‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 447 sur 465 · ACTE IV, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IL

FLAUCAT.

D'immoler sur le trône un tyran à Tétat.

Ainsi qu'il n'étoit point de victime plus juste ,

Nous ne pouvions choisir un autel plus auguste ,

Ni la sacrifier avec plus d'ornement.

Mais enfin le destin en dispose autrement ,

Soit qu'il ait d'autres mains pour ce grand sacrifice ,

Soit qu'il n'ait pu souffrir qu'un si léger supplice

Ait dérobé ta tête aux rigueurs de ton sort ,

En te laissant périr d'une trop douce mort :

Mais il veut que ton sang , pour le bien satisfaire ,

Traîne dans le tombeau ton âme sanguinaire,

Faisant rougir l'état de nous avoir donné

Au lieu d'un souverain un monstre couronné.

ÉBROIW.

Triompher de son crime avecque tant d'audace ! Ne souffrez plus...

AMALOJY.

Enfin ma colère se lasse.

JUDITH, varoissant.

Suspendez un arrêt qu'on ne peut prononcer , Sans connoître sur qui vous le devez lancer. Prince , vous ne savez de ce complot funeste Que la moitié du crime; écoutez -en le reste.

AMALOIV.

Les perfides ainsi disposoient de mon sort ; J'étois en leur complot ministre de ma mort , Et , par un attentat digne d'une mégère , Ministre de la vôtre aux yeux de votre père. Ah , traîtres ! ah cruels ! scélérats ! mon trépas

Pour soûler vos fureurs ne vous suffisoit pas ! Votre crime vouloit avoir quelque justice , Et que ma mort passât pour un juste supplice ; Que mourant je serois criminel en effet D'un crime malheurux que je n'avois pas fait. Mais le ciel a voulu que dans ce sacrifice Auronte...

JUDITH

Non, seigneur , il s'est fait injustice , S'il a cru se punir d'un si noble dessein. Amalon , reconnois quel est ton assassin. Il faut lever le masque , et que mon cœur l'affronte. Non , non , n'accusez pas Flaucat ni cet Auronte , L'un et l'autre pour moi conspirent contre vous : Ils empruntent de moi les traits de leur courroux ; J'inspire dans leur cœur le feu qui les anime. Et , s'ils sont criminels, c'est moi qui fais leur crime,

AMALON.

O tonnerre ! 6 carreau qui vient de me frapper ! Quoi ! vous , et contre moi ?

FLAUCAT.

Vous vous laissez tromper • Et ne voyez -vous pas que c'est un artifice Par lequel elle veut me tirer du supplice ?

AMALON.

Grâce à mon assassin si digne du trépas ?

FLAUCAT.

La grâce que je veux , c'est de n'en avoir pas. La mort m'est une vie et la vie une peine , De la main d'un tyran s'il faut que je la tienne=

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