‹ Œuvres de Jean Lemaire de BelgesChapitre 39 sur 89 · LE CHEMIN · texte numérisé non relu

LE CHEMIN

Le beau printemps leans, sans cesser, tousiours dure, Sans aucun encombrier d'hyuernale froidure.

Là s'endort on au bruit des cleres fontainettes, Esquelles on ne void serpenteaux ne rainettes. N'y aucune autre chose à personne nuisible :

Mais y est tout riant, salutaire et duisible. Et au fin beau mylieu, sur vn tertre plaisant. Duquel souef descend, maint missel arrosant La racine fertile à tout fructueux arbre, Est vn Palais, construit de dur et riche marbre, De iaspe, de crystal, de porphyre poli, Dont l'ouurage est tant cher, tant noble, et tant ioli. Qu'au monde ne se treuue vn si bel habitacle. Illeo est le manoir, et le seur réceptacle D'Honneur, le Roy puissant, iuste, grandipotent, Qui maints riches guerdons à tous cœurs nobles tend.

Dedens ce Palais est de Minerue le temple, Auquel maint noble esprit en haut sauoir contemple Les beaux faits vertueux en chronique et histoire. En science morale, et en art oratoire.

Là se treuuent conioints, viuans en paix sans noise. Le langage Toscan, et la langue Françoise.

Par ainsi, là dedens son aurein 'Palais, Fourni et enrichi de sapphirs et balais, Ce puissant empereur, Honneur le vertueux, Maintient son haut arroy, et son train somptueux. Et se déduit leans, sans ce que rien le blesse, Auec sa grand puissance, et pompeuse noblesse, Sa bende bienheuree, et céleste famille Dont on peult bien conter millions plus de mille, Ayans trestous apart mansions, tabernacles, Logis, garnis de tours, beffrois, et propinacles, Et de toute autre chose, au monde souhaitable, Pour enrichir tel lieu, triomphant et notable.

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