GI. — DE BOILEAU A RACINE
A Auteuil, 19° mai [1687]...
Je voudrois bien vous pouvoir mander que ma voix
LerrRe 61 (revue sur l’autographe, appartenant à M. le marquis de Biencourt). — r. Cette lettre, qui manque dans le Recueil de Louis Racine, a été publiée pour la première fois par Cizeron-Rival au tome IIL, p. 55, de ses Lettres familières de MM. Boileau Despréaux et Brossette (Lyon, 1770, 3 volumes in-12).— Les précédents éditeurs des OEuvres de Racine ont donné les lettres que Boileau adressait à son ami, non point telles que celui-ci les a reçues, mais conformes au texte des copies corrigées par Boileau. Usant d’un droit incontestable, Boileau ne voulait paraître devant le public qu'après avoir effacé les négligences échappées à la rapidité de sa plume. On voit par la lettre qu'il écrivait à Brossette, en date du 4 mars 1703, qu’il se proposait de soumettre les lettres de Racine à une semblable révision. Dans une édition des OEuvres de Boileau , il est nécessaire de tenir compte des deux rédactions, de celle des lettres originales, comme de ceile des copies corrigées, quelle que soit d’ailleurs celle qu’on donne comme texte et celle qu’on indique dans les variantes. Pour nous, dont leslettres écrites par Racine sont le principal objet, nous ne pouvions hésiter à choisir le texte des lettres originales de Boileau, qui est celui de la correspondance des deux amis. En outre, les lettres de Racine n'ayant pas été remanices et refaites après coup, il importait que tout restât égal de part et d’autre, Nous avons même pensé que ce n’était pas ici la place de citer comme variantes les corrections de Boileau. Le texte de la plupart de ses lettres a été revu par nous sur les autographes conservés à la Bibliothèque impériale, au tome L des manuscrits de Racine, où ils ont été réunis aux lettres de celui-ci. Nous avons aujourd’hui cinquante-deux lettres de la correspondance de Racine et de Boileau, sans y comprendre la lettre que Racine écrivit à Boileau en lui envoyant le Banquet de Platon, et qu’il eût été superflu de répéter ici : nous l’avons donnée dans notre tome V, p. 451 et 452. Des cinquante-deux, quarante-sept ont été publiées dans le Recueil de Louis Racine. Il avait déposé à la bibliothèque du Roi les originaux de ces quarante-sept lettres. Aujourd’hui, sur ce nombre, quatre manquent à cette bibliothèque : elles sont de Boileau; nous avons trouvé ailleurs les manuscrits originaux de deux d’entre elles: quant aux deux autres, il est à remarquer que, dans les notes qu'il y a jointes, Berriat-Saint-Prix, éditeur des OEuvres de Boileau,
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est revenue, mais la vérité est qu'elle est au même état que vous l'avez laissée, et qu’elle n’est haussée ni baissée d'un ton. Rien ne peut la faire revenir, et mon ànesse y a perdu son latin, aussi bien que tous les médecins, à la réserve que son lait m'engraisse et que leurs remèdes me desséchoient. Ainsi, mon cher Monsieur, me voilà aussi muet et aussi chagrin que jamais. J'aurois bon besoin de votre vertu, et surtout de votre vertu chrétienne, pour me consoler ; mais je n'ai pas été élevé, comme vous, dans le sanctuaire de la piété, et, à mon avis, une vertu moliniste ne sauroit que blanchir contre un aussi juste sujet de s’afiliger qu'est le mien. Il me faut de la grâce, et de la grâce la plus efficace, pour m'empêcher de mourir de déplaisir. Car, entre nous, quelque chose qu'on me puisse dire, j'ai peur de ne me retrouver jamais en l’état où j'ai été. Cela me dégoûte fort de toutes les choses du monde, sans me donner néanmoins (ce qui est de plus fächeux) un assez grand goût de Dieu. Quelque détaché pourtant que je sois des choses de cette vie, je ne suis pas encore indifférent pour la gloire du Roi. Vous me ferez donc plaisir de me mander quelques particularités de son voyage”, puisque tous ses pas sont
en cite le manuscrit aussi bien que celui de toutes les autres lettres. Il a donc eu ce manuscrit sous les yeux, et nous avons suivi son texte avec confiance ; car toutes les fois que nous avons pu contrôler son travail, si nous y avons de loin en loin découvert quelques petites inexactitudes, elles sont fort légères. Nous avons d’ailleurs, pour une des lettres, dont l’autographe nous manque, comparé le texte de Berriat-Saint-Prix avec celui qu'a publié M. Laverdet dans sa Correspondance entre Boileau Despréaux et Brossette (Paris, Techener, 1858), d’après une copie qui est de la main de Jean-Baptiste Racine, et sur laquelle Boileau avait fait ses corrections.
