‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 225 sur 465 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

THÉODORE, FÉDERIC.

THÉODORE

J'ai voulu vous parler dans ce pressant malheur , Duc; mon ressentiment fait place à ma douleur. La trompeuse apparence avoit pu me séduire : De vos vrais sentimens hâtez-vous de m'instruire. Le plus grand intérêt m'oblige de savoir Quel prix a pu flatter vos vœux et votre espoir. J'attribuai d'abord cette gloire à Cassandre ; Mais vous fûtes ami , non rival d'Alexandre.

FÉDERIC

Mon cœur a fait, madame , un choix plus élevé , Aussi par ma raison n'est-il pas approuvé.

Quoi qu'il en soit , j'exige un aveu pour réponse.

FÉDERIC.

Madame , il n'est plus temps. Il faut que je renonce A ce prix glorieux que je m'étois promis.

THÉODORE

Mon père à votre choix ne l'a-t-il pas remis ?

FÉDERIC.

Oui, mais de ses bontés plus le gage est insigne , Plus , si j'en abusois , je m'en rendrois indigne ,

3i4 VENCESLAS,

J'adore sans espoir ce que la main des dieux

A formé de plus beau , de plus grand à mes yeux :

Mais à lui plaire enfin quand je pourrois prétendre ,

Quand jusqu'à mon amour son cœur voudroit descendre ,

Quand je verrois mon roi prêt à me l'accorder ,

Ce n'est plus là le prix que je dois demander.

THÉODORE

Quel est-il donc ce prix?

FÉDERIC.

Injuste Théodore!

D'un doute injurieux m'accablez-vous encore? Je ne m'explique point; mais dans quelques instans Vous connoîtrez , madame , à quel prix je prétends : Jusque-là Le roi vient.

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