SCÈNE III
Les mêmes; SIROÈS.
s I R o È s , à Cosroes.
Quel bruit s'émeut , seigneur, et s'épand à la cour ? Quelle aveugle fureur, quelle invincible haine Me fait toujours l'objet des plaintes de la reine ? J'éprouve et j'apprends trop combien vous l'estimez , Pour manquer de respect à ce que vous aimez ; Si sa mémoire en veut être un témoin fidèle , Elle sait à quel point je vous honore en elle , Et j'aurois mille fois dû vaincre ses rigueurs , Si les soumissions s'acquéroient tous les cœurs. S'il n'étoit messéant de vanter mes services , Je lui pourrois citer , entre autres bons offices , Le sang que me coûta le salut de son fils , Naguère enveloppé dans les rangs ennemis. Prince , il vous en souvient. Vous le savez , madame.
MARDESANE.
Le souvenir m'en reste au plus profond de l'âme.
358 COSROES,
SiRA.
Ce reproche est fréquent et nous l'apprend assez ; Mais je puis l'ignorer quand vous me menacez , Et douter que pour lui vous l'ayez dû répandre , Alors que dans mon sein vous le voulez reprendre.
SIROÈS
L'exploit seroit illustre et bien digne de moi, Et vous me mettriez bien dans l'estime du roi , Si ce lâche rapport obtenoit sa créance ; Mais en son sentiment j'ai plus de confiance.
SIRA
Le coup dont Mardesane a diverti l'effort Partoit d'une âme lâche , et non pas ce rapport.
S.IROÈS.
Contre cette imposture , 6 ciel ! prends ma défense.
SIRA
Vous voyez s'il profère un mot qui ne m'offense.
SIROÈS
Votre fils , qui s'en tait , sert mal votre désir ; Et
COSROÈS.
Nous apprendrons tout avec plus de loisir. Je fais un tour au camp pour un soin qui m'importe. Cependant recevez l'ordre qu'on vous apporte , Prince, c'est de ma part.
( Il sort. ) MARDESANE, CipaH.
Périlleuse vertu, Fatale obéissance , à quoi me résous - tu !
(Il sort.)