vues utiles, d'autres proposaient des procédés inexécutables, et plus séduisans dans la théorie que faciles dans la pratique : l'auteur devait faire connaître les inventions bonnes ou mauvaises.
^ Tel des Alpes noos vint le cytise riant.
Get arbre de moyenne grandeur y croit naturellement : il porte au mois de mai de belles grappes de fleurs jaunes et longiies; son bois est dur et d'une couleur d'ébène, verte et jaunâtre , avec des veines brunes; ce qui le fait ressembler au bois des iles : il est précieux pour les tabletiers et les tourneurs ; on en fait en Suisse des nstrumens de musique. On ne connaît pas au juste le cytise des àn«
ciens, pour lequel les chèvres avaient un goût décidé, et qui avait la propriété de donner aux vaches du lait en abondance :
« Florentem cytisom aéquitar UwÎTa capella.* . . » Sic cytuo pastaD distentent obéra Taccae. »
YiRG. BueoL
Le cytise que Ton cultive en difTérens pays est un arbrisseau qui ne peut servir de fourrage qu'en été.
y Ainsi pleure inoUné le saule d*Orient.
Toumefort est le premier qui ait fait connaître ce saule à branches inclinées, surnommé lepieureur, et qui, placé dans un bosquet, près d'un monument sépulcral, est effectivement l'arbre le plus propre à inspirer la tristesse : il est même vraisemblable que l'Europe le doit à ce naturaliste. Un autre saule du Levant, décrit par Linnée, est un bel arbre à feuilles d'olivier argentées, dont les fleurs exhalent une odeur suave, mais qui dépérirait dans nos climats.
• Le peuplier reçut ses fivres d'ItaHe.
Cest un grand arbre dont il y a trois espèces principales : ]% peuplier blanc, \e peuplier noir, et \e peuplier tremble, désigné or* dinairement sous le seul nom de tremble.
Le peuplier d'Italie se fait distinguer des autres peupliers en ce que ses branches sortent droit de son tronc, qu'elles en sont plus rapprochées, et donnent à l'arbre la forme d'une pyramide : il se multiplie avec la plus grande facilité, et croit en très peu de temps. A peine les arbres ordinaires commencent-ils à paraître que celui-ci n'existe plus. Après quinze ans de plantation il donne à son propriétaire un produit considérable. On assure que trente arpens de ce bois à couper valent en Italie de quatre-vingt à cent mille francs.
9 Le cèdre impérial descendit du Liban.
Le premier cèdre qui ait réussi en France est celui du jardin du Roi. L'épithète impérial convient à cet arbre , qui sonble commander à tous les autres. On sait au reste qu'il n'y a plus que très peu de tiges de oèdre sur k Liban ; mais par coniipensation il commence à multiplier beaucoup dans les jardins anglais. Celui que Delille avait planté lui-même à Clamart-sous-Meudon , dans le jardin de
M: Micoud, n'y a pas réussi. (Voyez les Œuvres posthumes.)
M Ces pins
Nonnisaons de TÉcosse ou de la Virginie.
Le pin d^ Ecosse, appelé aussi/?!» de Genève ^ a dans U gaine deux feuilles courtes , et les strobiles petits et blaBchàtres.
Le pin de Firginie a trois feuilles longues et grêles sortant de chaque gahie, et les strobiles hérissés de pointes.
Il Le thuya tous ramène aux plaines de la Chine.
On donne au thuya le nom Marbre de vie, parce qu'il se conserve en pleine terre avec ses feuilles, été et hiver. Le premier qu'on ait vu en Europe fut apporté à François !•'. Il y en a de plusieurs espèces au Jardin du Roi. Au commencement du printemps cet arbre porte des fleurs mâles et des fleurs femelles sur le même pied. Le thuya du Canada porte des fruits un mois plus t6t que celui de la Chine ; ses rameaux se répandent en ailes , et se» feuilles ressemblent à celles du cyprès. Placé dans un bosquet , par le vert obscur de son feuillage, il fait en quelque sorte valoir celui des arbres qui l^avoisinent.
la L*arhre heureux de Judée.
La dénomination propre de cet arbre est celle ^arhre de Judas : la première, vulgairement adoptée en France, se trouve dans le Dictionnaire du Jardinier de Miller. De TÉcluse a dit , il y a deux cents ans , Fulgus herhariorum arhorem Juds vocant,
i9 Et sans lait pour son fils, la mère européenne Le remet dans TAsie à la femme indienne.
Ce n'est pas faute de lait ; mais sous la Zone Torride l'influence de la chaleur le rend si amer que son nourrisson le refuse. Ce fait, consigné dans l'Histoire de l'Académie des sciences de Paris , en 1 707, a été adopté par Haller dans sa Physiologie. Quant à la reproduction des tigres et des lions , il est probable qu'elle ne serait pas aussi rare en Europe qu'on le suppose généralement : outre des lions nés dans la Tour de Londres, et dont un individu vit encore, et un jeune tigre né dans la même Tour, on a vu, à la ménagerie du Muséum d*histoire naturelle de Paris, une lionne mettre au monde chaque année des petits à terme, lesquels ^ à la vérité ^^
n'ont pu être élevé», mak évidemment à cause «les obstacles que la gène dans laquelle on était obligé de les retenir mettait à leur développement; enfin les journaux ont mentionné, à la fin de 1 819, la naissance d'un lion à Londres. La plupart de ces lionceaux sont morts en faisant leurs secondes dents , à Tâge de douze à quinze mois. Au reste le poète suit le précepte di Horace y Jarnam sequere,
14 De leur course rivale entrelacent les jeux.
* On a essayé ici de rendre le texuntque/ugasdeYirgilef JEneid,, lib. V.
*B Eut enfin son automne et connut le printemps.
« Figurez-vous, dit le baron de Riedesel, Voyage en Sicile et M dems la grande Grèce y en parlant de Malte, un rocher pelé et très » dur, dont la première croûte, enlevée avec des instrumens de fer, » pilée et délayée avec de Teau, a été convertie en terre, et a cono tinué d*être mise en valeur par ses infatigables habitans. » Pour former des jardins sur ce rocher aride, les Maltais aisés font venir du terreau de la Sicile; et, selon Volney ( Voyage en Syrie) y la même industrie a été employée avec' succès par les religieux du mont Sinaî.
>' O riant Gemenos! 6 vallon fortuné!
* Gemenos est un des vallons les plus riches et les plus rians de la Provence : il est aitué sur la route de Marseille à Toulon. Le malheureux M. d'Albertas, égorgé dans son jardin au milieu d'une fête qu'il donnait aux villages voisins dans les premières années de la révolution , avait créé auprès de son château un des plus magnifir ques jardins anglais qui existent ; une vieille église de templiers y présente une ruine plus naturelle et plus imposante que la plupart de celles dont on prétend embellir nos jardins modernes.
« Mais loin ces monumens dont la ruine feinte « Imite mal du temps Finimitable empreinte ; *• Tous ces temples anciens récemment contrefaits » • Ces restes d*nn château qui n'exista jamais, » Ces vieux ponts nés dliier, et cette tour gothique, » Ayant Tair délabré sans avoir Fair antique, w Artifice à la fois impuissant et grossier.
» Je crois voir cet enfant tristement grimacier. , ,
** Q^> jouant la vieillesse et ridant son visage, « Perd > sans paraître vieux , les grâces du jeune âge. »
Les Jardins, chant IV.
J*ai cru devoir à C6 lieu channant, où j'ai échappé aux rigueurs du fameux hiver de 1^69, cette marque de souvenir et ce témoignage de reconnaissance.
>7 Les feuilles oà ces yers seront tracés peut-être.
Cest en effet des belles fabriques que dirigent, à Annonay, MM. Canson et Montgolfier, qu'est sorti le papier des plus belles éditions des ouvrages de Delille.
>8 Vous paie ea peo de temps les frais de la ▼ictoire.
* M. de Paynes, procureur^général des états de Provence , a augmenté le revenu d'une de ses terres de 112,000 livres, par le procédé utile et courageux que j'iû essayé de décrire dans ces vers.
>9 An sein de ses Talions Lima sent tour à tour » etc. Voyez le sixième chant du Prœdium rustieum.
10 Dont long-temps l'ignorance honora Rome antique.
L'on avait cru long-temps que l'aqueduc ancien que Rîquet a fait entrer dans l'admirable construction de son canal était l'ouvrage des Romains; il était celui des moines. Cependant d'autres prétendent que .cet ouvrage a été exécuté dans le dixième siècle ; que le dessèchement fut entrepris par plusieurs gentilshommes des environs, qui en obtinrent la permission de l'archevêque de Narbonne, à qui l'étang appartenait. L'auteur du poème de V Agriculture dit avoir tenu en main l'acte de concession et d'autres pièces analogues à cet acte.
Quoi qu'il en soit, le fameux canal qui joint la Méditerranée à l'Océan a été construit par ordre de Louis XIV, en 1666, et fini en 1680. Paul Riquet est l'homme de génie auquel la France doit cet ouvrage aussi hardi qu'utile.
11 Du fabuleux Ovide écoutez le récit.
Dans son neuvième livre des Métamorphoses , Ovide place dans la bouche d'Achéloûs lui-même le récit de sa défaite. Nous nous servirons, pour le mettre sous les yeux du lecteur, de la traduction aussi fidèle qu'élégante de M. de Saint-Ange.
Tandis que je parlais, Alcide furieux, lAaItre à peine de lui , me mesure des yeux.
nrépond: Je mû vvinore , etToilàmalianagiw.
Tu peux > li to lo Yens» comlMittre àt U bagne.
Pourvu que cette main oorahette contre toi.
Il dit, et me proTo^e; il fallut, malgré moi,
n fallut soutenir mon andaoe intultante.
Je rejette à Tinstant ma robe verdoyante;
Intrépide lutteur, mes muscles sont raidis ;
Et j'apprête au combat mes deux poings «rroiidis.
Hercule à pleines mains me courre de poussière.
Je Ten couvre à mon tour. Il recule en arrière;
U 8*élance , il m'attaque aux peds , aux flancs , anx bras ,
£t cherche à me surprendre où je ne l'attends pas.
Défendu par mon poids , le pied ferme , immobile.
Je résiste, et je rends sou attaque inutile.
Je suis comme un rocher qui , battu par les flots ,
Par sa masse affermi , repousse leun assauts.
L*un de Tautre éloignés , nous reprenons haleine ;
Puis arec plus d*ardeur revenus dans, l'arène
Tous deux à tenir ferme obstinés à la fois ,
Mes pieds pressent ses pieds, mes doigts pressent ses doigts
Mon front heurte son front. Tel au fond d'un bois sombre ,
Amans d'une génisse , en paix eoudiée à Voahre ,
J'ai vu s'entre-choquer deux superbes taureaux;
Et pendant qu'incertain qui de ces deux rivaux
Doit vaincre et conquérir l'empire du bocage ,
Tout le troupeau frémit de leur lutte sai^vage.
Trois fois mon ennemi que j'enlace et retiens ,
De mes bras vainement veut dégager les siens.
Mais d'un dernier effort la puissante secousse
L'écarté loin de moi, loin de lui me repousse.
Déjà son poing fermé me presse sans repos.
Me retourne , et soudain élancé sur mon dos
( Je ne cacherai rien ; je le dis à ma honte )
Hercule me saisit. Hercule me surmonte.
