‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 319 sur 465 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Tu cherches au besoin d'inutiles efforts , El ton esprit ici ne peut sauver ton corps.

ÉVANDRE

Des injures enfin vous passez à l'outrage. Assez d'occasions ont prouvé mon courage ; Mais ce bras est lié par mon affection , Qui m'oblige à souffrir votre indiscrétion. En quoi votre valeur est - elle incomparable ? Quels si rares exploits la rendent mémorable ? Êtes - vous de ces preux dont on craignoit l'abord , Et qui peuploient jadis les palais de la Mort ? Estimez -vous mon cœur rempli de tant de glaces , Qu'il tremble et qu'il s'effraie à ces fières menaces ? Souvent ces vifs accès se changent en vapeur , Et tel qui parle tant a sa part de la peur.

Traître , par quelle humeur , à mon repos contraire , Me rendois-tu suspect à ma belle adversaire? Quel envieux dessein , quelle déloyauté Te faisoit conspirer avec sa cruauté ?

ÉVANDRE

Le ciel , ingrat ami , connoît de quelle envie Je tâche à rétablir le repos de ta vie. Il est vrai qu'espérant d'arrêter ton dessein , Et d'éteindre le feu qui t'embrase le sein , J'ai combattu long- temps cette flamme naissante , Et choqué tes désirs d'une force innocente; Mais quand j'ai reconnu ton esprit obstiné Contre quelque malheur qui lui fût destiné , Chérir aveuglément cette belle inhumaine , J'ai souffert ton amour , j'ai partagé ta peine , Tome V. 29

45o FLORIMONDE,

Et si bien travaillé pour ton avancement

Mais te dois -je annoncer cet heureux changement?

THÉASTE.

Que peux - tu procurer au mal qui me tourmente ? Evandre , as -tu fléchi cette insensible amante? Son cœur incline -t- il au dessein que je veux? Et l'as -tu disposée à recevoir mes vœux ?

ÉVA.1VDRE.

J'aime qu'un orgueilleux parle de cette sorte ; J'aime à voir réprimer l'ardeur qui le transporte. Ne réclame que moi pour ton soulagement , Mais que ton repentir obtiendra seulement.

THÉASTE, remettant son êpée.

Pardonne , cher Evandre , une aveugle manie , Et donne un peu de trêve à ma peine infinie ; Baiserai-je tes pas, et veux- tu qu'à genoux J'entende le récit d'un changement si doux? Mais que l'espoir est faux dont mon amour se flatte , Et que j'espère en vain de toucher cette ingrate !

ÉVANDRE

Florimonde est à toi ; cette chaste Cypris Est sensible à tes maux et prépare leur prix. Le dessein d'éprouver une amitié si sainte A causé , cher ami , la rigueur qu'elle a feinte ;

(Cleonie écoute.)

Mais quand elle a connu ces transports furieux ,

Son cœur , qu'elle cachoit , s'est ouvert à mes yeux :

« Dis -lui, m'a-t-elle dit, que j'aime son servage,

» Qu'une juste pitié désarme mon courage ,

» Et qu'il vienne ce soir entendre de ma voix

» Combien l'honneur m'est cher de vivre sous ses lois. »

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