‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 223 sur 465 · ACTE IV, SCENE V. 3og · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V. 3og

En présence du ciel il venoit recevoir

Les sermens d'un amour O crime! ô désespoir!

(Seigneur , à cet objet laissez couler mes larmes.) Je l'attendois tremblante , et le cœur plein d'alarmes. De mon palais à peine a-t-il touché le seuil , Qu'il reçoit en entrant la mort pour tout accueil : De trois coups de poignard....

VENCESLAS

Il est mort ?

( Il s'assied et se voile le visage.)

LADtSLAS , à part.

O ma rage, Tu t'es bien satisfaite , et voilà ton ouvrage !

CASSANDRE

Oui , seigneur , il est mort, et je suivrai ses pas Dès l'instant que j'aurai vu venger son trépas. Mais apprenant, grand roi , cet accident sinistre , Hélas ! en pourriez-vous soupçonner le ministre ? Oui , votre sang suffit pour vous en faire foi j Il s'émeut , il vous parle et pour et contre soi ; Et, par un sentiment ensemble horrible et tendre , Vous nomme Ladislas meurtrier d'Alexandre. Que dis-je? ce regard , ce maintien interdit, Ce visage effrayé , ce silence le dit , Et, plus (jue tout enfin sa main fumante encore De voti'e propre sang, de ce sang que j'adore. Lequel des deux sur vous fera le plus d'effort , Ou d'un fils meurtrier , ou de votre fils mort ? Ah ! si vous pardonniez ce barbare homicide , Tremblez ; il n'a qu'un pas jusques au parricide. Enfin si mes douleurs , si ce fils tant aimé , Si l'horreur de ce meurtre à vos yeux consommé , N'ébranlent votre cœur qu'ils déchirent sans doute , Voyez , voyez le sang dont ce poignard dégoutte ; Et s'il ne vous émeut , sachez oii l'on l'a pris ; Votre fils l'a tiré du sein de votre fils.

3io VENCESLAS,

Oui , de ce coup , seigueur, un frère fut capable. Ce fer porte le chiffre et le nom du coupable ; Vous apprend de quel bras il fut l'exécuteur , Et complice du meurtre en déclare l'auteur. J'attends de voir armer votre main vengeresse , Ou par votre justice, ou par votre tendresse; Et , si je n'obtiens rien de la part des humains , La justice du ciel me prêtera les mains. Ce forfait contre lui n'aura point de refuge : Il en fut le témoin , il en sera le juge ; Et puisse contre vous son courroux indigné Ne pas tourner le bras du coupable épargné !

VENCESLAS

Je sens de vos douleurs toute la violence.

(A Ladislas.) Prince, vous l'entendez et gardez le silence !

LADISLAS

Oui , je suis criminel. Abandonnez , grand roi ,

Cette mourante vie aux rigueurs de la loi.

Que rien ne vous oblige à m'être moins sévère....

Supprimons les doux noms et de fils et de père ,

Et tout ce qui sur moi peut vous solliciter.

Cassandre veut ma mort , il faut la contenter :

En horreur à la terre , à mon père , à moi-même ,

Mon cœur , qui se déteste , éprouve encor qu'il l'aime.

Pour elle j'ai perdu tout sentiment humain ,

Dans le sein de mon frère elle a conduit ma main ;

Elle a fait mon malheur , ma honte , mon supplice ,

Mon désespoir , mon crime , et veut que je périsse ;

Je souscris sans murmure à l'arrêt qu'elle rend ;

Je meurs enfin pour elle , et meurs en l'adorant.

CASSANDRE

Moi , j'ai conduit ta main? moi , j'eus part à ton crime ? Ah! barbare !,...

LADISLAS, à Cassandre.

Épargnez du moins votre victime.

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