Je n'exagère point : en ce moment , je crois
Qu'un mont sur moi tombé m'accable de son poids ;
Dans êes pieds qn*il recourbe , entravé, hors d'haleine 9
Mes bras d'entre ses bras s'arrachent avec pnne.
Épuisé de fatigue , inondé de sueur.
Je perds en vains efforts un reste de vigueur.
n me saisit la gorge, il m'étouffe, il me serre,
BTéctase, et sous son poids me fait mordre la terre.
Athlète malheureux, en forces inégal.
J'échappe par la ruse aux mains de mon rival; D'un énorme serpent je prends la forme immense. Mon corps en longs anneaux roule , glisse , s'élance ;
DU CHANT II. 30i
Et ma. UingDe, on ûfilant, alarme d*im tripls dard.
Mon rival a souri des mats de mon krt :
Des serpens , me dit-il , les foreurs étouffées ,
Des jeux de mon berceau sont les premiers trophées.
Tu les surpasses tous : mais te compares-tu
A ce dragon qa*k Leme Hercule a combattu?
Pullulant sous le fer dans ses marais ûounondes ,
Cette hydre renaissait de ses pertes fécondes.
Une tête , en tombant sous mes coups meurtriers ,
Enfantait deux Tendeurs , de sa rage héritiers ;
J'ai dompté ses fureurs sous le fer renaissantes ;
J*ai foulé sous mes pieds ses cent tètes mourantes.
Que te promets- tu donc» quand tu prends contre moi
Les armes d'un serpemt qui ne sont pas à ti>i?
Il dit , et de ses doigts la TÎTante tenaille Étreint mon cou meurtri sous sa glissante écaille. En vain d'ongles armé je déchire ses mains; II me serre, il m'étouffe , et mes efforts sont vains.
Je cède et d'un taureau prends la forme nonrelle De deux dards mena^ns j'arme mon front rebelle. Hercule , sana effiroi* saisit mon cou nerveux. Lutte, cède , résiste à mes clans fongueux, M'entratne, me subjugue; et, d'une main puissante Recourbant de mon front la corne menaçante , Me renverse à ses pieds sur l'arène étendu.
Ce ne lut pas assez : son bras fenone et tendu. Comae va levier terrible i^pnyé sur ma tète.
Rompt la corne qu'il tient, gage de sa conquête. Son usage a depuis consolé mes malheurs :
Par les nymphes remplie et de fruits et de fleurs. Cette corne devint l'urne de l'abondance.
> Ces bois , noirs alimens des voleanà enflammés.
On a voulu renfermer dans l'expression la plus succincte les différentes matières que la nature emploie pour l'entretien des feux volcaniques. Il parait néanmoins, par les expériences de plusieurs physiciens célèbres, que les bois et tous les végétaux fossiles ne sont pas les seules matières propres à entretenir les feux souterrains. Lemery, Homberg, Newton, Hofïinan et Boerhaave ont obtenu , par le mélange du soufre, du fer et de Teau, des effets à peu près semblables aux feux qui embrasent les volcans. Ces expériences, présentant en petit les mêmes résultats que la nature produit en grand, doivent au moins faire soupçonner que les bois noirs, les charbons de pierre, etc., ne sont pas les seules matières que la nature puisse employer pour alimenter le foyer des volcans , surtout si Von fait attention que la terre renferme des amas considérables de pyrites sulfureuses et ferrugineuses qui n*ont besoin que du concours de Feau pour s'enflammer. Si l'on observe que l'acide vitrioiique, se combinant avec le fer, produit une grande chaleur, et beaucoup d'air inflammable que mille circonstances peuvent allumer, il sera bien évident que ces feux produits sans l'entremise d'aucune substance végétale pourraient causer les plus terribles explosions, soit en vaporisant Feau, soit en dilatant l'air atmosphérique, qui, selon M. Haies, se trouve concentré dans les pyrites vitrioliques ou sulfureuses, dans la proportion de i à 83. Si on ajoute à ces réflexions celles de Spallanzani sur le même sujet, on doutera au moins que le foyer des volcans soit alimenté par des végétaux fossiles.
■ Semblent offrir anx jeux des plantes étrangères.
Les empreintes que Fon trouve dans nos climats, les schistes, qui sont le toit des couches de charbon de pierre, appartiennent évidemment à des plantes qui nous sont étrangères aujourd'hui : il s'y trouve, par exemple, des calamités, des écorces de palmiers de la
NOTES Dit CHANT III. 303
forme la plus variée et la plus curieuse ; si l'on y rencontre quelquefois des empreintes qui ressemblent à nos fougères , c'est que dans cette classe extrêmement nombreuse il est un grand nombre d'espèces exotiques échappées aux recherches des Plumier, des Rumph, des Petiver, et dont l'œil exercé du botaniste ne peut qu'à peine, après une comparaison longue et bien suivie, distinguer les empreintes de celles des plantes de nos climats. Dans les Mémoires de l'Académie de 1782, Daubenton cite des schistes dont les impressions lui ont paru provenir des plantes croissant dans le pays. Lemonnier, dans ses Observations d'histoire naturelle , croit avoir reconnu Xosmunda regaUs sur un schiste d'une houHlère d'Auvergne; mais ces observations ne sont pas convaincantes. Dans les mines de charbon de pierre du val de Ville , les empreintes de feuilles verticillées sont beaucoup plus fréquentes que celles des plantes dorsifères. Il y aurait cependant de la témérité à assurer qu'elles sont de l'espèce du caille-lait de nos contrées : il est plus probable que l'une des empreintes venant de Taninge en Faucigni , que M. Tingry a décrites dans le premier volume des Transactions de la société linnéenne de Londres, est Vaspleniven nodosum de l'Amérique méridionale; et il existe un si grand nombre d'empreintes qui diffèrent entièrement de nos plantes, que l'on est forcé de les rapporter à une époque où le climat et les productions de notre pays différaient de ce qu'ils sont aujourd'hui. Les belles écorces de palmier, si variées , qui se trouvent surtout dans les schistes de Duttweiler près de Saarbrûcken , fournissent un fait de plus à l'appui de cette assertion. Pour fixer son opinion sur cette matière, on consultera avec fruit l'ouvrage de Morand sur les charbons de pierre, VHerbarium diluvianum de Scheuchzer, la Silesia subterranea de Volckmann , et la belle suite d'empreintes que Mylius a publiées dans l'ouvrage intitulé : Memorabilia Saxoniœ subterranea,
' L'un SOT Tautre scalptés par les mêmes rameaux.
Jussieu , dans les Mémoires de l'Académie de 1 7 1 8 , donne l'explication suivante de la raison pour laquelle , dans deux couches de schiste à empreintes séparées l'une de l'autre , on ne voit pas sur l'une l'impression de la page supérieure de la feuille, et sur l'autre celle de l'inférieure.
« Nous supposons, dit-il , les feuilles flottantes sur la superficie » d'une eau qui, dans ses agitations, était encore plus chargée d'un
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» limon bitumioeux qu'elle avait détrempé , que du sel dont elle » était naturellement imprégnée. Ce limon a couvert la surface de » ces feuilles flottantes , y a été retenu par la quantité de nervures tt dont elles sont traversées, s*y est uni si intimement à elles, qu'elles » en ont pris jusqu'aux moindres vestiges, et y ont acquis d'autant Q plus de consistance que ces feuilles , par la qualité de leur tissu » serré, ont résisté plus long-temps à la corruption. Comme néan- » moins elles se sont enfin pourries, et que le limon qui les couvrait » n'a pu manquer de se précipiter, soit par la soustraction du corps » qui les soutenait, soit parce que, devenu par cette soustraction » plus penetrable à l'eau , il s'est trouvé plus pesant ; c'est dans cette » précipitation que ces lames limoneuses , tombant sur les surfaces » unies d'un limon détrempé, y ont marqué la figure des feuilles » dont elles avaient conservé l'empreinte.
» L'explication de ce mécanbme rend sensible la singularité de la » représentation d'une seule et même face de ces feuilles de plantes » en relief sur une lame, et en creux sur celle qui lui est opposée: » ce qui arrive de la même manière qu'un cachet , imprimé en relief » sur une lame de terre, se rend en creux sur une autre lame molle » sur laquelle celle-là est appliquée.
» L'on ne peut pas dire que Tune soit celle du revers de la feuille, » tandis que l'autre est celle du dessus, puisque cette feuille ayant » été pourrie, est devenue incapable d'imprimer ce revers; sa pour- » riture est si certaine, que sa substance, ayant changé, a teint ses « empreintes en noir, et ce qui est resté attaché à cette lame n'a rendu ' » tout au plus que quelques empreintes ipoins parfaites , parce que » ce superflu a rempli la gravure de l'impression , et s'y trouve » aujourd'hui en poudre entre quelques unes de ces lames lors- 1» qu'on les sépare. »
4 En fait aux TOjagenrs d'éfTroyables récita.
Ces accidens sont assez fréquens, mais ils sont peu considérables, ou, arrivant dans des endroits non habités, ils sopt bientôt oubliés, et souvent même inconnus. On trouve de ces faits dans l'histoire ancienne : Pausanias en cite un au si^et de la ville Idée , au pied du mont Sipyle.
Un exemple des plus frappans dans ce genre est la destruction du magnifique bourg de Pleurs, ridie par ses fonds de terre , par le commerce et l'industrie de ses habitans, environné de belle» mai-
sons de campagne, et situé dans la Valteline au pied du mont Conte. Le 6 septembre 1718, après des pluies abondantes, par une nuit calme et un temps serein, tout-à-coup la montagne s'entr^ouvrit , tomba sur ce bourg, Tabtma, et ensevelît tout vi& ou écrasa sous ses ruines deux mille quatre cent trente habitans, qui formaient sa population : pas un seul n'échappa. La montagne enveloppa dans sa chute le village de Schilano , composé de soixant0 et dix-huit feux, et couvrit une lieue carrée de ses débris. Leurs voisins, les habitans de Chiavenne, furent surpris de voir à sec leur rivière, dont les eaux avaient été interceptées par la montagne en débris. La description de ce funeste événement se trouve dans VHistoire mUureUe de la Suisse, par Scheuchzer, en deux planches gravées : le bourg, tel qu'il était, se trouve sur l'une; on voit sur l'autre la contrée telle qu'elle existe depuis l'écroulement. A la description de là catastrophe de Pleurs , que donne Robert dans son yçyage dans les treize cantons suisses, etc., il ajoute celle de la chute de la partie supérieure de la montagne du Diableret , arrivée dans le Valais en 1 7 1 4; et il cite un pareil événement arrivé précédemment dans le Valais en 1 534 > et qui fit périr deux villages.
' L^observateur le suit d'un regard curieux.
* Personne n'a écrit sur cet objet d'une manière plus lumineuse que M. Rouenne, beau-père du célèbre Darcet, professeur au collège de France, l'un des plus fameux chimistes de l'Europe, et auteur de plusieurs mémoires excellens sur différens objets d'histoire naturelle , et particulièrement sur les montagnes.
* A vu sa dernière heure et son dernier festin.
Il serait inutile de rappeler au lecteur la découverte qui a été faite dans ces derniers temps des villes de Pompeîa et d'Herculanum, englouties lors de la fameuse éruption du Vésuve décrite par Pline le jeune.
