‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 148 sur 465 · ACTE III, SCÈNE IL 2i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL 2i

Laissez à mon amour taire un nom qui l'offense, Que des respects encor plus forts que sa défense, Et qui plus qu'aucun autre ont droit de me lier. Tout précieux qu'il m'est , m'ordonnent d'oublier : Laissez-moi retirer d'un champ d'où ma retraite Peut seule à l'ennemi dérober ma défaite.

ALEXANDRE

Ce silence obstiné m'apprend votre secret, Mais il tombe en un sein généreux et discret. Ne me le celez plus , duc , vous aimez Cassandre : C'est le plus digne objet où vous puissiez prétendre, Et celui dont le prince , adorant son pouvoir, A le plus d'intérêt d'éloigner votre espoir. Traitant l'amour pour moi , votre propre franchise A donné dans ses rets et s'y trouve surprise; Et mes desseins pour elle , aux vôtres préférés , Sont ces puissans respects à qui vous déférez. Mais vous craignez à tort qu'un ami vous accuse D'un crime dont Cassandre est la cause et l'excuse : Quelque auguste ascendant qu'aient sur moi ses appas..

FÉDERIC.

Ne vous étonnez point si je ne réponds pas.

Ce discours me surprend , et cette indigne plainte

Me livre une si rude et si sensible atteinte ,

Qu'égaré je me cherche et demeure en suspens

Si c'est vous qui parlez, ou moi qui vous entends.

Moi vous trahir, seigneur! moi, sur cette Cassandre

Près de qui je vous sers pour moi-même entreprendre ,

Sur un amour si stable et si bien affermi !

A^ous me croyez bien lâche, ou bien peu votre ami

ALEXANDRE

Croiriez-vous , l'adorant, m'altérer votre estime?

2i6 VENCESLAS,

FÉDERIC.

Me pourriez-vous aimer coupable de ce crime ?

ALEXANDRE

Confident ou rival , je ne vous puis haïr.

FÉDÉRIG.

Sincère et généreux, je ne vous puis trahir.

ALEXANDRE

L'amour surprend les cœurs , et s'en rend bientôt maître.

FÉDERIC.

La surprise ne peut justifier un traître ;

Et tout homme de cœur, pouvant perdre le jour,

A le remède en main des surprises d'amour.

ALEXANDRE

Pardonnez un soupçon , non pas une créance , Qui naissoit du défaut de votre confiance.

FÉDERIC.

Je veux bien l'oublier, mais à condition

Que ce même défaut soit sa punition.

Et qu'il me soit permis une fois de me taire

Sans que votre amitié s'en plaigne ou s'en altère.

Au reste , et cet avis , s'il vous étoit suspect ,

Vous peut justifier mes soins et mon respect,

Cassandre par le prince est si persécutée ,

Et d'agens si puissans pour lui sollicitée.

Que si vous lui voulez sauver sa liberté,

Il n'est plus temps d'aimer sous un non emprunté :

Assez et trop long-temps , sous ma feinte poursuite ,

J'ai de votre dessein ménagé la conduite;

Et vos vœux, sous couleur de servir mon amour,

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