‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 381 sur 465 · ACTE III, SCÈNE V. SSg · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V. SSg

J'ai beau délibérer, j'ai beau promettre au roi ; J'ai beau, ma chère sœur, me promettre à moi-même, Plus je la veux haïr , plus je sens que je l'aime : Quelque effort que j'emploie, il ne me produit rien. Et je ne puis dompter ni mon cœur ni le sien.

THÉODORE

Ces transports ne sont bons qu'à des âmes vulgaires.

DON PÈDRE

Je délibère assez , mais n'exécute guères. Mais pendant que l'ardeur d'un généreux courroux Tentera cet effort, j'en demande un de vous: Que si , comme le sort en regarde peu d'autres , Don Lope ose hausser les yeux jusques aux vôtres. Vous traitiez son amour de la même douceur Que mes ardens transports sont traités de sa sœur.

THÉODORE

Quoi! prince, vous croyez

DON PÈDRE

Doutez-vous que vos charmes Ne soient et le motif et l'objet de leurs armes ? Et le roi dans sa cour vous cherchant un époux , Y peut -il faire choix d'un plus digne de vous?

THÉODORE

Je sais combien don Lope a servi la couronne ; Mais le puis -je haïr si le roi me le donne?

DON PÈDRE

Non, mais par quelques traits d'une feinte rigueur Lui faire auprès de vous besoin de ma faveur , Et feindre pour don Sanche un peu plus de tendresse ; Votre sexe en cet art ne manque pas d'adresse.

54o DON LOPE DE CARDONE,

THÉODORE

Je ne vous cèle point que vous m'embarrassez ; Mais vous me l'ordonnez, mon frère, et c'est assez.

DON PÈDRE

Ils vous cherchent. Adieu.

(Il sort.)

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