LETTRES. 405 II. — DE RACINE A L'ABBÉ LE VASSEUR
[Juin 16611.
. . . cette langue * que l’on conserve encore dans la Moscovie. Mais il ne songe pas que j'ai voulu * pourvoir à son établissement sur toutes choses, que j'ai fait un beau plan de tout ce qu'il doit faire, et que ses actions étant bien réglées, il lui sera aisé après cela de dire de belles choses. Car M. l’Avocat me le disoit encore ce matin, en me donnant votre lettre : il faut du solide, et un honnête homme ne doit faire le métier de poëte que quand il a fait un bon fondement pour toute sa vie, et qu'il se peut dire honnête homme à juste titre. C’est donc l'avis que j'ai donné à Ovide, ou, pour parler plus humaimement (car ce langage sent un peu trop le poëte), j'ai fait, refait et mis enfin dans sa dernière perfection tout mon dessein. J'y ai fait entrer tout ce
Lerrre 11 (revue sur l’autographe, conservé à la Bibliothèque impériale). — 1. Ce fragment de lettre, qui manque dans le recueil de Louis Racine, est naturellement sans date, le commencement n’en ayant pas été conservé; mais ce qui y est dit des événements qui venaient de se passer à Port-Royal donne la date approximative que nous avons proposée, à l’exemple des précédents éditeurs.
2. Racine travaillait alors à une pièce où il mettait Ovide en scène, et dont les vers étaient à peine commencés. Si nous entendons bien la phrase incomplète par laquelle débute ce fragment, l’idée qu’elle termine est une objection qu’il suppose lui être adressée par le poëte latin lui-même, inquiet de la façon dont le jeune auteur le ferait parler. Ovide demandait sans doute si on n’allait pas mettre dans sa bouche cette langue barbare des Scythes dont il avait horreur, cette langue que l’on conserve encore dans la Moscovie. Racine répond, pour le rassurer, qu’il n’a encore donné ses soins qu’au plan de sa comédie, et qu’il tâchera ensuite de ne pas faire parler le héros de sa pièce d’une manière trop indigne de lui.