7 Gloire» honoenr à Buffon, qui, pour guider nos sages, etc.
Les Époques de la Nature sont l'ouvrage le plus étonnant qui ait paru dans le dix-huitième siècle ; aucun ne lui est comparable pour la grandeur des idées, l'étendue des connaissances, la majesté du style : nul écrivain n'a réuni autant de faits dans Un aussi court espace, et n'a mieux montré la dépendance des phénomènes particuliers des lois générales. S'il n'a pas trouvé la vraie manière dont no-
tre système planétaire a été formé, on doit au moins convenir qu'il est impossible de mieux lier tous les faits ^ toutes les observations , toutes les lois de la nature, avec une supposition, si toutefois on peut appeler sipposition une idée qui, dans cet immortel ouvrage^ ne parait qu'une conséquence des faits; conséquence étonnante , à la vérité, mais arrachée par la force des analogies, et réclamée par toutes les lois qui maintiennent Tordre admirable de Tunivers.
En déroulant les archives du monde, Buffon a été frappé des grands et nombreux monumens qu'elles renferment. Il n'y a que l'éloquence du Pline français qui soit comparable à celle avec laquelle ces monumens déposent des changemens arrivés au globe : il les a examinés , et, aidé d'une connaissance profonde des lois de la nature et de la manière dont , avec le temps , elles modifient les êtres, il a conclu de leur état actuel les différens états où ils ont été : il s'en est servi comme d'échelons pour remonter les siècles; et, les suivant toujours siu* la route éternelle du temps, il indique les divers changemens qu'ils ont éprouvés dans les différens âges du monde. Quoique la terre soit composée d'une immense quantité de substance^ différentes, aucune n'a échappé à ce vaste et puissant génie; elles paraissent les unes après les autres, et semblent raconter toutes les révolutions qu'elles ont éprouvées depuis leur origine jusqu'à nosjours.
* Par ses ambassadeurs courtisa la nature.
Plusieurs naturalistes ont reproché à Buffon d'avoir trop peu voyagé , trop peu vu par lui-même. Le nombre prodigieux des me> moires qu'il se procurait sur les différens objets de son travail, ne pouvait le dédommager des connaissances qu'il aurait acquises sur les lieux, et des impressions qu'il aurait reçues des objets mêmes. Il ne faut pas cependant trop étendre ce reproche; car, si pour écrire Thistoire du monde il fallait avoir tout vu par ses yeux, les connaissances des générations passées seraient inutiles; les recherches , les voyages des savans seraient superflus. Buffon a consulté tous les naturalistes anciens et modernes. Si , comme lui , tous n'ont pas été doués de cette étendue de génie qui embrasse l'univers , le plus grand nombre a été capable d'en décrire exactement quelque partie; chacun d'eux avait mis sur la place quelques matériaux, comme on amoncelle confusément les pien^es, les bois et les marbres destinés à la construction d'un grand édifice. Buffon arrive : il s'en empare, il les met chacun à leur place, et, devenant l'aixhitecte du monde.
DU CHANT m. 307
il déchire le voile qui cachait la nature, et la montre au genre humain telle qu'elle a été et telle qu'elle est. Mieux yaut qu'il ait bâti Tédifice que d'être idlé cherchei* au. loin quelque pièce nouvelle , qui, si elle est trouvée, aura sûrement sa place dans le tnmple magnifique qu'il a élevé.
9 L'histoire de ce grain est Thistoire du inonde.
Si on examine avec un peu d'attention les marbres, les pierres, les citâtes, etc., on voit qu'elles contiennent encore des coquilles ou des détrimens de coquilles tçès reconnaissables , et en si grande quantité qu'on ne peut douter qu'elles ne forment la base de toutes les substances calcaires. En y réfléchissant , on ne peut s'empêcher de croire que le plus puissant moyen que la nature ait employé pour la formation de ces substances ne soit \e filtre de ces animaux à coquilles, dont les facultés digestives ont la propriété de convertir Feau en pierre; car toutes les coquilles formées par la sécrétion ou l'exsudation de ces animaux sont de véritables pierres, -qui, soumises à l'analyse chimique, donnent les mêmes résultats que celles qu'on tire des carrières. L'esprit a de la peine à se familiariser avec la prodigieuse quantité de ces animaux à coquilles, nécessaire pour la formation de toutes les substances calcaires; aussi est-ce de tous les phénomènes que présente l'histoire du monde celui qui aie plus étonné les naturalistes : ils ont trouvé des couches et des amas immenses de coquillages dans toutes les parties de la teiTc; ils en ont vu sur les montagnes , à quinze cents toises au-dessus du niveau de la mer, et dans les plaines les plus éloignées du séjour naturel de ces animaux, à cent et deux cents pieds de profondeur. Tous les bancs de pierres calcaires, de marbres, de craie, de plâtre, etc., paraissaient composés des débris de ces animaux marins : c'est par lieues carrées, c'est par provinces qu'il faut estimer leur nombre. «Tout nous >» démontre, dit Buffon, que la pierre calcaire, produite par Tinter* » mède de l'eau , est un des plus étonnans ouvrages de la nature, et » en même temps un des plus universels : il tient à la génération la » plus immense peut-être qu'elle ait enfantée dans sa première fécon- » dite; cette génération est celle des coquillages, des madrépores, » des coraux, et de toutes les espèces qui filtrent le suc pierreux et » produisent la matière calcaire, sans que nul autre agent, nulle autre » puissance particulière de la nature puisse ou ait pu former cette » substance. La multiplication de ces animaux à coquilles est si pro-
» digieuse , qu*en s'amoncelant ils élèvent encore aujourd'hui en » mille endroits des récifs, des bancs, des hauts-fonds, qui sont les » sommets des collines sous-marines, dont la base et la' masse sont » également formées de l'entassement de leurs dépouilles. Toutes les » îles basses du tropique austral semblent, dit M. Forster, avoir été » produites par des polypes de mer; une des iles basses découverte » par M. Bougainville, quoiqu'à moitié submergée, parut à M. Fors- » ter n'être qu'un grand banc de corail de vingt lieues de tour; les » bords de l'ile Sauvage, l'une des Amies, ne sont que des rochers » de productions de polypes.
» Qu'on se représente pour un instant, dit encore Buffon, le » nombre des espèces de ces animaux à coquilles , ou, pour les tous » comprendre, de ces animaux à transsudation pierreuse; elles sont » peut-être en plus grand nombre dans la mer que ne l'est sur la » terre le nombre des espèces d'insectes ; qu'on se représente en- » suite leur prompt accroissement, leur prodigieuse multiplication, » le peu de durée de leur vie, dont nous supposerons néanmoins le » terme moyen à dix ans; qu'ensuite on considère qu'il faut mul- » tiplier par cinquante ou soixante le nombre presque immense de » tous les individus de ce genre, pour se faire une idée de toute la » matière pierreuse produite en dix ans ; qu'enfin on considère que » ce bloc, déjà si gros , de matière pierreuse doit être augmenté d'au- » tant de pareils blocs qu'il y a de fois dix ans dans tous les siècles » qui se sont écoulés depuis le commencement du monde, et l'on » se familiarisera avec cette idée, ou plutôt cette vérité, d'abord re- » poussante, que toutes nos collines, tous les rochers de pierres cal- » caires ,de marbres, de craie , etc., ne viennent originairement que » de la dépouille de ces animaux. »
Mais comment des animaux qui ne peuvent vivre et se multiplier qu'au sein des ondes ont-ils formé par leurs dépouilles la majeure partie des matières qui recouvrent le continent ? Ce fait incontes* table ne peut être expliqué qu'en adoptant l'opinion des naturalistes , qui pensent que ces mêmes continens ont été couverts par les eaux dans les premiers âges du monde, et que, pendant une longue suite de siècles , les animaux marins y ont vécu et multiplié, comme ils vivent et multiplient aujourd'hui dans les mers : peutêtre même y étaient-ils en plus grande abondance; probablement les espèces étaient plus nombreuses; car, parmi les dépouilles de ces animaux, il en est un grand nombre dont on ne retrouve plus les
analogues "vivans. Sans doute que , dans sa première jeunesse» la nature travaillait la matière vivante avec plus d'énçi^ie , puisque parmi ces mêmes dépouilles on trouve des espèces gigantesques qui n'existent plus.
En examinant avec un peu d'attention la manière dont les chaînes de montagnes sont sillonnées, on ne peut s'empêcher de croire qu'elles doivent leurs formes et leurs contours auxcourans des eaux; les angles saillans , qui correspondent exactement aux angles rentrans dans les montagnes opposées » en sont une probabilité. Cette probabilité devient une certitude si on considère que les montagnes séparées par un vallon sont de la même hauteur; qu'elles sont composées de couches de matières placées horizontalement , ou également inclinées les unes sur les autres, et de la même épaisseur; que dans les montagnes ou collines opposées, les substances de même nature se trouvent à la même hauteur, c'est-à-dire que , si à droite on trouve à cinquante toises un banc de marbre ou d'ardoise , ce banc de marbre ou d'ardoise se retrouve à la même hauteur et dans les mêmes dimensions dans la montagne à gauche. Si l'on remarque que toutes les couches de terres, de sables, de pierres calcaires, d'argiles, de marbres, de graviers, de craies, de plâtres, etc., sont ou composées des dépouilles d'animaux à coquilles, ou renferment des plantes marines , des squelettes de poissons marins , etc.; que les coquilles sont dans les marbres et les pierres les plus dures aussi bien que dans les craies, les plâtres et les terres; qu'elles sont incorporées dans ces matières et remplies des substances qui les environnent , on ne pourra guère douter du séjour des eaux sur nos continens, où elles ont produit les mêmes effets qui se passent au-^ jourd'hui au sein des mers. Régulièrement soulevées et abaissées deux fois le jour par les forces attractives de la lune et du soleil , agitées par les vents alizés , les eaux ont formé des courans qui ont sillonné les. montagnes en creusant les vallées , de manière que , partout où il y aura un angle rentrant, il s'en trouve vis-à-vis un saillant dans la montagne opposée. A chaque mouvement de flux et de reflux, les eaux, chargées des matières qu'elles détachent et qu'elles transportent quelquefois à de grandes distances , les ont déposées en forme de sédimens ; ces sédimens multipliés ont formé des couches, qui , parce que l'eau tend toujours à se mettre de niveau , sont horizontales ou également inclinées , selon la disposition de la base qui les a reçues. Ces couches ont été mélangées de dif-^
férantee substaïuses marines que les eaux ont apportées avec les antres matièree. Les coquillages étant les plus abondans, ont dominé dans la composition de ces couches ; ils se sont remplis des matières environnantes , et se sont pétrifiés dans ces matières y lorsque y par quelqu'une de ces révolutions physiques dont parle l'histoire du monde , les eaux se sont retirées et ont laissé les continens à découvert. Alors ces matières se sont peu à peu déchargées des eaux dont elles étaient saturées ; en se desséchant , leur volume a diminué ; elles se sont fendues , et ces fentes ont dû se faire dans la di- ^ction de la force de pesanteur^ c'est-à-dire perpendiculaire à Thorizon, Cest ce qu'on voit aujourd'hui dans les bancs de pierre , de marbre, etc., qui sont tous divisés par des fentes perpendiculaires qui les traversent dans toute leur épaisseur,
lo Vous cherches ces forêts de fucus, de roseaax.^
On désigne ici sous les noms de/ucus et de roseaux toutes les plantes qui croissent sous les eaux sans le contact immédiat de Fair, ou celles qui ne participent aux influences de l'atmosphère que par leui*s sommités , et dont les racines sont constamment submergées. Elles sont connues sous les noms d^algue, de varec, de goémon, de sargazo, d'herbes Jiottantes , de roseéutjç, de joncs, de bambous , etc.
