‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 200 sur 465 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Les MÊMES; LADISLAS.

i. ADiSL AS , à part.

Cède , cruel tyran d'une amitié si forte , Respect qui me retiens , à l'ardeur qui m'emporte. Sachons si mon hymen ou mon cercueil est prêt. Impatient d'attendre entendons mon arrêt.

(A Cassandi'c.) Parlez , belle ennemie ; il est temps de résoudre Si vous devez lancer ou retenir la foudre. L'hymen à vos beaux jours unira-t-il mon sort ? Obtiendrai-je Cassandre , obtiendrai-je la mort ?

CASSANDRE, à Ladislas.

Que parlez-vous d'hymen ? voudriez-vous pour femme L'indigne et vil objet d'une insolente flamme ? Moi , malheureuse ! entrer au lit d'un potentat! Ah ! seigneur , quel présent feriez-vous à l'état ! Quoi ! lui donner pour reine une femme suspecte ! A quel litre, et comment voulez-vous qu'il respecte Ce que vous-même , hélas ! n'avez pas respecté ? L'hymen vous puniroit de son indignité.

282 VENCESLAS

INon. Vous ferez aimer la vertu la plus pure.

Ah ! de mes pi-emiers feux je déteste l'injure.

Duchesse , pardonnez au trouble de mes sens :

Sur un cœur emporté vos charmes trop puissans ,

Le feu séditieux d'un âge oii l'on s'abuse...

L'amour est à la fois et le crime et l'excuse.

Si vous me haïssez , et si je suis banni ,

J'éprouvai des remords ; je serai trop puni.

De mes vœux criminels réprimant l'insolence ,

J'ai réduit sous vos lois toute leur violence ;

Et , restreinte à l'espoir de notre hymen futur ,

Ma flamme a consumé ce qu'elle avoit d'impur.

Le flambeau qui me guide et l'ardeur qui me presse

Cherche en vous une épouse , et non une maîtresse:

Accordez-la , madame , au repentir profond

Qui , détestant mon crime , à vos pieds me confond

Sous cette qualité souffrez que je vous aime ;

Et privez-moi du jour plutôt que de vous-même.

CASSANDRE

Et mon mérite , prince , et ma condition ,

Sont d'indignes objets de votre passion.

Mais quand j'estimerois vos ardeurs véritables ,

Et quand on nous verroit des qualités sortables,

On ne verra jamais l'hymen nous assortir ;

Et je perdrai le jour avant qu'y consentir.

Dès lors que votre amour fit voir dans sa poursuite

Et si peu de respect et si peu de conduite ,

Je ne vous regardai que comme un séducteur ,

Qui marchoitau triomphe en détruisant l'honneur;

De vos coupables feux je ressentis l'outrage ;

Je pris en telle haine et vous et votre hommage ,

Que si je vous offense en ne vous aimant pas ,

Et si dans mes vœux seuls vous trouvez des appas,

Cet offense est un mal que je veux toujours faire ;

Et je consens plutôt à mourir qu'à vous plaire.

Page 1