ACTE II, SCENE IL
Sa victoire m'honore, et m'ôte seulement Un caprice obstiné d'aimer trop bassement.
THÉODORE
Quoi ! mon frère, le duc a des desseins sur elle?
LADISLAS
Ce mystère, ma sœur, n'est plus une nouvelle; Et mille observateurs, que j'ai commis exprès , Out si bien vu leurs feux qu'ils ne sont plus secrets,
THÉODORE
Ciel !
LADISLAS
Puisque j'ai dessein d'oublier cette ingrate , Il faut , en les servant , que mon mépris éclate : Et pour mieux les braver, en dégageant ma foi, Je vais pour leur hymen solliciter le roi. Je mettrai de ma main mon rival en ma place; Et je verrai leur flamme avec autant de glace, Qu'en ma plus violente et plus sensible ardeur Cette beauté superbe eut pour moi de froideur.
( Il sort. ) THÉODORE seule.
Le duc aime Cassandre ! Eh quoi ! tant d'apparence , Tant d'honneurs , de respects , de soins , de déférence , Ces soupirs échappés , et ces regards confus , N'offroient-ils à mes lois qu'un cœur qu'il n'avoit plus ? Mais que dis-je? est-ce à moi d'avouer que je l'aime? Et puis-je sans rougir l'avouer à moi-même? Mes vœux, sur un sujet honteusement bornés, Laisseroient-ils pour lui des rivaux couronnés? Ah ! ne me flatte point , orgueilleuse naissance ; L'amour sait bien sans sceptre établir sa puissance; Et , soumettant nos cœurs par de secrets appas , Fait les égalités , et ne les cherche pas. Si le duc n'a le front chargé d'une couronne. C'est lui qui les protège, et c'est lui qui les donne. Par quelles actions se peut-on signaler , Dont la gloire...
288 VENCESLAS