L'histoire naturelle de ees plantes est devenue singulièrement intéressante par les recherches et les découvertes de plusieurs naturalistes célèbres , qui ont fait connaître la manière dont elles croissent et se reproduisent, qui ont exactement décrit leurs formes variées , et dépeint les nuances de leurs couleurs , comme on peut le voir dans les ouvrages de L innée, Adanson , Klein , Donati , et dans les Mémoires de Reaumur , lus à l'académie des sciences en 1711 et T 7 1 2.
On sait que ces plantes ne croissent que sur les plages basses de la mer, comme sur les cqtes , sur les collines et les montagnes sousmarines; qu'elles ne se trouvent point dans les hautes mers : serait-ce parce que les rayons du soleil ne pénètrent pas jusqu'à ces profondeurs? Quoi qu'il en soit, c'est un fait que cette espèce de végétation s'établit sur les côtes et dans les mers basses , comme la mer Pacifique , la mer Atlantique, à la Guyane, au cap de Bonne-Espéranoe, dans l'archipel Indien, dans lamer de Corée, etc. Ces. plantes s« trouvent quelquefois en si grande abondance, qu'elles
gênent et même arrêtent les vaisseaux dans leur marche. La navigation de plusieurs fleuves est impraticable à cause des forêts de joncs et de bambous qui les obstruent.
L'homme, qui met à contribution toute la nature pour augmenter ses jouissances ) a su tirer parti de tous ces végétaux : dans quelques uns , qui renferment des parties sucrées , il a trouvé un aliment agréable ; d'autres ont été employés à la nourriture des bestiaux : il s'en est servi pour couvrir sa maison , pour former des clôtures, etc. Ceux dont la fibre s'est trouvée forte, souple et élastique , ont été apprêtés et filés en cordages. La médecine a recherché les propriétés salutaires de ces végétaux, et plusieurs expériences ont réussi. Il en est, comme les €ilgues , qui résistent longtemps à la corruption , et qui par cette raison entrent avec avantage dans la composition des digues. En brûlant les algues, elles donnent un sel abondant, qu'on emploie utilement pour accélérer la fusion du sel vitrifiable. Par la combustion de toutes ces plantes on obtient un sel connu dans le commerce sous le nom de soude ^ qui s'emploie le plus, ordinairement au blanchissage des toiles.
Cette végétation marine favorise la multiplication des poissons, qui y déposent leur frai; elle nourrit une grande quantité d^insectes, qui deviennent la pâture des jeunes habitans des eaux; ceux-ci, en filtrant dans les détours de ces forêts sous-marines , échappent à la voracité des tyrans* des mers. Peut-être même que cette végétation aquatique purifie l'élément liquide, comme la végétation terrestre purifie l'atmosphère. Après avoir rempli ces différentes destinations dans l'économie de la nature, ces végétaux se détachent du sol qui les a vus naître; ils sont emportés par les vagues, et, inutiles aux habitant des eaux, l'Océan, par ses oscillations constantes, les porte sur les côtes, en forme des amas, dont l'homme tire le plus grand avantage en les employant comme engrais, ^r une suite des lois admirables de la nature, ces plantes ne sont pas plus tôt livrées aux influences de l'air et de la chaleur, qu'elles entrent en fermentation; elles se décomposent et deviennent un terreau, qui, répandu sur les champs , les fertilise en rendant la végétation plus active et plus vigoureuse. C'est ainsi que la nature fournit à l'homme des moyens de rajeunir son domaine épuisé par les dons fréquens qu'il en a reçus; c'est ainsi que la fécondité de la terre ne vieillit pas, et qu'elle promet aux générations suivantes des subsistances toujours assurées.
Des Daturalistes pensent que la plupart des bancs de houille, de tourbe, et même de charbons de terre , ne sont autre chose que des amas de ces végétaux pourris et entassés. Les substances marines, les coquillages, les empreintes des poissons, etc., qu'on y remarque, paraissent justifier ces conjectures. On voit que le père du genre humain, dans la formation de Funivers, a prévu que les végétaux du continent ne suffiraient pas aux différena besoins des hommes , et qu'il leur a ménagé pendant des milliers de siècles ces amas de matières combustibles propres à entretenir le feu actuel , si nécesraaire à la vie et au bonheur de ses enfans.
» Des insectes des mers minculenx tnraax.
C'est de nos jours seulement que les naturalistes ont enfin découvert l'origine de ces substances marines. De très bons observateurs, comme M. de Marsigli , avaient rangé les manières pierreuses qui composent l'habitation des polypes de mer^ dans le règne végétal , et parmi les plantes sous-marines. Mais , d'après les observations d^ BIM. Peyssonnel , Reaumur et Jussieu , on ne peut douter aujourd'hui que les coraux, les corallines, les litophytes, les eschares, les alcyons , les éponges , et toutes les variétés nombreuses des ma^^ drépores, ne soient des cellules de divises espèces de vers-insectes qui se multiplient avec une abondance incalculable, de manière que chacune des cellules loge un insecte, comme chacune des alvéoles de la ruche loge une abeille, et que toute la masse des polypiers divers est pour les républiques de ces dififérens insectes ce que la ruche est pour la république des abeilles, avec cette diiîérence cependant' que l'alvéole n'est pas absolument nécessaire à l'existence de l'abeille, au lieu que les vers-insectes, générateurs des polypiers, ne peuvent vivre sans leur cellule; elle est aussi nécessaire à leur existence que LLcoquille l'est à la vie de l'huitre.
Les formes variées de ces ruches calcaires, les rameaux dont elles se composent, qui souvent, à la manière des plantes, sont posr tés sur un seul tronc , avaient séduit les naturalistes , qui ont pris les bras du polype pour des étamines, ses œufs pour des graines , et les polypiers pour des plantes. Cependant ces prétendues plantes sont sans racines ; elles sont fixées sur des corps durs par une substance glutino-pierreuse, et elles font effervescence avec les acides, comme toutes les matières calcaires. La composition de ces prétendues plantes décèle qu'elles ont pris leur accroissement par juxtsr-
position, et non pas par intus-susception, comme les végétaux ; et les animaux vivans qu'elles renferment déposent assez énergiquement contre Terreur des premières observations.
On peut d'ailleurs se rendre raison de la manière dont les différentes branches des polypiers ont pu se former. Que quelques uns de ces insectes innombrables qui suent la pierre, de l'espèce qui forme le corail, par exemple , aient établi leur demeure sur le coin d'un rocher, ils auront d'abord élevé un bloc de corail nécessaire à leur existence , et qui se sera durci à mesure qu'avec le temps ces animaux auront transpiré la matière qui le compose ; ils se seront multipliés, et leur demeure sera dévenue insuffisante : les générations nouvelles auront été obligées de se construire de nouvelles habitations; et, prenant pour base le premier bloc construit par les fondateurs de la colonie , ils se seront écartés à droite , à gauche , dans tous les sens, selon qu'ils auront été plus ou moins nombreux; ce qui a pu produire ces différens rameaux qui partent du même tronc : les premiers habitans eux-mêmes auront été obligés de quitter leur première demeure , dont la capacité diminue à chaque instant, en se solidifiant par l'exsudation constante de ces animaux, qui disparait à la fin totalement , comme on peut s'en convaincre en rompant les parties du polypier naturellement abandonnées.
>• Ces monstres qni de loin semblent un vaste écneil.
Ces monstrueuses baleines, ces cachalots, qui abondent non seulement dans les mers du nord où l'on va à leur pèche, mais encore dans d'autres mers , et dont la majeure partie est encore si peu connue. Parmi ces grandes espèces marines il en est une, réputée fabuleuse à la vérité par plusieurs écrivains , mais dont l'existence a cependant été rendue probfible d'après les différentes relations de plusieurs auteurs modernes dignes de foi; c'est le fameux hrakeriy dont néanmoins les dimensions ont pu être grossies par la peui*. Le grand poulpe de mer, sepia octopedUiy parvient aussi à une grosseur monstrueuse. Pourquoi dans les mers peu fréquentées ne poun^ait-il pas parvenir à un accroissement exti*aordinaire, comme dans certains pays des serpens parviennent à une taille gigantesque?
>' Saint , pompeux Jura!
Le Jura est un des rameaux principaux des Alpes, qui de la Cluse au voisinage du lac de Genève prend sa direction vers le nord , et s'étend entre la France et la Suisse : il produit la chaîne des Vosges;
31i NOTES
celies-ci, eo s*abais8ant, se perdent dans les montagnes des Ardennes, qui expirent aux plaines des Pays-Bas. Peut-être les montagnes de la Forêt-Noire sont-elles encore une prolongation du Jura.
U Terrible MonUnvert !
« Entre la France et la belle Italie je vois réunies les horreurs des » deux pôles et Tim^ge de la nature telle qu'elle a dû être au sortir V du chaos ; des monts sourcilleux, décharnés, déchirés du haut en » bas , crevassés , fracturés dans toute leur étendue , menaçant les » cieux de leurs cimes chenues , paraissent défier la fureur des élé- » mens réunis , et la marche destructive du temps... Au bas de ces » monts , que vois-je encore ? l'image d'une mer en courroux qu'un » gel subit aurait saisie, une vaste étendue d'une glace solide, épaisse » de plusieurs centaines de pieds ! Mes regards étonnés en suivent » les ondes, les couches, les crevasses, et je vois ces glaces énormes » se prolonger au loin, et se joindre à d'autres masses de glaces qui » couvrent les sopimets. Nous voil^ transportés dans la nouvelle » Zemble, dans un autre Spitzberg, pays perdus pour les hommes : » comment se peut-il que, si loin des p6les, sous un ciel tempéré, » nous retrouvions les mêmes phénomènes ? » Description du Montanvert , par M. Bourrit, dans sa Nouvelle description ^nérale et particulière des glacières, vaUces de ^aces et glaciers qui forment la grande chaîne des Alpes de Suisse^ d* Italie et de Savoie ; tome III.
1* O France , 6 ma patrie ! 6 séjour de douleurs !
Ce morceau a été composé dans les premières années de la révolution; et Ton se rappelle que la première édition de ce pocn^e parut en iSoi, sous le gouvernement consulaire. L'auteur était alors en Angleterre; mais les éditeurs avaient des ménagemens à garder envei^ le chef du nouveau gouvernement. Ih y supprimèrent plusieurs passages qui. ont été rétablis dans cette édition.
>^ Dans ses balancemens monte et descend la sère
Le mouvemement de la sève se fait-il dans les plantes comme celui du sang dans les animaux ? Cest ce dont tous les physiciens naturalistes ne conviennent pas. Tous reconnaissent le mouvement de la sève, tous s'accordent à la regarder comme le moyen employé par la nature pour l'entretien de la vie végétale ; tous disent que la sève monte des racines aux dernières extrémités des rameaux, et qu'elle descend de ces extrémités aux racines ; mais ih ne s'accoi^
dent pas à regarder ce mouvement cumme une véritable circulation semblable à celle du sang, qui part du cœur et est poussé jusqu*aux extrémités des membres^ puis de là ramené par d*autres canaux jusqu'au cœur. Les sages attendent que de nouvelles expériences les aident à prononcer. Ils ont appris , par les découvertes faites dans l'économie végétale, que les plantes prennent la majeure partie de leur nourriture par les feuilles et les rameaux, et l'autre partie par les racines ; ils savent que la sève qui descend est plus abondante que celle qui monte, qu'elle a aussi des qualités différentes : ils ne voient pas encore dans la structure des plantes les organes capables de pousser la sève d'une extrémité à l'autre, comme l'anatomie le leur montre par rapport au mouvement du sang dans les animaux. On a bien distingué les vaisseaux qui portent la sève des racines aiix feuilles^ de ceux qui la conduisent des feuilles aux racines ; on a reconnu ceux par le moyen desquels l'air exerce son influence sur la végétation : on est parvenu à estimer les effets de la chaleur sur l'économie végétale; mais on n'a pas découvert dans les plantes les organes qui opèrent l'étonnant phénomène de la circulation du sang : c'est pourquoi on n'ose encore qualifier de circulation le mouvement de la sève; on se contente de la nommer un balancement, une espèce de mouvement oscillatoire ascendant et descendant, regardé jusqu'à ce jour comme inexplicable.
