‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 118 sur 465 · ACTE V, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VI

Sous ce nom captieux je préparois ma vue Aux célestes attraits dont l'infante est pourvue; Mais pour toute merveille Inès ne m'a fait voir Qu'un spectre et qu'un fantôme horrible à concevoir ; La plus belle moitié de ce mouvant squelette, Étant dessous son lit et dessous sa toilette. D'abord que j'ai monté, s'ajustant avec soin, Elle a pris ses patins pour me voir de plus loin; Pour second ornement j'ai vu sur ses épaules Un abrégé des monts qui séparent les Gaules ; Son front, où l'on dirait que le soc a passé, S'élève à hauts sillons sur un œil enfoncé, Qu'on peut dire un soleil, non parce qu'il éclaire. Mais parce qu'il est seul et qu'il n'a point de frère. Le temps a pris plaisir, par de longs accidens, A ronger et pourir l'ivoire de ses dents: D'un art mal agencé le plâtre et la peinture Sur sa pendante joue ont caché la nature; Rien ne la pare enfin qui ne soit emprunté. Pour son poil il est sien, pour l'avoir acheté; Mais il fut autrefois celui d'une autre tête. Faites-en bien le vain : voilà votre conquête , Qui chez l'infante , au reste , a quelque autorité ; Mais je ne vous puis dire en quelle qualité. Sinon qu'elle a son nom, mais non pas son mérite.

C'est une vieille fille, et presque décrépite. Qui la sert à la chambre et dans quelque crédit.

DON iiOVE^ jetant la lettre et Vècharpe. Quel mortel à ce point fut jamais interdit ?

i66 DON BERNARD DE CABRÈRE,

DON BERNARD

Moi, certes: comme après leur longue expérience Vos maux viennent à bout de votre patience : J'en demeure confus, et pour leur appareil Me trouve à bout aussi d'adresse et de conseil.

DON LOPE

Et pour ton faste encor j'exercerois mes armes, Et dans ta vanité je trouverois des charmes , Et je voudrois encor mordre à tes hameçons , Cour ingrate , où l'art seul étale ses leçons , Et qui, hors un ami dont la bonté sincère Lui fait avoir pour moi des sentimens de frère ,^ N'offres dans les malheurs dont je suis combattu Ni secours ni soutien à ma foible vertu; Cour où la valeur même est trop favorisée, Alors qu'elle est soufferte ou n'est que méprisée; Cour, fantôme pompeux de qui les vanités Engagent la prudence à tant de lâchetés; Cour où la vérité passe pour un beau songe, Où le plus haut crédit est le prix du mensonge; Qui n'es, à bien parler, qu'un servage doré, Un supplice agréable, un enfer adoré!

Dans tes pièges encor ma raison retenue Me pourrolt arrêter quand tu m'es si connue! Je serois insensible, et mes lâches tributs Justifîeroient enfin ma honte et tes rebuts!

(Il embrasse don Bernard.)

Adieu, parfait ami, seul à qui sans caprice La cour est généreuse et le sort rend justice. Un mortel malheureux au point où je le suis Par une illustre mort doit borner ses ennuis;

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