DE RACINE A L'ABBÉ LE VASSEUR
Ce lundi au matin, 13° septembre [1660].
JE crois que vous nous voulez abandonner tout à fait, et ne nous plus parler que par lettres. Est-ce ‘ point que vous vous imaginez que vous en aurez plus d'autorité sur nous, et que vous en conserverez mieux la majesté de l'Empire, cui major ex longinquo reverentia*? Mais croyez-moi, Monsieur, il n’est pas besoin de cette politique. Vos raisons sont trop bonnes d’ellesmêmes sans que vous les appuiez* par ces secours étrangers. Votre présence seroit beaucoup plus utile que votre absence en cette saison. Au moins elle l’auroit été; car l'ode étant presque imprimée, vous arriveriez maintenant trop tard. Cependant je m'étois fié sur la
12. Racine avait commencé par écrire : « que vous n’en sachiez. »
Lerrre 5 (revue sur l’autographe, conservé à la Bibliothèque impériale). — 1. Comme nous l’avons déjà fait remarquer ailleurs (p- 67, note 1), Racine écrivait esce.
2. C’est, comme l’on sait, la pensée que Tacite (Annales, livre I, chapitre xzvn) prête à Tibère : Majestate salva, cui major e longinquo reverentia, « sans compromettre la majesté suprême, qui de loin impose plus de respect. »