ACTE V, SCÈNE II. i5r
Je voir ce clair soleil, je tremble à son aspect; L'amour pour l'amitié s'impose ce respect; L'intérêt de l'ami m'éloigne de l'amante :
Mais le temps éteindra cette ardeur violente
Je l'ai nommée; adieu.
( Il sort. )
VIOLANTE, seule.
De ce propos confus Qu'ai -je lieu d'inférer, ou dessein, ou refus? Je cherche des clartés, et n'en rencontre aucune Ni dedans ce soleil , ni dedans cette lune ; Pour me tirer de soin j'augmente mon tourment , Et, voulant m'éclaircir, crois mon aveuglement. A chercher toutefois le sens de ce langage, Quelque rayon de jour pénètre ce nuage; Cette lune féconde en tant d'effets divers. Et qui peut en son cercle enfermer l'univers. Est le prince mon frère, âme de cet empire; Et ce soleil pour qui l'un et l'autre soupire. Est cette Léonor, pour qui toute la cour N'a plus que des regards de respect et d'amour. Mais si la jalousie avec quelque injustice A jamais dans une âme exercé son caprice, Je rabattrai le vol de sa témérité Avecque tant d'empire et de sévérité, Et saurai de tel air ranger ce grand courage, Que jamais sa beauté ne causera d'ombrage.
i58 DON BERNARD DE CABRERE,