Mais, s'il n*est pas encore possible de pénétrer ce mystère, on est bien dédommagé par les découvertes surprenantes déjà faites. Quoi de plus admirable que la structure ou l'organisation des plantes ! quel mécanisme étonnant ! On y découvre des vases ou des moules différens dont la nature se sert pour préparer la sève , et la rendre propre à former les différentes parties dont elles sont composées : il y en a pour former l'écorce, le bois, les épines, les poils ou le duvet, la moelle, le coton , les fleurs et les graines. L'esprit le plus actif et le plus curieux trouvera toujours de quoi se satisfaire dans l'étude des végétaux. S'il ne peut pas connaître tout le mécanisme de la circulation de la sève, il peut savoir comment s'opère l'élaboration de ce suc. En pénétrant dans le laboratoire de la nature, il reconnaîtra l'usage et les effets des utricules, des trachées, des vaisseaux propres ; il verra l'emploi qu'elle fait des racines, du chevelu, des fibres, du bois, des feuilles, des fleurs : s'il suit la nature dans ses procédés pour la reproduction, il étudiera les graines; il recherchera l'usage qu'elle fait de la pulpe ou des lobes , de la plantule.
des feuilles séminales, des nœuds , des boutons , des provins, etc. Qu'il joigne à toutes ces connaissances des observations botanicométéorologiques, il pourra seconder la nature dans la reproduction et Tentretien des végétaux, rendre les plus importans services à Fagriculture, et par conséquent à Thumanité.
>7 De leurs secrets pouvoirs connaissez les mystères.
À.UX yeux des hommes qui ne se sont pas occupés des moyens que la nature emploie pour la reproduction des êtres , et pour revêtir la surface de la terre de cette quantité prodigieuse de végétaux qui sont la base de la nature vivante, les mousses, par leurs tailles et leurs formes, ne paraissent que des plantes méprisables, qui, parmi les végétaux, sont au cèdre et au chêne ce que le puceron est à Téléphant dans le règne animal; ce n'est même que de nos jours qu'elles ont fixé d*une manière particulière l'attention des philosophes. Cependant, si l'on suit la marche de la nature, on s'aperçoit que les mousses ont joué et jouent encore un rôle important dans L'économie végétale, et que probablement c'est par elles que la surface de la terre s'est couverte de verdure. Cette espè<2e de végétation s'établit sur les rochers les plus durs et les plus unis ; elle s'attache aux marbres les plus polis, et les dégrade s'ils sont négligés ; on en voit sur les tuiles et les ardoises des anciennes maisons. Les graines des mousses n'ont besoin, pour germer et pousser, que de toucher la couche imperceptible des matières huileuses, savonneuses, etc., qui, volatilisées, nagent dans l'atmosphère, et sont déposées sur tous les corps frappés par l'air. La destruction de ces végétaux forme d'abord une couche de terreau qui contient des embryons capables de donner bientôt une mousse plus abondante; et, par succession de temps et de destructions, le rocher se couvre peu à peu d'une plus grande quantité de terre, où des herbes peuvent croître, puis des plantes plus élevées, ensuite des broussailles, des arbrisseaux, et enfin des arbres. C'est par ce moyen que les rochers se couvrent de verdure, et que la terre se pare de toute la pompe de sa richesse. On voit qu'au physique, comme au moral, le grand ne doit son existence qu'à la destruction du petit.
Ces plantes si dédaignées ont pourtant des propriétés : la médecine a su en tirer parti pour soulager nos maux ; l'art du teinturier en emploie utilement quelques espèces pour nuancer les couleurs; quelques unes sont purgatives, sudorifiques ou vermifuges; aux
Indes on l'egarde le Ijrcopodium comme un excellent aphrodisiaque, et cette plante est célébrée dans toutes les fêtes où Tamour préside.
18 Leurs utiles vertus, leurs poisons salutaires.
Le médecin habile ne connaît guère de poison qui soit tel absolument. Employées prudemment et à propos, les plantes réputées les plus vénéneuses , la ciguë, la colchique, l'aconit, la pulsatille, la clématite, la juaquiame^ la belladonna, la stramonée, etc., deviennent des remèdes.
>9 Et rend à chaque plan son débris emprunté.
* Ces vers expriment un fait arrivé au célèbre Jussieu, que ses disciples cherchaient en vain à tromper, et qui du premier coup d'oeil aperçut dans l'assemblage factice de plusieurs débris de plantes les différentes parties dont il était composé.
•o Et la fraise des bdis que leurs mains ont conquise.
'^On sait que la fraise est nommée par les botanistes sotatioium herborisandum,
*> Leur appétit insulte à tout Tart des Méots.
*On connaissait à Paris, lorsque ce poème fut publié, le célèbre restaurateur Méot. L'auteur est bien loin de prétendre donner à son nom la même célébrité que Boileau a donnée à Bergerat, connu dans son temps comme Méot dans le sien :
Et mieux que Bergerat Tappétit Tassaisonne.
Tout le monde a retenu ce vers de l'une des épitres de Boileau.
•• Chacun vient en triomphe apporter ses conquêtes.
Il n'y a que l'homme animé d'un désir vif de connaître les végétaux, un botaniste passionné^ qui puisse estimer tout le plaisir qu'on éprouve, au retour d'une herborisation, à nombrer et contempler toutes les plantes qu'on rapporte, et qu'on regarde alors comme une véritable conquête faite sur le domaine immense de la nature : il semble que ce sont des amis auxquels on donne l'hospitalité ; on les ménage comme des parens de familles nombreuses dont on désire faire la connaissance ; on étudie leurs traits, leur physionomie, leurs caractères, afin que par l'idée claire de l'individu on reconnaisse toute l'espèce. On redoute moins les mauvais temps et la sai*
son des frimas, qui, en arrêtant la végétation, empêchent d'aller l'étudier ; on arrange , ou conserve chez soi les sujets qu'on désire connaître ; et, pour que leurs traits et leurs physionomies s'altèrent le moins possible, on les fait d'abord essuyer entre deux feuilles de papier gris, et à un degré de chaleur toujours proportionné à la quantité de parties aqueuses ou grasses dont ils sont chargés : la dessiccation faite, on les revoit encore pour les placer sur des feuilles de papier blanc, et dans l'ordre qu'exige le système de botanique qu'on a adopté ; quelquefois on se contente de les fixei dans l'herbier avec des épingles, afin de pouvoir les observer dans tous les sens avec plus de facilité, ou bien on les colle avec la gomme, mais toujours dans l'attitude élégante de la nature. Si on se défie de sa mémoire, on a soin d'écrire à côté de chaque plante son nom, et toutes les qualités qu'on lui a reconnues dans ses beaux jours, lorsqu'on fit sa connaissance. A l'aide de l'étude on les garantit de la moisissure, et on en écarte les mites avec la poudre de coloquinte. Souvent le botaniste ne conserve que les images des plantes , soit par les arts du dessin , de la gravure ou de la peinture, ou simplement par l'empreinte; il les enduit de gomme ou d'huile, selon leur nature ; il répand dessus quelque poudre colorante ; il les dispose sur le papier blanc dans l'attitude qu'il juge convenable ; il les place ensuite sous la presse, et l'empreinte reste sur le papier.
>3 L*argile à qui le fea donna l'éclat da verre.
L'argile dont il est ici question est une espèce de terre très blanche, qu'on mêle, dans une proportion reconnue par l'expérience, avec du quartz- et du feldspath, broyés au moulin, qui sont les matières premières qui entrent dans la composition des belles porcelaines de Sèvres. La nature a pris soin de mélanger elle-même toutes ces matières : on trouve ces mélanges dans plusieurs endroits ; • mais nulle part ces matières ne sont réunies naturellement dans une proportion aussi favorable pour la composition de la porcelaine qu'à la Chine, où elles sont connues sous le nom de kaoUn, Cest en analysant cette substance que l'art est parvenu à faire pour la France ce que la nature a prodigué aux heureux Chinois : c'est ainsi qu'en étudiant la nature nous obtenons d'elle ce qu'elle parait avoir voulu nous refuser, et que, si tout n'a pas été fait pour l'homme, au moins l'homme par son art sait profiter de tout.
«4 Et les bois cpe les eanx ont tranformés en pierre.
Les pétrifications sont des corps organisés, qui, sortis du sein des mers ou de la surface de la terre, ont été ensevelis par divers accidens à différentes profondeurs, et qu'on retrouve aujourd'hui sous leurs formes et leurs contextures primitives, mais ayant changé de nature ; ce qui était bois ou os est devenu pierre par une opération de la nature dont on peut se rendre raison.
Toute pétrification, strictement telle, n'est plus que le squelette ou l'image d'un corps qui a eu vie ou qui a végété; c'est ainsi que le bois pétrifié n'est plus le bois même. On sait que les bois ordinaires sont des corps dans lesquels le volume des pores excède de beaucoup le volume des parties solides. Lorsqu'ils sont déposés, enterrés dans certains lieux, il s'introduit dans leurs pores des sucs lapidifiques que les eaux entraînent avec elles , qui , extrêmement divisés et quelquefois colorés, en remplissent les capacités; ces sucs se condensent avec le temps et s'y moulent ; ensuite les parties ligneuses et solides du bois entrent en fermentation, se décomposent, et sont chassées de leur place par les filtrations de l'eau ; et par ce moyen elles laissent vide en forme de pores l'espace qu'elles occupaient. Dans le moment de la métamorphose du bois en pierre on n'aperçoit aucune différence ni sur le volume, ni sur la forme; mais il y a, tant à la surface qu'à l'intérieur, un changement de substance : ce qui était pore dans le bois naturel est devenu solide dans le bois |)étrifié ; ce qui était plein dans le premier état est devenu vide ou poreux dans le second ; les sucs lapidifiques continuant à circuler et à se fixer dans ces nouveaux pores, ceux-ci se remplissent comme les premiers : cette seconde opération faite, il ne reste plus rien de la substance du bois, tout est changé en pierre, et cette piejrre a les mêmes forihes, la même contexture que le bois primitif, parce qu'il a servi de moule à la matière pierreuse , et que la nature dans cette opération s'est imitée et copiée elle-même.
Il y a donc, dit Mongez, quatre époques bien distinctes dans la marche que suit la nature pour convertir un morceau de bois en pierre, ou, en s'exprimant avec plus de justesse, afin de lui substituer un dépôt pierreux : i° le bois végétal parfait, composé de parties solides et vides, de fibres ligneuses et de vaisseaux; 2^ le bois ayant ses vaisseaux remplis par un dépôt pierreux, et ses parties solides restant dans le même état; 3' les parties solides, attaquées.
et décomposées, formant de nouvelles cavités entre les cylindres pk reu& qui restent dans le même état et (jai soutiennent toute la masse ; 4* enfin ces nouvelles cavités, remplies de nouveaux dépôts, faisant corps avec les cylindres, et ne composant plus qu'une masse totalement pierreuse, représentant exactement le morceau de bois. La nature suit la même marche pour opérer toutes les antres pétrifications.
