‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 161 sur 465 · ACTE IV, SCENE IL 23i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IL 23i

LADISLAS

Vous avez vu, ma sœur, Mes plus secrets pensers jusqu'au fond de mon cœur ; Vous savez les efforts que j'ai faits sur moi-même Pour secouer le joug de cet amour extrême , Et retirer d'un cœur indignement blessé Le trait empoisonné que ses yeux m'ont lancé. Mais, quoi que j'entreprenne, à moi-même infidèle, Contre mon jugement mon esprit se rebelle; Mon cœur de son service à peine est diverti Qu'au premier souvenir il reprend son parti , Tant a de droit sur nous , malheureux que nous sommes , Cet amour, non amour, mais ennemi des hommes. J'ai, pour aucunement couvrir ma lâcheté, Quand je souffrois le plus, j'ai feint plus de santé; Rebuté des mépris qu'elle a faits d'un esclave, J'ai fait du souverain et j'ai tranché du brave; Bien plus, j'ai, furieux, inégal, interdit, Voulu pour mon rival employer mon crédit : Mais au moindre penser mon âme transportée Contre mon propre effort s'est toujours révoltée; Et l'ingrate beauté dont le charme m'a pris Peut plus que ma colère et plus que ses mépris: Sur ce qu'Octave enfin hier me fit entendre L hymen qui se traitoit du duc et de Cassandre, Et que ce couple heureux consommoit cette nuit

OCTAVE

Pernicieux avis, hélas! qu'as-tu produit?

LàDISLAS.

Succombant tout d'un coup à ce coup qui m'accable, De tout raisonnement je deviens incapable.

232 VENCESLAS

Fais retirer mes gens, m'enferme tout le soir,

Et ne prends plus avis que de mon désespoir.

Par une fausse porte , enfin , la nuit venue ,

Je me dérobe aux miens et je gagne la rue.

D'où, tout soin, tout respect, tout jugement perdu,

Au palais de Cassandre en même temps rendu,

J'escalade les murs, gagne une galerie,

Et, cherchant un endroit commode à ma furie.

Descends sur l'escalier, et dans l'obscurité

Prépare à tout succès mon courage irrité.

Au nom du duc enfin j'entends ouvrir la porte,

Et, suivant à ce nom la fureur qui m'emporte.

Cours, éteins la lumière, et d'un aveugle effort

De trois coups de poignard blesse le duc à mort.

THÉODORE, effrayée , s appuyant sur Léonor. Le duc! qu'entends-je, hélas?

]L ADISLAS.

A cette rude atteinte.

Pendant qu'en l'escalier tout le monde est en plainte , Lui m'entendant tomber le poignard sous ses pas, S'en saisit, me poursuit et m'en atteint au bras. Son âme à cet effort de son corps se sépare; Il tombe mort.

THÉODORE

O rage inhumaine et barbare!

LADISLAS

Et moi par cent détours que je ne connois pas, Dans l'horreur de la nuit ayant traîné mes pas , Par le sang que je perds mon cœur enfin se glace , Je tombe, et hors de moi demeure sur la place; Tant qu'Octave passant s'est donné le souci

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