SCÈNE VIL
Les mêmes; NARSEE.
NARSÉE.
O destin déplorable !
O prince généreux autant que misérable!
SIROÈS
Qu'est-ce, madame !
FARSÉE.
Hélas ! Mardesane , seigneur , Perd le trône et le jour, mais en homme de cœur; Et le coup glorieux dont il a rendu l'âme Part d'une main illustre et non pas d'une infâme ; Sachant que de sa mort on dressoit l'appareil , Et prenant du besoin un généreux conseil , Adroitement saisi du fer d'un de ses gardes. Il se l'est dans le sein enfoncé jusqu'aux gardes ; Un prompt torrent de sang est sorti de son sein , Et l'on a plus tôt vu sa mort que son dessein.
SIROÈS
Cruels , voilà l'effet de vos nobles maximes.
NARSÉE.
Je rendois à Sira des devoirs légitimes;
Et quoique le secret dont mon sort fut voilé
Vienne si clairement de m'être révélé ,
J'ai jugé toutefois ne pouvoir sans foiblesse
Ne point prendre de part au malheur qui la presse.
4o6 GOSROES,
L'éclat qui me jaillit de sa condition
Me procura l'honneur de votre affection ;
Je suis sinon sa fille, au moins sa créature ,
Et du moins à ses soins je dois ma nouriture;
Mais la voyant en pleurs sur le corps de son fils ,
Appeler les destins et les dieux ennemis,
A ce triste spectacle , interdite , éplorée ,
Sans pouvoir dire un mot je me suis retirée ,
Et j'ai vu qu'on portoit le vase empoisonné
Que pour son châtiment vous avez ordonné.