•'Le lichen parasite anx diénes attaché.
Les lichens sont des espèces de mousses qui ont une sorte d'analogie avec les fucus. En teinture , et même en médecine, on sait tirer parti de plusieurs espèces de lichens. Dans les climats du nord les animaux sauvages en mangent durant l'hiver. ( Voyez la note 18 de ce chant. )
*^ Le poissant agaric.
Cest le même champignon, le bolet amadouvier, dont, en le battant 'et l'imbibant de salpêtre, on fait l'amadou, et qui, préparé à la manière de Brossard, sert à arrêter les hémorragies.
■7 Le nénuphar.
n y en a deux espèces; l'une à fleurs jaunes, et l'autre, beaucoup plus belle, à fleurs blanches : la couleur ne fait pas leur principale différence. On fait usage des racines des deux espèces, mais des fleurs de la dernière seulement : on les regarde comme propres à éteindre les feux de l'amour physique.
** Et ces rameanx vivans» ces plantes popnlenses.
Il est ici question des polypes de mer et d'eau douce. On peut voir ce qui a déjà été dit des premiers à la note 1 1 4^ ce chant. Les découvertes faites sur la nature des seconds ont singulièrement dérangé les idées qu'on s'était faites sur le règne animal. Qui croirait en effet qu'il existe des animaux qu'on peut multiplier en les hachant en pièces ; qu'en divisant un polype d'eau douce en dix , vingt ou trente morceaux, chacun de ces morceaux devient en peu de temps un polype semblable à celui dont il faisait partie ; qu'à chacun de ces tronçons il pousse une tête et des bras avec lesquels il saisit sa proie ? Que l'on coupe un polype en sa longueur en autant de lanières que l'adresse pourra le permettre, on verra autant de polypes ; que l'on partage la tête en deux, ces deux demi-têtes deviendront deux têtes parfaites ; que l'on réitère la même opération sur^ïes deux tètes, on en aura quatre; qu'on traite de même ces quatre-d, on
tsD aura huit sur un seul corps ; que Ton fasse une semblable. opération sur le corps, on aura huit corps nourris et conduits par une seule tête. L*hydre de la fable n'allait pas jusque là. Il y a plus : qu'on retourne comme un bas de soie un polype , qui n'est qu'une espèce de ver creux et transparent, il digère et vit comme auparavant. Rien ne ressemble plus à une végétation que la manière naturelle dont les polypes se reproduisent. On remarque sur leur corps une légère excroissance de la forme d'un bouton : c'est la tête d'un polype, de laquelle sortent les bras. On a compté jusqu'à dix -huit polypes sur le même sujet. Les jeunes polypes, même avant que d'avoir pris tout leur accroissement, donnent l'existence à d'autres polypes qui sortent de leur corps par les mêmes voies. Un père est souvent grand-père plus tôt qu'il n'a enfanté tout-4-fait son premier-né. Cette espèce d'arbre vivant présente à l'observateur le plus curieux spectacle. Lorsqu'un des polypes saisit quelque proie et qu'il l'avale, la nourriture se distribue à tous les autres polypes, qui sont comme autant de branches, et de même il est nourri de tout ce que les autres attrapent; ici, ce que le père mange profite aux enfans , et ce qu'un des enfans mange profite de même à toute la famille : le changement de couleur qui arrive alors à tous les polypes, suivant la couleur de l'aliment qui y est distribué, en est une preuve incontestable.
Un pareil assemblage de polypes est en quelque sorte un arbre mangeant, marchant, végétant et poussant des branches. U semble que la nature se soit plu à rassembler dans un seul sujet ce qu'on avait cru jusqu'à présent faire un caractère distinctifentre les plantes et les animaux : aussi les naturalistes regardent-ils ce polype comme un être qui fait la nuance du végétal à l'animal.
•9 Uuânul recouvert de son épaisse croûte.
Cest le rhinocéros, dont la peau est excessivement dure et plus épaisse que le cuir d'aucun animal connu.
So Celui dont la coquille est airondie en voûte.
Cest la tortue ou le tatou.
31 lie nautile , sur Fean dirigeant sa gondole.
Le nautile est un genre de coquillage univalve , fait comme une gondole à poupe élevée. On a donné le nom de nautile à cette co quille , parce qu'on a prétendu que c'est de l'animal qui l'habite
que les hommes ont appris Fart de la navigation. La forme de cette coquille approche à la vérité de celle d*un vaisseau, et l'animal semble se conduire sur la mer comme un pilote conduirait un navire. Quand le nautile, qui n'est qu*un polype à plusieurs bras, veut nager, il élève deux de ses bras en haut, et étend en forme de voile la membrane mince et légère qui se trouve entre eux; il alonge deux autres bras, qu'il plonge dans la mer comme des avirons ; un antre bras lui tient lieu de gouvernail ; il ne prend d'eau dans sa coquille que ce qu'il lui en faut pour lester son petit navire , et afin de marcher avec autant de vitesse que de sûreté; mais, à l'approche d'un ennemi, ou dans les tempêtes, il replie sa voile, retire ses avirons, et remplit sa coquille d'eau pour s'enfoncer ou se précipiter plus aisément au fond de la mer. Il retourne sa barque sens dessus dessous lorsqu'il veut s'élever du fond de la mer, et, à la faveur de certaines parties qu'il gonfle ou comprime à volonté , il peut traverser la masse des eaux; mais, dès qu'il a atteint la surface , il retourne adroitement son petit vaisseau , dont il vide l'eau; et, épanouissant ses barbes palmées, il vogue et s'abandonne au gré des vents : c'est un navigateur qui est tout à la fois pilote et vaisseau.
3» L'éqiiiToqne habitant de la terre et des ondes.
Les phoques , les morses , les lions et ours marins , les lamantins, sont, à proprement parler, les seuls animaux auxquels on puisse donner le nom d'amphibie dans toute l'acception du terme. Ils paraissent les seuls qui puissent vivre également dans l'air et dans l'eau , parce qu'ils sont les seuls dans lesquels le trou de la cloison du cœur reste toujours ouvert : ik sont par conséquent les seuls qui puissent se passer de respirer, et viv^ également dans l'on et l'autre élément. Dans l'homme et les animaux terrestres , le trou de la cloison du cœur (qui , en laissant au sang le passage ouvert de la veine-cave à l'aorte, permet au fœtus de vivre sans respira) se ferme au moment de la naissance, et demeure fermé toute la vie; dans les animaux véritablement amphibies, c'est le contraire: le trou de la cloison du cœur reste toujours ouvert , la communication du sang de la veine -cave à l'aorte subsiste toujours, de manière que ces animaux ont l'avantage de respirer quand il leur plaît, et de s'en passer quand il le faut. Us sont , dans le système de la nature vivante, le passage et la nuance des quadrupèdes aux cétacés : ap-
partenant encore à la terre et déjà habitaos des eaux , ils formeot le passage de la vie animale de Tun à l'autre élément.
3' Les oiseaux rameurs.
Les oiseaux aquatiques et les manchots, ou, comme Forster les a nommés, les aptenodytes, dont on connaît aujourd'hui une dizaine d'espèces. Ces oiseaux , excellens plongeurs , rament effectivement sous l'eau au moyen de leurs ailes très raccourcies et garnies de pennes extrêmement petites, raides, et comme écailleuses. Ces ailes sont très improprement appelées nageoires par ceux qui font plus attention à leur usage qu'à leur structure.
'4 Poissons ailés.
On connaît aujourd'hui plusieurs espèces de poissons volans , c'est-à-dire qui s'élancent hors de la mer, et se soutiennent et avancent eu l'air aussi long-temps que leurs grandes nageoires ne se sont pas desséchées, ou jusqu'à ce que les albatrosses , les frégates et les paille -en- queue les forcent à se réfugier de nouveau dans l'eau, où ils trouvent de nouveaux ennemis dans les dorades, les bonites, les pelamides, et d'autres poissons voraces. Ces poissons sont de huit espèces , connues sous le nom de trigle, dont le pirapède est le poisson volant par excellence.
'^ Dea tumeurs d'une feoSle ont fait leur domicile.
La nature , qui veille à la reproduction des êtres , a donné à un grand nombre d'insectes l'instinct de déposer leurs œufs dans des substances propres à nourrir leurs enfans aussitôt qu'ils sont éclos. On observe que les mouches coimues sous le nom de cynips sont armées sous le ventre d'un aiguillon , dont le jeu admirable s'exécute par une espèce de ressort caché dans l'intérieur de l'animal ; le cynips s'en sert pour percer i'épiderme de la feuille, ou pour pénétrer dans le corps des chenilles , à dessein d'y déposer ses œufs. Ce dépôt fait dans l'entamure de la feuille cause une extravasation des sucs végétaux , ce qui donne naissance à ces fausses petites pommes , à ces galles et autres excroissances de différentes formes, dans lesquelles le ver éclos trouve la nourriture et le logement. Roulé en forme de boule dans son appartement étroit , obscur, mais propre, commode, il y est à l'abri des intempéries de l'air et de tous . les dangers. Parvenu à son dernier accroissement , il se change en
chrysalide, s'ouvre une porte, déploie ses aile», prend son essor, et devient habitant d*un autre élément.
38 Rubans animés.
Les ténias, qui sont si variés dans les différens animaux, et dont rhomme nourrit aussi plus d'une espèce. On en connaît aujourd'hui un grand nombre. Le nom de solitaire est fort impropre, car celui qu'on avait cru exister seul dans les intestins de l'homme, y a aussi été trouvé avec plusieurs autres. Les cucurbitaîns ne sont que des articulations détachées de ce ver.
s 7 Mouche qui bâtit.
Il y a plusieurs espèces de mouches qui bâtissent. Rien de plus curieux que leur architecture, et de plus intéressant que les matériaux qu'elles emploient. Les arts pourraient peut-être profiter de l'instinct de ces industrieux animaux : la mouche -maçonne construit plusieurs cellules avec des grains de sable dont elle sait composer un mortier, qui dans peu de temps acquiert la dureté des pierres les plus solides. N'est-ce pas là le fameux mortier des anciens Romains , que nos savans n'ont encore pu imiter ? Plusieurs insectes bâtbsent avec une substance qui est un vrai papier, ou du carton, etc.
3* Monche qui file.
Plusieurs naturalistes ont compris sous la'dénomination de mouches les demoiselles dont les larves filent pour tapisser le logement où elles se métamorphosent. La larve àxi formica leo , dont l'histoire est si curieuse et si intéressante , devient une mouche demoiselle.
3 9 Ceux qui d'un fil doré composent leur tombeau.
Ce sont les vers à soie.
4o Ceux dont Tamour dans Tombre allume le flambeau.
Il n'est aucun insecte dont les amours soient aussi cachées que celles des mouches à miel ; il efk est de même des thermes des zones torrides. Au reste , il y a plusieurs autres insectes dont Faccouplement se fait ordinairement à couvert; tels sont les carabes, les ténébrions, les blattes.
