ACTE I, SCÈNE IL
( Sans doute ce combat vaut bien une victoire , Et l'on peut triompher avecque moins de gloire.) Mais épargnez , seigneur , épargnez à vos yeux Un objet qui trahit un cœur si généreux , -^
En qui vos ennemis trouvent toutes leurs armes , Dont ils portent chez vous ces funestes alarmes. J'oserai m'expliquer si vous le permettez : La duchesse exilée
AMALOIY.
Insolent , arrêtez- Esprit lâche et flatteur , âme toujours masquée , Ta pensée en ce mot s'est assez expliquée. Cet objet odieux, et que j'ai dû bannir , Règne encor dans ma cour et dans ton souvenir ! Rebelle, oses -tu bien porter en ta pensée Une idole orgueilleuse à mes pieds renversée , Adorer ses débris , et d'un zèle indiscret Lui dresser en ton cœur un autel en secret ? Va , ne me parle plus de cette indigne femme , Ou j'irai de ce fer la chasser de ton âme.
ÉBROIiy.
Seigneur , nous devons tous respecter en vos mains
Le pouvoir qu'elles ont sur le sort des humains.
Le ciel , en produisant des têtes couronnées ,
Forme de leurs plaisirs toutes nos destinées :
Ainsi cette princesse , en ce funeste état ,
Doit être regardée en victime d'état ;
Son sort, puisqu'il vous plaît, ne peut former pour elle
De plainte dans nos cœurs qui ne soit criminelle.
Agissez donc, seigneur; enfin contentez -vous ;
Que Judith craigne un maître , ou qu'elle aime un époux.
La contrainte après tout n'est pas beaucoup fâcheuse
Sgo L'ILLUSTRE AMAZONE,
Qui , malgré ses refus , la force d'être heureuse. Soit qu'elle monte au trône ou de force ou de gré , On la verra changer sur le premier degré.
* AURONTE.
Seigneur , ce conseiller dedans sa politique Ne voit pas que l'amour n'est jamais tyrannique; Quel que soit le pouvoir et le droit des vainqueurs , Les vaincus sont toujours les maîtres de leurs cœurs ; Et de quelque douceur que les sceptres nous flattent , Quels que soient les brillans dont les trônes éclatent , Pour un esprit forcé le sceptre est un fardeau , Et sans la liberté le trône est un tombeau. Vous le pouvez pourtant ; mais au lieu d'une reine , Prenez garde de mettre une esclave à la chaîne, Qu'un mal que l'on aigrit est hors de guérison , Et que c'est l'exciter d'y verser du poison.
AMALON.
Hélas ! en cet état quel conseil dois -je prendre? Que veux-tu que j'espère , et que puis -je prétendre ? Auronte , cher Flaucat , vous seuls de mes amis Dont jamais l'intérêt n'a troublé les avis , Est-il dans ma couronne et d'éclat et de gloire Qui pût récompenser cette illustre victoire , Et dont je ne voulusse honorer le vainqueur Qui d'un si rare objet m'apporteroit le cœur?
FLAUCAT.
Prince , le mal n'est pas si grand que vous le faites. Nous vous en répondons aux dépens de nos têtes.
AMALOF.
Mais , hélas! cet espoir me flatte sans raison. Sa haine a préféré l'horreur d'une prison ,