ACTE V, SCENE III. 48i
Enfin être vainqueur parce qu'il a cru l'être. J'ai fait mentir mes yeux ; il est vrai que j'ai feint , Mais je l'en avertis avant qu'il fût atteint; Je n'ai pu rebuter son ardeur violente ; Il s'offrit à payer les mépris de Gléante ; Et s'étant fait tromper , enfin mal satisfait , Me veut faire passer de la feinte à l'effet. Son rival s' abaissant a ma fureur changée : Le devois-je punir puisque j'étois vengée, Et n'être point sensible aux vœux que j'ai reçus ? C'est notre différent , jugez -nous là -dessus.
CLÉONIE.
Théaste souffrira pour un commun exemple ; Par ma bouche l'Amour le bannit de son temple , Et désire qu'il soit , d'une commune voix , Tenu pour un esclave indigne de ses lois,
THÉASTE.
O le notable arrêt! Il faut crier miracle; La sibylle , messieurs , a rendu son oracle. La belle occasion qu'elle a prise aux cheveux De punir le mépris que j'ai fait de ses vœux !
CLÉONIE.
Oui , j'ai fort ressenti le pouvoir de tes charmes ! Peut - être tu m'as vue à tes pieds fondre en larmes ! N'as - tu point été vain de ma ferme amitié , Et n'ai -je point souvent imploré ta pitié? Comme en son sentiment tout le monde se flatte , Tu veux paroître ingrat et moi paroître ingrate ; Connoissant ma froideur, tu fais l'indifférent. Ecoute , et que ce mot règle ce différent : Crois que si mon amour n'a ton âme cmflammée , Tome V. 3i
Je t'aimois moins encor que je n'ctois aimée. Ton frère en m'oubliant m'avoit assez appris A ne me fier pas en vos foibles esprits. Théaste, il est certain que j'aimai ce volage, Et pour ne l'aimer plus j'ai trop peu de courage. Qu'il vante , qu'il soit vain de cette passion , Je ne rougirai point de ma confession ; Je conserve une ardeur que ni sa perfidie Ni son éloignement n'ont jamais refroidie. J'aimois ton entretien comme de son parent , Et j'ai promis beaucoup à ton mal apparent ; Mais ce fut seulement pour montrer à Timante Que je pouvois chasser l'ennui qui me tourmente ; Je ne flattois d'espoir tes désirs superflus Que pour lui témoigner que je ne l'aimois plus.
Que ton humeur est feinte !
CLEOIVIE.
Et la tienne légère !
Ne te souvient -il point de certaine étrangère Dont on t'a vu trahir la chaste affection? Et je t'aurois aimé sachant cette action ! Connois - tu Félicie ?
THÉA.STE.
Si ta voix inhumaine , Ici cruellement renouvelle ma peine , Plût au ciel , Cléonie ( et ne me crois jamais Si tu tiens pour suspect le souhait que je fais), Plût au ciel que ma mort eût conservé sa vie , Ou que , ne le pouvant , je l'eusse au moins suivie ! Que cet heureux trépas m'eût épargé de pleurs Et que j'eusse évité de sensibles douleurs !