Assez a été ajouté au-dessus de la ligne
Il est adoré dans le Languedoc, et Monsieur le Prince va faire toutes ses Pâques chez lui.
Je vous dirai une autre petite histoire, qui n'est pas si importante; mais elle est assez étrange. Une jeune fille d'Usez, qui logeoit assez près de chez nous, s'empoisonna hier elle-même et prit une grosse poignée d'arsenic, pour se venger de son père, qui l’avoit querellée fort rudement. Elle eut le temps de se confesser, et ne mourut que deux heures après. On croyoit qu’elle étoit grosse, et que la honte l’avoit portée à cette furieuse résolution. Mais on l’ouvrit toute entière, et jamais fille ne fut plus fille. Telle est l'humeur des gens de ce paysci, et ils portent les passions au dernier excès.
Je crois que vous aurez la bonté de me mander quelque chose de votre voyage, qui se sera sans doute passé encore plus doucement que le premier, puisque la compagnie devoit être si belle. Je ne sais si vous y aurez vu M. Sconim*; il nous écrivit avant-hier de Paris. Dans ma lettre, il se plaignoit fort de vous et de M. du Chesne. Je dissimule tout cela à cause de son frère; mais s'il continue davantage sur cette matière, je ne pourrai pas toujours me tenir, et j'éclaterai. Ne lui en témoignez pourtant rien, je vous prie : cela est infiniment au-dessous de vous. Je salue très-humblement Mlle Vitart. J'écrirai, un autre voyage, à Monsieur l'Abbé; je suis trop occupé aujourd'hui.
Je suis fort serviteur de la belle Manon Et de la petite Nanon, Car je crois que c’est là le nom Dont on nomma votre seconde ;
9. Racine paraît ici désigner ce frère du vicaire général d’Uzès, qu’il nomme ailleurs dom Cosme. Dans la lettre suivante on verra qu’il lui donne indifféremment l’un ou l’autre nom.
Et je salue aussi ce beau petit mignon
1662 : Re. É Qui va bientôt venir au monde ‘°.
Suscription : À Monsieur Monsieur Vitart, à Paris. (Deux cachets bruns : J. RAC.)