‹ Œuvres de J. RacineChapitre 379 sur 390 · DE BOILEAU A RACINE · texte numérisé non relu

DE BOILEAU A RACINE

A Bourbon, 23° août [1687].

On me vient d'avertir que la poste est de ce soir à Bourbon : c'est ce qui fait que je prends la plume à l'heure qu'il est, c'est-à-dire à dix heures du soir, qui est une heure fort extraordinaire aux malades de Bourbon, pour vous dire que, malgré Îles tragiques remontrances de M. Bourdier, je me suis mis aujourd'hui dans le demi-bain par le conseil de M. Amyot, et même de M. des Trapières, que j'ai appelé au conseil. Je n'y ai été qu'une heure. Cependant j'en suis sorti beaucoup en meilleur état que je n’y étois entré, c'est-à-dire, la poitrine beaucoup plus dégagée, les jambes plus légères, l'esprit plus gai; et même mon laquais m'ayant demandé quelque chose, je lui a répondu un ron à pleine voix, qui l’a surpris lui-même, aussi bien qu'une servante qui étoit dans la chambre, et pour moi j'ai cru l'avoir prononcé par enchantement. Il est vrai que je n'ai pu depuis rattraper ce ton-là ; mais, comme vous voyez, Monsieur, c'en est assez pour me remettre le cœur au ventre, puisque c'est une preuve que ma voix n’est pas entièrement perdue, et que le bain m'est trèsbon. Je m'en vais piquer de ce côté-là, et je vous manderai le succès. Je ne sais pas pourquoi M. Fagon a

Lerrre 76. — 1. Revue sur l’autographe, conservé à la Bibliothèque impériale.

molli si aisément sur les objections très-superstitieuses de M. Bourdier®?. Il Y à tantôt six mois que je n'ai eu de véritable joie que ce soir. Adieu, mon cher Monsieur. Je dors en vous écrivant. Conservez-moi votre amitié, et eroyez que si je recouvre la voix, je l’'emploierai à publier à toute la terre la reconnoissance que j'ai des bontés que vous avez Pour moi, et qui ont encore accru de beaucoup la véritable estime et la sincère amitié que j'avois pour vous. J'ai été ravi, charmé, enchanté du succès du quinquina; et ce qu'il a fait sur notre ami Hessein m'engage encore plus dans ses intérêts que la guérison [de ma fièvre *] doubletierce.

Page 1