Cerigue ou Cerigo, nom moderne de l'ile et de Ja ville de
Cythère.
désagréable et la plus infertile qui soit au monde. Il n’y a jamais eu d'air si corrompu que celui de Paphos, lieu absolument inhabité. Naxie ne vaut guère mieux. Les divinités ont été mal placées : il en faut demeurer d’accord. Je croirois volontiers que les historiens se sont imaginé qu'il étoit plus beau de faire combattre trois cent mille hommes que vingt mille, et vingt rois plutôt que vingt petits seigneurs. Les poëtes avoient des maîtresses dans les lieux où ils ont fait demeurer Vénus; mais en vérité la beauté ravissante de leurs ouvrages justifie tout. Linières et tant d’autres ne pourroient pas aussi impunément consacrer Senlis * ou la rue de la Huchette, quand même ils y seroient amoureux. Dans le fond, les grands auteurs, par la seule beauté de leur génie, ont pu donner des charmes éternels, et mème l'être aux royaumes, la réputation aux nations, le nombre aux armées, et la force aux simples murailles. Ils ont laissé de grands exemples de vertu comme de style, fournissant ainsi leur postérité de tous ses besoins; et si elle n’en a pas toujours su profiter, ce n’est pas leur faute. Il n'importe guère de quel pays soient les héros ; il n’importe guère aussi, ce me semble, si les historiens et les grands poëtes sont nés à Rome ou dans la cour du Palais 7, à Athènes ou à la Ferté-Milon*. Je vous observerai, Monsieur, avant de finir cet article, qu'il y a deux mille évêchés en Grèce seulement, nommés dans l'his-
6. Le poëte Linières, que Boileau, au vers 89 de son épitre vit, nomme de Senlis le poëte idiot, avait une maison de campagne près de Senlis; mais Senlis n’était pas sa patrie, comme le dit en note l'éditeur de 1807; il était né à Paris en 1628. Nous ignorons si à Paris il logeait rue de la Huchette, ou quel autre poëte y avait sa demeure.