ACTE V, SCENE IL
Sur la foi de ton Dieu fondant ton espérance, A celle de nos dieux donne au moins l'apparence, Et, sinon sous un cœur, sous un front plus soumis, Obtiens pour nous ta grâce, et vis pour tes amis.
GENEST
Notre foi n'admet point cet acte de foiblesse ; Je la dois publier, puisque je la professe. Puis-je désavouer le maître que je sui ? Aussi-bien que nos cœurs nos bouches sont à lui. Les plus cruels tourmens n'ont point de violence Qui puisse m'obliger à ce honteux silence. Pourrois-je encor, hélas! après la liberté Dont cette ingrate voix l'a tant persécuté. Et dont j'ai fait un Dieu le jouet d'un théâtre, Aux oreilles d'un prince et d'un peuple idolâtre. D'un silence coupable, aussi-bien que la voix. Devant ses ennemis méconnoître ses lois!
MARCELLE
César n'obtenant rien, ta mort sera cruelle.
GENEST
Mes tourmens seront courts, et ma gloire éternelle.
MARCELLE
Quand la flamme et le fer paroîtront à tes yeux....
GENEST
M'ouvrant la sépulture, ils m'ouvriront les cieux.
MARCELLE
O dur courage d'homme!
GENEST
o foible cœur de femme !
MARCELLE
Cruel! sauve tes jours.
GENE ST
Lâche! sauve ton âme.
MARCELLE
Un erreur, un caprice, une légèreté,
Au plus beau de tes ans te coûter la clarté !
GENEST
J'aurai bien peu vécu si l'âge se mesure
Au seul nombre des ans prescrit par la nature;
Mais l'âme qu'au martyre un tyran nous ravit,
Au séjour de la gloire à jamais se survit.
Se plaindre de mourir c'est se plaindre d'être homme;
Chaque jour le détruit, chaque instant le consomme;
Au moment qu'il arrive il part pour le retour.
Et commence de perdre en recevant le jour.
MARCELLE
Ainsi rien ne te touche , et tu nous abandonnes ?
GENEST
Ainsi je quitterois un trône et des couronnes : Toute perte est légère à qui s'acquiert un Dieu.