‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 261 sur 465 · ACTE III, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL

SIR A

Il faut que tout périsse , ou ma vengeance , traître , M'apportera ta tête et celle de ton maître.

SARDARIGUE.

Le plus foible parti prendra loi du plus fort ;

Mais de votre prison il attend le rapport ,

Madame , et vous voyez qu'à mon bras , qui balance ,

Un reste de respect défend la violence.

J'ai peine à vous traiter avec indignité.

Allons , épargnez - nous cette nécessité.

SIRA

Il n'est point merveilleux qu'un sujet infidèle

Ecoute encor sa foi qui tremble et qui chancelé ,

Quand , par un détestable et perfide attentat ,

Il veut blesser en moi tout le corps de l'état ;

Quand , commis de l'état , sa rage se déploie

Non contre l'accusé , mais contre qui l'emploie.

Tu tiens de Siroès l'ordre de ma prison !

Le perfide a long -temps couvert sa trahison,

Bien séduit des esprits, bien pratiqué des traîtres,

Et long -temps envié le pouvoir de ses maîtres:

La brigue d'une ville et de toute une cour

N'est pas l'effort d'un homme et l'ouvrage d'un jour

Tels à qui par pitié j'ai fait laisser la tête

Auront dessus la mienne ému cette tempête ;

Mais si celte vapeur s'exhale en éclatant ,

Si le sort peut changer (comme il est inconstant),

Les bourreaux laisseront de cette perfidie

Une si mémorable et triste tragédie ,

Que jamais faction ne naîtra sans trembler

Et craindre le revers qui pourra l'accabler.

368 COSROÈS,

SARDARIGUE.

Je laisse à la fortune à disposer des choses , Mais l'heure

SIRA

Approche , viens , traîne-moi si tu l'oses ; Et si le nom qu'hier je te vis adorer N'a plus rien aujourd'hui qu'il faille révérer , Foule aux pieds tout respect, traîne , et n'attends pas, traître , Que je doive obéir aux ordres de ton maître. Et , d'un cœur abattu , consentir ma prison.

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