‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 428 sur 465 · ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV

SIGISMOWD.

Mon bras est -il armé que pour vous protéger?

CLOTILDE

Vouloir m'assassiner , est - ce bien me venger ? Et n'est - ce pas plutôt , par un coup bien horrible , Me frapper à l'endroit oîi je suis plus sensible , Que de m'aller chercher dans le sein d'un époux ?

SIGISMOND

Un époux ! le barbare !

Hélas! que faites -vous?

Tout barbare qu'il est, mon frère, enfin, je l'aime. Et vois en mon époux une part de moi-même. Contre les cruautés dont je ressens l'effet Je ne saurois former qu'un murmure imparfait ; Que si dans ces excès ma douleur le veut faire , L'amour incontinent l'oblige de se taire , Condamne mes sanglots , censure mes désirs , Et pour me reprocher jusqu'aux moindres soupirs. Me découvrant en lui la moitié de mon âme , Dit qu'il est mon époux et que je suis sa femme. A ce doux souvenir mes regrets condamnés Meurent sans s'expliquer aussitôt qu'ils sont nés : Bien loin de le punir , je soupire et je n'ose , Me plaignant de mes maux , en accuser la cause. Quelques traits rigoureux qui me puissent toucher, Quand je les vois partir d'un bras qui m'est si cher. Une part de mon cœur , l'autre étant offensée , Excuse en ma douleur la main qui m'a blessée. Oui , si j'en fuis le coup , j'en aime encor l'auteur , Et chéris mon époux dans m.on persécuteur.

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