DE RACINE A LA FONTAINE
[A Usez, le 4 juillet? 1662.]
Vorre lettre * m'a fait grand bien, et je passerois assez doucement mon temps, si j'en recevois souvent de pareilles. Je ne sache rien qui me puisse mieux consoler de mon éloignement de Paris : je m'imagine même être au beau milieu du Parnasse, tant vous décrivez agréablement tout ce qui s’y passe de plus mémorable; mais je m'en trouve fort éloigné, et c'est se moquer de moi que de me porter, comme vous faites, à y retourner. Je ny ai pas fait assez de voyages pour en retenir le chemin; et ne m'en souvenant plus, qui pourroit m'y remettre en ce pays-ci? J'aurois beau invoquer les Muses : elles sont trop loin pour m'entendre:; elles sont toujours occupées auprès de vous autres Messieurs de Paris. Il arrive rarement qu'elles viennent dans les provinces : on dit
Lerrre 35 (revue sur la copie de Louis Racine, appartenant à M. Auguste de Naurois). — 1. Louis Racine, dans son Recueil, l’a donnée comme étant adressée à M. Vitart. Cette erreur, comme le fait remarquer l'éditeur de 1807, est venue de ce que la lettre est sans suscription, et se trouvait renfermée dans la précédente. Le même éditeur dit fort bien qu’une lecture un peu attentive de la lettre aurait suffi pour avertir Louis Racine de sa méprise.
2. Louis Racine a, dans sa copie, comme dans son Recueil imprimé, daté cette lettre du 9 juillet. D’autres éditeurs l’ont datée du 6. Mais elle doit être du 4, comme la précédente.