ACTE I, SCENE III. 34i
Son esprit, agité du meurtre de son père , Dedans sa rêverie à tous propos s'altère^ Et, ne possédant plus un moment de raison,. Ne lui laisse de roi que le sang et le nom ; Le crédit d'une femme en a tout l'exercice ; Toute la Perse agit et meut par son caprice \. Et bientôt par son fils, qu'elle va couronner, En recevra les lois que vous devriez donner. Juge, en votre intérêt rendez -vous la justice; Ravissez votre bien, qu'on ne vous le ravisse : Qui peut insolemment prétendre à votre rang , Par le même attentat en veut en votre sang. La reine , qui vous craint , a trop de politique Pour laisser un appât à la haine publique , Et , vous chassant du trône, oser vous épargner : Il faut absolument ou périr ou régner.
Avouez seulement les bras qu'on vous veut tendre ; Quand on peut prévenir, c'est foiblesse d'attendre. Tout le crédit du roi , de son trône sorti,, Ne s'étendra jamais à former un parti; Contre tous ses desseins la Perse soulevée Etalera sa haine et publique et privée , Vengera ses palais et ses forts embrasés , Ses satrapes proscrits , ses trésors épuisés , Et le sang que sans fruit les légions romaines En tant d'occasions ont puisé de ses veines.
Laisser ravir un trône est une lâcheté , Mais en chasser un père est une impiété.
PALMIRAS.
Que , pour vous l'enseigner , lui - même il a commise.
342 COSROES,
SIROÈS
Par son exemple , hélas ! m'est - elle plus permise , Et me produira - 1 - elle un moindre repentir?
PALMIRAS.
Vous ne l'en chassez pas , puisqu'il en veut sortir , Ou que votre marâtre , à mieux parler , l'en chasse , Pour y faire à son fils occuper votre place.
SIROÈS
Il m'a donné le jour.
PALMIRAS.
Il donne votre bien.
SIROÈS
Mais c'est mon père enfin.
PALMIRAS.
Hormisdas fut le sien ; Et si vous agissez d'un esprit si timide , Gardez d'être l'objet d'un second parricide. Qui n'a point épargné le sang dont il est né Peut bien n'épargner pas celui qu'il a donné.
O dure destinée et fatale aventure !
J'ai pour moi la raison , le droit et la nature ;
Et , par un triste sort , à nul autre pareil ,
Je les ai contre moi si je suis leur conseil.
Du sceptre de mon père héritier légitime ,
Je n'y puis aspirer sans un énorme crime ;
Coupable , je le souille ; innocent , je le perds ;
Si mon droit me couronne , il met mon père aux fers ;
Et de ma vie enfin je hasarde la course
Si mon impiété n'en épuise la source.