2. La réponse de Racine, qui est écrite de Luxembourg, fait connaître de quel voyage Boileau parle ici, et détermine la date de 1687 que tous les éditeurs ont donnée à cette lettre. Le Roi était. parti le samedi 10 mai 1687 pour aller visiter les fortifications de
historiques, et qu'il ne fait rien qui ne soit digne, pour ansi dire, d’être raconté à tous les siècles. Je vous aurai aussi beaucoup d'obligation, si vous voulez en même temps m'écrire des nouvelles de votre santé. Je meurs de peur que votre mal de gorge ne soit aussi persévérant que mon mal de poitrine. Si cela est, je n’ai plus l'espérance d'être heureux, ni par autrui, ni par moi-même. On me vient dire que Furetière * a été à l'extrémité, et que, par l'avis de son confesseur, il a envoyé querir tous les académiciens offensés, et qu'il leur a fait une amende honorable dans les formes, mais qu'il se porte mieux maintenant. J'aurai soin de m'éclaircir de la chose, et je vous en manderai le détail. Le P. Sovennin * a diné au- Jourd'hui chez moi, et m'a fort prié de vous faire ses recommandations. Je vous les fais donc, et en récompense, je vous conjure de faire bien les miennes au cher M. Félix”. Pourquoi faut-il que je ne sois point avec lui et avec vous, ou que Je n'aie pas du moins une voix pour crier contre la fortune qui m'a envié ce bonheur ? Dites bien aussi à M. le marquis de Termes que je
Luxembourg, place que Créqui avait prise en 1684. Il arriva à Luxembourg le 21 mai au soir. Voyez le Journal de Dangeau, à cette dernière date.
3. Antoine Furetière ne mourut que l’année suivante (14 mai 1688). On connaît ses démêlés avec l'Académie, son exclusion de cette compagnie le 22 janvier 1685, et ses Factum, dont les deux premiers avaient été imprimés lorsque Boileau écrivait cette lettre, l’un en 1685, l’autre en 1686.
4. I étoit Génovéfain, et parent de Racine, (Note de Cizeron- Rival.) — Cizeron écrit Souvenin.
5. Charles-François-Félix de Tassy. Il succéda à son père, en 1676, dan la charge de premier chirurgien du Roi : voyez au tome LV, p- 470, note r. Il était lié d'amitié avec Racine et Boileau dès le temps de leur jeunesse. Ce fut lui qui fit au Roi l’opération de la fistule, le 21 novembre 1686. Il mourut le 25 mai 1703.
6. Roger de Pardaillan de Gondrin, marquis de Termes, mort en 1704. Boileau le nomme au vers 54 de son épitre x1.
songe à lui malgré mon infortune, et qu'encore que Je sache assez combien les gens de cour sont peu touchés des malheurs d'autrui, je le tiens assez galant homme pour me plaindre. Maximilien T m'est venu voir à Auteuil, et m'a lu quelque chose de son T héophraste. C'est un fort bon homme, et à qui il ne manqueroit rien si la nature l’avoit fait aussi agréable qu’il a envie de l'être. Du reste, il a du savoir et du mérite. Je vous donne le
bonjour et suis tout à vous.
| DEsPRÉAUX *.
Suscription : À Monsieur Monsieur Racine, en cour.
7. Cizeron-Rival avertit que c’est la Bruyère qui est ainsi désigné. M. Édouard Fournier (/a Comédie de la Bruyère, xxx1x, p. 512 et513) croit que par ce sobriquet de Maximilien, Boileau fait allusion à la liaison de la Bruyère avec la femme de Maximilien Belleforière, marquis de Soyecourt. — Boileau sans doute pensa plus tard que la façon dont il parle ici de l’illustre auteur des Caracières pourrait étonner. Il fit donc quelques changements dans sa copie corrigée. Au lieu de: « un fort bon homme, » il mit : « un fort honnête
homme ; » et avant les mots : « du savoir et du mérité, » il ajouta :
« de l'esprit. » à
8. Dans le recueil, ci-dessus mentionné, de M. Laverdet, où cette jettre est une de celles qui ont été données d’après les copies écrites par Jean-Baptiste Racine, il y a à la fin un post-scriptum que les éditeurs précédents n’ont pas connu; il n’est pas non plus dans l’autographe appartenant à M. de Biencourt. On s'explique avec peine que Boileau ait pu faire après coup une addition de ce genre. Quoi qu’il en soit, voici ce post-scriptum : « Nous (Maximilien, c’est-à-dire la Bruyère, et moi) parlons quelquefois de vers, et il ne me parle point sottement. Il m'en lut l’autre jour un assez grand nombre de très-méchants qui ont été faits l’année passée dans Bourbon même, à l’occasion des eaux de Bourbon. Il me parut qu'il étoit aussi dégoûté de ces vers que moi, et pour vous montrer que je ne suis encore guéri de rien, c’est que je ne pus m'empêcher de faire sur-le-champ, à propos de ces misérables vers, cette épigramme que j'adresse à la fontaine même de Bourbon :
Oui, vous pouvez chasser l’humeur apoplectique, Rendre le mouvement au corps paralytique,