‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 100 sur 465 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

DON PÈDRE, LE COMTE, LÉONOR, Ga^rdes.

LÉONOR

lOiRE, si cette amour dont vous m'avez flattée, Qu'à ma confusion j'ai si peu méritée, Quoique sans intérêt , a quelque vérité , J'en demande une preuve à votre majesté.

DON PÈDRE

D'un droit plus absolu sur moi que sur vous-même, Sans réserve exercez votre pouvoir suprême; N'employez à votre aide autre que votre soin , Et faites-vous le bien dont vous avez besoin. Vous verrez en effet si cette amour vous flatte ; Je ferai vanité d'obliger une ingrate , Et de persuader un insensible objet Qu'encor que souverain je l'adore en sujet, N'ose nourrir pour lui de flamme intéressée, Ni jusqu'à vos faveurs élever ma pensée. D'un souverain empire accomplissez vos vœux, Et dites seulement : Je commande et je veux. Vous-même exaucez-vous.

i4o DON BERNARD DE GABRÈRE,

LÉONOR

Vous agrérez donc , sire , Qu'en faveur de Pérès j'exerce cet empire.

(Au comte.)

Comte, du secrétaire allez briser les fers : C'est par mon ordre, allez.

LE COMTE

Madame, je vous sers.

DOW PÈDRE

J'ai peine à concevoir quelle humeur inégale, Vous faisant maltraiter une flamme royale, Vous fait prendre intérêt en l'amour d'un vassal.

LÉOWOR.

Je comprends beaucoup moins votre esprit inégal, Qui, ne vous souffrant point de flamme intéressée. Et dans ce grand respect restreignant sa pensée , S'ombrage toutefois d'un acte de pitié, Non pas de mon amour, mais de mon amitié.

DON PÈDRE

T^ar quel orgueil peut-on mériter votre haine.

Si l'amitié vous fait lui remettre sa peine,

A lui que j'ai surpris vous traçant son amour ,

Que sa main insolente osoit bien mettre au jour ?

Et votre autorité protège son audace.

Après qu'à don Bernard j'ai refusé sa grâce!

LÉOWOR.

Sa naissance, seigneur, et sa condition Justifîront toujours mon inclination; Et, croyant proposer un soupçon légitime, Vous auriez mal assis l'honneur de votre estime.

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