ACTE IV, SCÈNE IIL
DON BERNARD
Sans plus rêver, seigneur, ce penser vous acquitte, Que de l'heur d'être à vous dépend tout mon mérite ; Que c'est de vos bontés que je tiens tout mon bien ; Que je suis aujourd'hui, qu'hier je n'étois rien; Que mon destin sans vous n'a que l'éclat du verre; Et qu'ayant comme Dieu fait un homme de terre, Comme Dieu quelque jour vous le pourrez chasser Et de votre présence et de votre penser.
DON PÈDRE
Puissé-je à son courroux être à jamais en butte. Et mon trône tomber le jour de votre chute! Je connois ma foiblesse, et sais que je ne puis Faire rien d'immortel, mortel comme je suis; Mais je mettrai mon heur et ma gloire suprême A me faire un vassal plus puissant que moi-même, Et voir, par l'union que produiront nos vœux, Douter à l' Aragon qui régnera des deux, Puisque ma passion, après tant d'aventures, Comme votre vertu doit être sans mesures.
VIOLANTE, a part.
Sans moi je le crois pauvre avecque tant de bien. Et ne me donner pas c'est ne me donner rien.
LÉON OR, a part.
Ses bienfaits sont trop peu pour son mérite extrême, S'il ne lui fait encore un présent de moi-même.
(Ils sortent tous, excepté don Lope et Lazaiille.)
DON LOPE , a part.
Quoi! de tant de fumée il flatte mon espoir. Et plein de mon estime il s'en va sans me voir ?
i5o DON BERNARD DE CABRÈRE,
Quoi! d'une telle amour j'ose nourrir l'attente, Et ne me puis vanter d'un regard de l'infante , Moi qui des mains du frère et des yeux de la sœur M'étois, à ce retour, promis tant de douceur! Est-ce que l'un diffère et l'autre dissimule? Mais, 6 frivole espoir! vanité ridicule! L'un avec tant d'estime , et l'autre tant d'amour , N'auroient pas d'un regard honoré mon retour. Mais voici....