SCENE PREMIERE
(UlVE PRISON. )
GENEST seul et enchaîné.
Jr AR quelle divine aventure,
Sensible et sainte volupté,
Essai de la gloire future,
Incroyable félicité ;
Par quelles bontés souveraines,
Pour confirmer nos saints propos.
Et nous conserver le repos ,
Sous le lourd fardeau de nos chaînes.
Descends-tu des célestes plaines
Dedans l'horreur de nos cachots?
O fausse volupté du monde.
Vaine promesse d'un trompeur!
Ta bonace la plus profonde N'est jamais sans quelque vapeur; Et mon Dieu, dans la peine même Qu'il veut que l'on souffre pour lui.
SAINT GENEST, Quand il daigne être notre appui, Et qu'il reconnoît que l'on l'aime, Influe une douceur suprême Sans mélange d'aucun ennui.
Pour lui la mort est salutaire ,
Et par cet acte de valeur
On fait un bonheur volontaire
D'un inévitable malheur.
Nos jours n'ont pas une heure sûre;
Chaque instant use leur flambeau;
Et l'art, imitant la nature,
Bâtit d'une même figure
Notre bière et notre berceau.
Mourons donc, la cause y convie :
Il doit être doux de mourir Quand se dépouiller de la vie Est travailler pour l'acquérir.
Puisque la céleste lumière Ne se trouve qu'en la quittant Et qu'on ne vainc qu'en combattant, D'une vigueur mâle et guerrière Courons au bout de la carrière Oii la couronne nous attend.