‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 458 sur 465 · ACTE V, SCENE IV. 65i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IV. 65i

Oui, seigneur, ce couteau, cette lame innocente, De la mort de son maître encor toute fumante, N'attend plus qu'on la pousse et qu'on la fasse agir Pour se laver d'un sang dont je la fais rougir. Qu'elle se plonge au mien pour en être purgée ; Qu'elle venge son maître après m'avoir vengée. Puis -je lui refuser, après un tel bienfait, De la laver ici du crime que j'ai fait ? Entrer dans le cercueil avecque tant de gloire , C'est entrer dans le port sur un char de victoire. J'aurois déjà cueilli de ce bras criminel , Au milieu des cyprès un laurier éternel , Si le ciel , arrêtant le coup du sacrifice , De ses justes arrêts ne m'eût rendu complice. Je me croyois victime , et Dieu , dans son dessein , Pour en frapper un autre avoit choisi ma main.

SIGISMOWD.

Mais Amalon est mort , il faut lui satisfaire.

JUDITH

Seigneur, vengez -le donc, mais en juge sévère. Quelque tourment sur moi que l'on veuille essayer , S'il ne faut que du sang , j'ai trop de quoi payer. Ce sein , où les affronts n'ont pu trouver de place , Recevra tous vos coups comme des coups de grâce. Mais afin que ma peine égale mes forfaits. Seigneur, vous a-t-on dit tous les maux que j'ai faits? Savez -vous qu 'Amalon n'est pas mon plus grand crime , Qu'il est de ma fureur la plus juste victime,

Qu'Auronte empoisonné , que Flaucat O penser !

O glaive de douleur qui vient de me blesser !

SIGISMOND

Sèche tes pleurs.

JUDITH

Hélas ! ces pleurs qui m'ont trahie Vous ont- ils déjà fait, de juge et de partie, L'avocat de mes jours et mon consolateur ? Ah! ne regardez plus ce visage flatteur. Mon cœur, en ce moment que je pleure et soupire , Reproche à ma douleur d'avoir pris trop d'empire. Falloit-il me trahir, foible ressentiment. Et corrompre celui qui vengeoit un amant ? Flaucat , je te trahis ; qui sera ton refuge ? Puis -je vivre...

SIGISMOIVD.

Amalon en veut être le juge :

Refusez -vous l'arrêt?

JUDITH

J'ai lieu de le bénir.

S'il nous a séparés il va nous réunir.

SIGISMOND

Dans le lit de la mort il vous a condamnée.

A quoi ?

SIGISMOND

De vivre heureuse.

JUDITH

A vivre infortunée.

SIGISMOND

Il a dedans son sang signé votre pardon.

JUDITH

A qui voudroit mourir la vie est - elle un don ? Il se venge en effet encore après sa chute ,

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