‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 255 sur 465 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les mêmes; SIROÈS.

s I R o È s , à Cosroes.

Quel bruit s'émeut , seigneur, et s'épand à la cour ? Quelle aveugle fureur, quelle invincible haine Me fait toujours l'objet des plaintes de la reine ? J'éprouve et j'apprends trop combien vous l'estimez , Pour manquer de respect à ce que vous aimez ; Si sa mémoire en veut être un témoin fidèle , Elle sait à quel point je vous honore en elle , Et j'aurois mille fois dû vaincre ses rigueurs , Si les soumissions s'acquéroient tous les cœurs. S'il n'étoit messéant de vanter mes services , Je lui pourrois citer , entre autres bons offices , Le sang que me coûta le salut de son fils , Naguère enveloppé dans les rangs ennemis. Prince , il vous en souvient. Vous le savez , madame.

MARDESANE.

Le souvenir m'en reste au plus profond de l'âme.

358 COSROES,

SiRA.

Ce reproche est fréquent et nous l'apprend assez ; Mais je puis l'ignorer quand vous me menacez , Et douter que pour lui vous l'ayez dû répandre , Alors que dans mon sein vous le voulez reprendre.

SIROÈS

L'exploit seroit illustre et bien digne de moi, Et vous me mettriez bien dans l'estime du roi , Si ce lâche rapport obtenoit sa créance ; Mais en son sentiment j'ai plus de confiance.

SIRA

Le coup dont Mardesane a diverti l'effort Partoit d'une âme lâche , et non pas ce rapport.

S.IROÈS.

Contre cette imposture , 6 ciel ! prends ma défense.

SIRA

Vous voyez s'il profère un mot qui ne m'offense.

SIROÈS

Votre fils , qui s'en tait , sert mal votre désir ; Et

COSROÈS.

Nous apprendrons tout avec plus de loisir. Je fais un tour au camp pour un soin qui m'importe. Cependant recevez l'ordre qu'on vous apporte , Prince, c'est de ma part.

( Il sort. ) MARDESANE, CipaH.

Périlleuse vertu, Fatale obéissance , à quoi me résous - tu !

(Il sort.)

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