TACITE
Parmi les cahiers de Racine que possède la Bibliothèque impériale, on en trouve un qui contient des Extraits de Tacite\. Il est de format in-4° comme celui des Extraits de saint Basile, et a été relié dans un cartonnage semblable. Sur la couverture, Louis Racine a écrit cette note: « Extraits écrits par Jean Racine des auteurs latins qu’il lisoit à Port-Royal en 1656. Il avoit alors environ quinze ans. » Il eût fallu dire : « Il avoit environ dix-sept ans. » L’écriture de ces Extraits est très-belle, et comme moulée; celle des notes qui les accompagnent est plus courante et aussi plus fine. La date que donne Louis Racine à ce travail n’est pas de sa part une simple conjecture. On lit en tête des Extraits ce titre, qui est de la main de Racine lui-même : Taciti sententiæ illustriores. Excerptæ anno 1656. R. (Racine.) Il y a des passages tirés de chacun des douze livres qui nous restent des Annales (livres I-VI, et XI-XVI) et des cinq livres des Histoires. Après les Extraits des Histoires, Racine a écrit : Mihil de Germania et Agricolæ vita excerpsimus, quia omnia in illis miranda, excerpenda et ediscenda. Les notes qui sont à la marge de ces Extraits ne sont que des espèces de têtes de chapitres, ou les pensées même de Tacite brièvement résumées. Quelques-unes sont en français, mais la plupart en latin. Ainsi dans les trois premiers chapitres du livre I des Annales : Adulatio ingenia deterit. — Metus et odium historiæ pestes. — Principatus affectatio. — Adulatores, — Tuta incertis præferenda. — Legum pestes. — Filii regum subsidia dominationis, etc. Ces notes latines sont en général très-élégantes; celles que nous venons de transcrire suffisent pour faire voir que, dans cette étude, Racine s’attachait surtout à faire ressortir les lieux communs. Nous avons remarqué, dans le livre XIV des Annales, qu’il a très-fortement souligné ce passage du chapitre L : Libros exuri jussit, quæsitos lectitatosque, donec cum periculo parabantur : mox licentia habendi oblivionem attulit ; et qu’il a écrit à la marge: « Livres défendus, » seule note que l’on trouve sur les extraits de ce livre. Si Racine paraît avoir été particulièrement frappé de ce passage sur les précautions, plus dangereuses qu’utiles, des brüleurs de livres, ne serait-ce pas qu’il le transcrivait dans le temps où Lancelot avait deux fois jeté au feu, plus qu’inutilement, le roman d’Héliodore? Les Extraits des Annales ont 141 pages, ceux des Histoires 68 pages.