ACTE III, SCÈNE IL
SIR A
Il faut que tout périsse , ou ma vengeance , traître , M'apportera ta tête et celle de ton maître.
SARDARIGUE.
Le plus foible parti prendra loi du plus fort ;
Mais de votre prison il attend le rapport ,
Madame , et vous voyez qu'à mon bras , qui balance ,
Un reste de respect défend la violence.
J'ai peine à vous traiter avec indignité.
Allons , épargnez - nous cette nécessité.
SIRA
Il n'est point merveilleux qu'un sujet infidèle
Ecoute encor sa foi qui tremble et qui chancelé ,
Quand , par un détestable et perfide attentat ,
Il veut blesser en moi tout le corps de l'état ;
Quand , commis de l'état , sa rage se déploie
Non contre l'accusé , mais contre qui l'emploie.
Tu tiens de Siroès l'ordre de ma prison !
Le perfide a long -temps couvert sa trahison,
Bien séduit des esprits, bien pratiqué des traîtres,
Et long -temps envié le pouvoir de ses maîtres:
La brigue d'une ville et de toute une cour
N'est pas l'effort d'un homme et l'ouvrage d'un jour
Tels à qui par pitié j'ai fait laisser la tête
Auront dessus la mienne ému cette tempête ;
Mais si celte vapeur s'exhale en éclatant ,
Si le sort peut changer (comme il est inconstant),
Les bourreaux laisseront de cette perfidie
Une si mémorable et triste tragédie ,
Que jamais faction ne naîtra sans trembler
Et craindre le revers qui pourra l'accabler.
368 COSROÈS,
SARDARIGUE.
Je laisse à la fortune à disposer des choses , Mais l'heure
SIRA
Approche , viens , traîne-moi si tu l'oses ; Et si le nom qu'hier je te vis adorer N'a plus rien aujourd'hui qu'il faille révérer , Foule aux pieds tout respect, traîne , et n'attends pas, traître , Que je doive obéir aux ordres de ton maître. Et , d'un cœur abattu , consentir ma prison.