‹ Œuvres de J. RacineChapitre 383 sur 390 · La lettre 73, datée de Paris, même jour · texte numérisé non relu

La lettre 73, datée de Paris, même jour

7 grand abattement est très-considérable, et marque tou- 7 jours de plus en plus que les eaux ne vous conviennent point. M. Fagon ne manquera pas de me répéter encore qu'il les faut quitter, et les quitter au plus vite; car, je vous l'ai mandé, il prétend que leur effet nitarel est d'ouvrir l'appétit et de rendre les forces : quand elles font le contraire, il y faut renoncer. Je ne doute donc pas que vous ne vous remettiez bientôt en chemin pour revenir. Je suis persuadé, comme vous, que la joie de revoir un prince qui témoigne tant de bonté pour vous, vous fera plus de bien que tous les remèdes. M. Rose m'avoit déjà dit de vous mander de sa part qu'après Dieu le Roi étoit le plus grand médecin du monde, et je fus même fort édifié que M. Rose voulût bien mettre Dieu devant le Roi : je commence à soupconner{° qu'il pourroit bien être en effet dans la dévotion. M. Nicole a donné depuis deux jours au public deux tomes de Réflexions sur les Epitres et sur les Evangiles*, qui me semblent encore plus forts et plus édifiants que tout ce qu'il a fait. Je ne vous les envoie pas, parce que j'espère que vous serez bientôt de retour, et vous les trouverez infailiblement chez vous. Il n’a encore travaillé que sur la moitié des épitres et des évangiles de l’année ; j'espère qu'il achèvera le reste, pourvu qu'il plaise à Dieu et au Révérend Père de la Ch.‘°? de lui laisser encore un an de vie.

Iln’”y a point de nouvelles de Hongrie que celles qui sont

10. Racine avait d’abord écrit : « cela m’a fait soupçonner; » ce qui était un peu moins fin. — On s'aperçoit bien que les lettres qui allaient à Bourbon n'avaient pas les mêmes chances d’être lues à Versailles que celles qui venaient de Bourbon.

11. C’est une continuation des Essais de morale. Il en parut deux autres tomes l’année suivante 1688. (Note de l'édition de 1807.)

12. Le P. de la Chaise. Louis Racine a supprimé les mots : « et au Révérend Père de la Ch. »

dans la Gazette. Monsieur de Lorraine ‘?, en passant la

Drave, a fait, ce me semble, une entreprise de fortgrand éclat, et fort inutile. Cette expédition a bien de l'air de celle qu’on fit pour secourir Philisbourg 1, Il a trouvé au delà de la rivière un bois, et au delà de ce bois les ennemis retranchés jusqu'aux dents. M. de Termes est du nombre de ceux que je vous ai mandé qui avoient l'estomac farci de quinquina. Croyez-vous que le quinquina, qui vous a sauvé la vie, ne vous rendroit point la voix? Il devroit du moins vous être plus favorable qu'à un autre, vous qui vous êtes enroué tant de fois à le louer. Les comédiens, qui vous font si peu de pitié, sont, pourtant toujours sur le pavé, et je crains, comme vous, qu'ils ne soient obligés de s’aller établir auprès des vignes de feu Monsieur votre pèret. Ce seroit un digne théâtre pour les œuvres de M. Pradon : j'allois

13. Voyez ci-dessus, p. 576, la lettre 70, et la note 9 de cette lettre.

14. En 1676, tandis que le duc de Luxembourg s'était porté dans la basse Alsace pour recueillir un renfort, le duc de Lorraine investit Philisbourg, qu’il prit le 13 septembre. Le 1er août, Luxembourg promettait de livrer bientôt bataille, et de vaincre. Le r2, dans une dépêche datée de Landau, il avoua qu’il n’avait pu secourir Philisbourg; on avait marché à l'ennemi; mais lorsqu'on était arrivé en vue du camp, on s’était trouvé masqué sur la droite par un bois, qui rompait tout l’ordre de bataille : il avait fallu se retirer. Voyez l'Histoire de Louvois, tome II, p. 262 et 263. Mme de Sévigné, dans une lettre du 19 août 1676 à Mme de Grignan (tome V, p- 23),se plaint de ce « diable de bois inconnusur la carte, qui obligea d'abandonner Philisbourg à la brutalité des Allemands. » De même ici Racine parle d’un bois au delà duquel Monsieur de Lorraine, en 1687, trouva les ennemis fortement retranchés. Cela explique le rapport qu’il croyait trouver entre deux expéditions qui eurent une issue si différente.

15. Le père de Boileau avait eu des vignes du côté de Panun, près du lieu où l’on transportait les immondices de Paris. (Mote

de l'édition de 1807.)

Goo LETTRES.

ajouter de M. Boursault, mais je suis trop touché des honnêtetés que vous avez tout nouvellement recues de lui. Je ferai tantôt à M. Quinaut celles que vous me mandez de lui faire. Il me semble que vous avancez furieusement dans le chemin de perfection. Voilà bien des gens ‘° à qui vous avez pardonné.

On m'a dit, chez Mme Manchon, que M. Marchand partoit lundi prochain pour Bourbon. ui! vereor ne quid Andria apportet mali". Franchement j'appréhende un peu qu'il ne vous retienne : il aime fort son plaisir. Cependant je suis assuré que M. Bourdier même vous dira de vous en aller. Le bien que les eaux vous pouvoient faire est peut-être fait : elles auront mis votre poitrine en bon train. Les remèdes ne font pas toujours sur-le-champ leur plein effet, et mille gens qui étoient allés à Bourbon pour des foiblesses de jambes, n'ont recommencé à bien marcher que lorsqu'ils ont été de retour chez eux. Adieu, mon cher Monsieur. Vous me demandez pardon de m'avoir écrit une lettre trop courte, et vous avez raison de le demander; et moi je vous le demande d'en avoir écrit une trop longue, et j'ai peut-être raison aussi.

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