4a L'insecte dont un an borne la destinée Beaucoup d'insectes vivent depuis le moment où ils sont édos
jusqu'à la même époque de l'année suivante , en passant l'hiver dans l'état de nymphes; d'autres vivent dans l'état de larve pendant quelques années; il en est qui voient plusieurs générations dans le cours d'un été. Les insectes qui dans l'espace d'un jour et même de quelques heures terminent leur carrière (du moins celle de leur état parfait), sont les éphémères, appelés communément mouches de SfUnt' Laurent,
4* Venez arec l'éclat de tos riches habits,
Yos aigrettes, etc
Dont récaille défend la gaze de tos ailes.
La nature semble avoir voulu dédommager les insectes de leur faiblesse en parant leur robe des plus vives couleurs : sur leurs ailes et leurs omemens de tête on voit briller l'azur, l'or, l'argent , le vert^ le rouge, le jaune, etc.; les franges, les aigrettes , les houppes sont prodiguées , et les reflets de ces couleurs différentes sont au moins aussi vifs que ceux des pierres précieuses. Il ne. faut qu'examiner une mouche luisante , un papillon , une chenille même , pour être étonné de leur magnificence et de la variété de leur livrée. Est -il dans la nature que la parure soit l'apanage de- la fail^lesse?
4S Ces yeux qaVyec tant d*art la nature a taillée.
De toutes les parties des insectes , les yeux à réseaux sont peutêtre les plus propres à nous faire connaître avec quel prodigieux appareil la nature les a formés , et à nous apprendre en général combien elle produit de merveilles qui nous échappent. Les plus grands observateurs microscopiques n'ont pas manqué d'étudier la structure singulière de ces yeux. Ceux des mouches, des scarabées, des papillons et de divers autres insectes, ne different en rien d'essentiel. Ces yeux sont tous à peu près des portions de sphère : leur enveloppe extérieure peut être regardée comme la cornée. On appelle cornée l'enveloppe extérieure de tout œil, celle à laquelle le doigt toucherait si, les paupières restant ouvertes, on voulait toucher un œil. Celle des insectes dont nous parlons a une sorte de luisant qui fait voir souvent des couleurs aussi variées que celles de raro-en-ciel. Elle paraît , à la vue simple , unie comme une ^lace ; mais , lorsqu'on la regarde à la loupe , elle parait taillée à facettes comme des diamans : ces £aicettes sont disposées avec une régularité admirable et dans un nombre prodigieux. Leuwenhoeck a calculé qu'il y en avait 3,181 sur une seule cornée d'un scarabée; et
qu'il y en avait 8,000 sur chacune des cornées d'une mouché ordinaire. Hook en a trouvé 14,000 dans les deux yeux d'un bourdon, et Leuwenhoeck en a compté 6,226 dans les deux yeux d'un ver à soie ailé. Ce qu'il y a de plus merveilleux, c'est que toutes ces facettes sont vraisemblablement autant d'yeux ; de sorte qu'au lieu de deux yeux ou cristallins cpie quelques naturalistes ont peine à accorder aux papillons, nous devons leur en reconnaître sur les deux cornées 34,650; aux mouches, 16,000 , et aux autres plus ou moins , mais toujours dans un nombre aussi surprenant.
Voici deux expériences de savans observateurs qui prouvent incontestablement que chaque facette est un cristallin , et que chaque cristallin est accompa|;né de ce qui forme un œil complet : ils ont détaché les cornées de divers insectes; ils en ont tiré avec adresse toute la matière qui y était renfermée, et, après avoir bien nettoyé toute la surface intérieure, ils les ont mises à la place d'une lentille de microscope. Cette cornée , ainsi ajustée et pointée vis-à-vis d'une bougie, produisait une des plus riches illuminations. M. Puget avait imaginé de tenir au foyer d'un microscope FcBil d'un papillon ainsi préparé : un soldat vu à ce microscope d'un genre particulier aurait paru une armée de 17,325 soldats; un pont aurait paru l'assemblage d'un nombre infini d'arches. Leuwenhoeck a poussé la dissection jusqu'à découvrir que chaque cristallin a son nerf optique. Comment, dirait -on, un insecte, avec des milliers d'yeux , peut-il voir l'objet simple? Lorsque nous saurons au juste comment nous-mêmes, avec deux yeux, nous voyons les objets simples , il nous sera aisé de concevoir que les objets peuvent paraître simples à des insectes avec des milliers d'yeux. La nature, qui a voulu que leurs yeux ne fussent point mobiles, y a suppléé par le nombre et par la position. Malgré ces milliers d'yeux dont sont composées les orbites, la plupart des mouches ont encore trois autres yeux placés en triangle sur la tête , entre le crâne et le cou : ces trois yeux, qui sont aussi des cristallins, ne sont point à facettes; ils sont lusses et paraissent. comme des points. Ces différentes grosseurs des yeux dans le même insecte, jointes à la considération des différentes places accordées à chaque œil , conduisent à présumer avec quelque vraisemblance que la nature a favorisé les insectes d'yeux propres à voir les objets qui sont près d'eux , et d'autres pour voir les objets éloignés; qu'elle les a, pour ainsi dire, pourvus de microscopes et de télescopes. Il faut observer que la
plupart de ces yeux à facettes sout couverts de poils , que Ton peut soupçonner de produire Feffet des cils de nos yeux, c'est-à-dire de détourner une trop grande quantité de rayons de lumière , qui ne serviraient qu'à embarrasser la vue.
44 ArpBM de tos combats , instniniens do vos aru.
Les insectes sont armés de pied en cap ; ils attaquent , ils se défendent : des dents en scie, des dards, des aiguillons , des pinces, des cuirasses, des ailes, des cornes, des ressorts prodigieux dans les pattes, des cordages ou filets , rien ne manque à Tappareil des organes nécessaires pour une guerre offensive et défensive. La nature n*a rien ménagé pour favoriser leur agilité ; elle leur a prodigué tous les instrumens nécessaires à leur conservation; et il n'en est aucun qui ne tire parti de ses organes avec une adresse qui surprend le philosophe même. Voyez la note 45 ci-après.
4 s Que j*ub8erTe de près ces clairons ces tambours. *
La nature a donné à plusieurs insectes , comme aux cigales, aux cousins, aux bourdons, aux grillons, aux sauterelles, et à plusieurs scarabées, la faculté de former certains sons ; mais, malgré toutes les recherches, on n'a pas encore pu découvrir les organes de l'ouïe. L'usage de tous les organes des insectes n'est pas connu ; peut-être que , parmi ceux dont on ignore la destination , il en est qui remplissent les fonctions de l'oreille. U y a sans doute dans le chant de ces animaux des modulations, des différences que nous ne saisissons pas; car il n'est pas dans l'ordre que le chant du combat, de la victoire, de la douleur et du plaisir, soit sur le même ton. Pourquoi les insectes n'auraient-ils pas , comme les autres animaux , des moyens d'exprimer leurs passions ?
46 Enfin tous ces ressorts , organes merveiUeiqE,
U semble que chaque espèce d'insecte soit destinée à une profession particulière, et qu'elle en ait les outils; il y en a, pour ainsi dire, de tousles arts, de tous les métiers. Leurs premiers travaux sont toujours des chefs-d'œuvre; leur industrie parait aussi variée que la diversité des instrumens appropriés au travail qui leur est particulier. On voit parmi eux des architectes qui forment le plan d'un édifice capable de contenir plusieurs centaines d'habitans; les appartemens en sont si bien distribués qu'il n'est pas un coin de perdu ; chaque individu y est logé séparément dans un espace suf-
fisant. D'autres, plus solitaires, se construisent des cellules sé^ parées, où régnent la propreté et la commodité. Les uns savent filer^ et ont des quenouilles; d'autres font de la toile, des filets, et ont pour cela une navette et des pelotons. Il y en a qui bâtissent en bois , et qui ont des serpes pour faire les abattis, des scies pour les débiter ; d'autres bâtissent en pierre : ils ont la truelle et les instrumens nécessaires pour les appareiller. Ceux qui travaillent en cire ont des cuillères , des ratissoires; plusieurs , outre la langue pour goûter et lécher, ont la trompe qui fait Toffice de chalumeau, ou la tête munie d'une paire de tenailles, et ont encore à Fextrémilé de la queue une tarière mobile propre à percer et creuser, etc. Les mouvemens de ces petits animaux ne sont ni de caprice, ni fortuits; ils sont pleins d'ordre et de dessein, et tendent tous au but pour lequel la nature a formé chacun d*eux. Il en est plusieurs dont ie gouvernement, l'économie, les mœurs et l'inaustrie pourraient servir d'exemple aux hommes : il semble qu'ils aient résolu le grand problème de la vie; ils ont trouvé l'art d'être heureux , ils le paraissent au moins. Pourrait-on en dire autant des hommes, qui se croient bien supérieurs?
47 Et même après la mort y ressemble à la vie.
yoye£ ce qu'a écrit l'abbé Manesse sur l'art d'empailler.
4* Qae rétre et le néant réclamerait tons denx.
Les jeux, les caprices ou les écarts de la nature ne sont pas indignes de l'attention d'un philosophe , quand on ne les observerait que sous lé rapport des avantages qui en peuvent résulter, abstraction faite de ce qu'ils présentent de curieux. On sait que , par l'art émané de l'observation , on est parvenu à changer la direction de la nature; qu'on a obtenu d'elle, dans les deux règnes , des êtres vivans, des individus qu'elle aurait toujours refusés; que les mulets et les plus beaux fruits sont des monstres qu'elle refuse de reproduire, si l'art ne l'y force pas. Qui sait ce qu'on obtiendrait d'elle si tous ses écarts étaient bien connus ? Quant aux restes des êtres gigantesques qui ont existé, leur examen, celui des lieux où on les retrouve, peuvent jeter un grand jour sur ce que fut la nature dana des temps antérieurs.
^9 Bx>uge indifféremment Dnbartas.
Guillaume de Salluste Dubartas , auteur, inconnu aujourd'hui ^
de beaucoup de poésies et d'un grand poème sur la création , intitulé la Semaine, Il a été hon seulement poète , mais négociateur et vaillant capitaine; et aucun de ces titres ne Fa sauvé de l'oubli.
Le passage suivant de la Semaine , dans lequel il dépeint le vol et k chant de l'alouette , lui paraissait de l'harmonie imitative :
« La gentille alouette crie son tire lire ,
m Tire lire a lire, et tire tiran lire
» Vers la ToAte da ciel; pois son toI rers oe Heu
•> Vire , et désire dire» adien Dien » adieu Dien. »
I Oui, les riches aspects et des champs et de Tonde.
* M. de La Harpe , long-temps après que ce morceau eut été lu à l'académie, a fait imprimer un poème plein d'intérêt sur un sujet à peu près semblable. J'espère que, la lecture publique de mon ouvrage ayant précédé de plusieurs années la publication de celui de M. de La Harpe, on ne m'accusera pas de plagiat/ pour quelques ressemblances qui se trouvent dans quelques passages de ces deux poèmes.
• Fuit, roule , et de son lit abrège les détours.
fc Qua pinus ingêÎM , albaqne populns » Umhram hospitalem consociare amant
>• Ramis, et ohUqno laborat
» Lympha fugax trepidare rÏTO. »
H0RA.T. , Carm, , lib. II . od. m.
' La corvee ! À ce nom les cabanes gémissent.
Ah! Mars rient demander des soldats à Cérès.
Ces vers ont été faits avant la révolution. L'auteur ne connaissait pas alors de malheurs plus grands pour les babitans des campagnes que la milice et la corvée.
4 La belle Géorgine à la tète des chœurs.
Madame la duchesse Géorgine de Devonshire , l'une des femmes les plus aimables et les plus spirituelles qu'ait eues l'Angleterre, pa. rat devant la cour, pour la première fois, dans une fêle magnifique, telle que la représente le poète. Cest cette même dame qui a composé, sur son passage du Saint-Gothard , un poème que Delille a traduit.
' Ses pas dans vos accens retentissent encor. On trouve des descriptions du cheval dans la Bible, au chapî-
tre XXXIX du Livre de Job, dans le troisième livre des Géorgiques de Virgile, et dans plusieurs passages de V Enéide.
^ Le taureau qui gémit sur son frère expirant.
It tristis arator
Mœrentem abjungens fratema morte juTencum.
GsoRO. , lib. 111.
1 A qui doit demeurer Tempire des troupeaux.
On reconnaîtra facilement dans ce morceau une imitation de la belle description que Virgile a faite du combat de deux taureaux pour une génisse , dans le troisième livre des Géorgiques ; description pleine d'âme et de mouvement, et l'une de celles où la poésie a prêté avec le plus de succès les passions de l'homme aux animaux.
• Et s'en retounie enfin seule et désespérée.
* Je n'ai pas prétendu m'approprier ce vers de Racine; mais j'ai cru pouvoir l'employer dans un morceau où je conseille au peintre des champs , pour rendre les animaux plus intéressans , de leur prêter nos penchans et nos passions. Tout le monde sait que ce vers a été mb par Racine dans la bouche de Clytemnestre disputant sa fille à l'ambition de son époux.
9 O champs de la Limagne ! 6 fortuné séjour!
* Sidonius ApoUinaris , lib. IV, epist. 2 1 , fait de la Limagne la belle description que l'on a cru devoir donner ici : Taceo territorimn viatoribus tnoUe , /ructuosum aratoribus, vemUoribus voiuptuosum; quod montium cingvmt dorsa pascuis , latera vineiis, terrena villis, stixosa castelUs , opaca lus tris y aperia cuUuris ^ concavafoniibus ^ obnq^ta fluminibus ; quod denique hujusmodi est y ut semel visum, advenis rnuUis , patriœ oblivionem sœpe persuadant. Le roi Childebert avait coutume de dire «i qu'il ne dé- » sirait qu'une chose avant que de mourir, qui était de voir cette » belle Limagne, qu'on dit être le chef-d'œuvre de la nature et une w espèce d'enchantement. »
La Lim'agne, qui est la patrie de l'auteur, a aussi été celle de Pascal, de Domat, de Savaron, Guébriard, Sirmond, L'Hôpital, de Marmontel , Thomas , etc.
1» Là des firipôns gagés surveillent leurs complices.
* On sait que, dans toutes les grandes villes, la police emploie des fripons pour découvrir des friponneries.
la Du bout de son allée apercevait Paris.
« Adieu donc, Paris 1 ville célèbre, ville de bruit , de fbmée et de » boue , où les femmes ne croient plus à l'honneur, ni les hommes w à la vertu! A.dieu, Paris! nous cherchons Tamour, le bonheur, » Tinnocence, nous ne serons jamais assez loin de toi.» Émilcy liv. IV.
Rousseau décrit dans plusieurs passages de ses œuvres les sensations vives et douces avec lesquelles il se plaisait à, opposer au spectacle de Paris les images fraîches et riantes de la nature.
» Ignorer les humains et vivre ignoré d*eiix.
* Ces vers sont imités d'Horace; et peut-être ne sera-t-on pas fâché de retrouver ici l'imitation qu'en a faite le célèbre Despréaux :
«< O ms, quando ego te aspiciam, qoandoqne licebit , M If une yetemm libris, nunc somno et iiiertibas huris M Ducere soUicitaa jucnnda oblinavitaB?
» Oblitns' Gunctomm, obliviscendns et illisi »
O fortuné séjour! 6 champs aimés des cieux !
Que pour jamais foulant vos prés délicieux.
Ne puis-je ici fixer ma course vagabonde • Et, connu de vous seuls , oublier tout le monde !
Ces vers, comparés à ceux d'Horace, suffisent pour montrer au lecteur la différence du génie de ces deux poètes: elle est d'autant plus sensible qu'elle se montre dans l'expression très différente de la même idée et du même sentiment. Boileau , en traduisant Horace^ est encore Boileau. Ce poète , si supérieur à son modèle dans la satire, n'a jamais eu dans la poésie philosophique ni sa doueeur, ni sa grâce, ni son aimable abandon.
O fortuné séjour! 6 diamps aimés des deux I
ne vaut pas la simplicité touchante de ces mots , O champs y quand pourrai-je vous voir? Horace ne demande pas de fortuné séjour, des champs aimés des cieux : il demande la campagne ; la campagne , quelle qu'elle soit, suffit à ses désirs : «tOnts, quemdo ego te » aspiciam ! » On est fâché de ne pas retrouver dans les vers de Boileau cette voluptueuse distribution du temps entre le sommeil y la lecture des anciens et la paresse. Quelle douceur à la fois et quelle
hardiesse dans ïineitibus horis , les heures paresseuses ! Combien on doit regretter aussi ce vers charmant :
« Uucere sollicitas jacnnda obliyia yitae ! » Boire l'heareiix oubli d*une yie inqniète.
Enfin quelle différence , pour l'harmonie , la grâce et l'expression de l'amour de la solitude, entre
« Oblitus cnnctomin , obliviscendiu et illis; »
et ce vers ,
Et, connu de tous seuU, oublier tout le monde!
Enfin Horace a trouvé ces vers dans son âme, et Boileau a pris les ^iens dans Horace, mais avec la difTérence qu'ont dû mettre entre le poète et l'imitateur la sensibilité exquise de Tun et l'élégance un peu laborieuse de l'autre. Cest à cette correction, fruit du goût et du travail, que Chapelle fait allusion dans ces vers si plaisans et si vrais :
« Tout bon habitant du Marais '
» Fait des vers qui ne coûtent guère.
» Pour moi c'est ainsi que j*en fais :
>» Je les ferais bien plus mauvais
» Si je tâchais de les mieux faire.
» Quant à monsieur Despréaux,
» Il en compose de fort beaux. »
La Fontaine seul nous offre des exemples de cette douce sensibilité et de cet abandon plein de grâce que j'admirais dans ces vers d'Horace, lorsqu'au sujet de l'amour il s'écrie :
« Hélas I quand reriendront de semblables momons! ' M Faut-il que tant d'objets si doux et si charmans >• Me laissent rivre au gré de mon âme inquiète? » Ahj si mon cœur encore osait se renflammer! » Ne tronverai-je plus de charma qui m*arréte? » Ai-je passé le temps d'aimé? »
Le sujet est différent, mais le caractère du style est le même.
1' Le Tcrs vole et le suit , aussi prompt que l'éclair.
^*^ Dans une société où se trouvait M. le chevalier de Boufllers , on avait parlé d'harmonie imitative dans les vers ; des personnes de beaucoup d'esprit niaient l'existence de cette harmonie. L'auteur de
ce poème , mvité à lire quelques vers , choisit le morceau qui avait pour objet rharmonie imitative. Alors M. le ehevalier deBoufflers dit avec l'esprit et la finesse qui lui sont si familiers : « D a fait comme V le philosophe à qui Ton niait le mouvement, il a marché. »
>4 Et nous , infortnnés que proscrivent les dieux.
Ce morceau a été composé pendant Fémigration de Fauteur; et il fut supprimé dans la première édition qui parut en 1801, parce que les éditeurs avaient beaucoup de raisons de craindre que le chef du gouvernement de ce temps-là ne se trouvât offensé des attaques qui y sont dirigées contre la guerre et les conquérans.
1» o Thiars! tn B*es plvsl
* M. de Thiars, lieutenant-général des armées du roi , commandant en Provence, puis en Bretagne, arraché des bras de son digne ami , M. de Glermont-Galterande, pour aller à Féchafaud. Un de ses amis les plus estimés conserve de lui une lettre écrite aumoment oà il marchait à la mort , pleine de la fermeté la plus héroïque et de Famitié la plus tendre pour Famie dont j'ai fait mention dans ces vers, et dont il ignorait la mort.
ifi Tun amie avait fîii de ce séjour d^effiroi.
* Madame de Serrant.
17 Hélas! et que n*en peut la sanglante mémoire « Ainsi que de ces murs , s'effacer de l*hiatoire 1
* J'ai déjà remarqué dans le discours préliminaire, que te poème de Virgile, publié dans un temps de calme et de bonheur, fut composé dans des circonstances trop malheureusement semblables à celles où ce morceau des Géorgiques françaises fut écrit. On en sera convaincu par la lecture de ces vers qui tenninent le premier livre des Géorgiques latines :
« Qnippe ubi fas versun atqne neias : tot hella per orbem ,
w Tarn multaa scelerom faciès : non ulfais aratro .
» Dignus honos ; sqaalent abdactis arra colonis ,
N Et carrae rigidnm falces conflantnr in eusem :
» Hinc movet Euphrates, ilUnc Germania, bellum :
» Yioinae, mptis inter se legibns, urbes
M Arma feront: S8e;rit toto Mars impins orbe.
» Ut, cnm carceribus sese eflndere, quadrigœ
» Addont in spatia, et frustra retinacula tendens
M Fertur equis auriga, neque audit curms habeaas. »
Traduction pur Delille,
Qae d*horreiin en effet 6nt soniUé la natiire ! Les Tilles sont sans lois , la terre sans cnltnre , En des champs de carnage on change les gnérets , Et Mars forge ses dards des armes de Cérès; Ici le Rhin se trouble, et là magit TEuphrate; PartoQt la guerre tonne, et la discorde éclate ; Des augustes traités le fer tranche les nœuds. Et Bellone en grondant se déchaîne en cent lieux. Ainsi , lorsqu'une fois lancés de la barrière , D'impétueux coursiers Tolent dans la carrière , Leur guide les rappelle et se raidit en rain ; Le char n'écoute plus ni la voix ni le frein.
Pai à me reprocher, dans cette traduction, d'avoir infidèlement rendu ces mots,,^u versum atquenefas : ils rendent avec une précision et une énergie extrêmes le plus grand malheur des grandes crises des empires; c'est la confusion des idées morales et politiques, du bien et du mal, du juste et de l'injuste. Les bornes une fois ar^ rachées , on ne sait plus où les replacer. De cette incertitude naît le combat des opinions, qui l'augmente encore. Si l'incertitude est un grand tourment pour les particuliers, elle est un plus grand tourment pour les empires: de là résulte pour les âmes communes une attente inquiète, pour les âmes pusillanimes le découragement, pour les âmes ambitieuses l'audace des entreprises téméraires et désorganisatrices. Et comment jouir de quelque bonheur dans un état de choses où la constitution, la religion, l'éducation, les institutions civiles et militaires marchent, ou plutôt se traînent, au milieu de craintes et de projets , de contradictions et de réclamations sans nombre , qui résultent nécessairement des souvenirs du passé , du sentiment douloureux du présent , et de la perspective incertaine de l'avenir? Les nouveaux riches ne jouissent qu'en tremblant du fruit de leurs rapines; les hommes dépouillés , du fond de leur misère, voient avec indignation l'apparition scandaleuse des fortunes nouvelles élevées sur leurs débris : tout est inquiétude, inimitié , fureur; tous attendent, souffrent ou conspirent : quippe ubi fas versum atque nefas.
FIN DES NOTES DE l'hOMME DES CHAMPS.