ACTE III, SCENE IL
Et tous ses entretiens font aisément juger Des passions qu'il a de vous le partager.
LÉONOR
Outre que de l'état les raisons importantes
Au parti de Navarre attachent ses attentes,
Je ne sais quel mépris stupide ou généreux.
Quelque éclat qu'ait un trône , en détourne mes vœux.
Je t'ai mis à la cour, et crois sans imprudence
Pouvoir sur un secret prendre ta confidence,
Et, m'osant reposer sur ta discrétion,
Intéresser tes soins dedans ma passion.
PÉRÈS
Si vous m'honorez tant, je chéris moins la vie Que je ne ferai l'heur de vous avoir servie.
LÉONOR
Pour Cabrère, en un mot, mon cœur brûle d'amour :
Mais comme ses vertus charment toute la cour,
Et qu'il trouve partout des vœux si légitimes.
Il compte encor l'infante au rang de ses victimes.
Dont le dessein du mien traversera le cours,
wSi ma flamme en ton art ne trouve un prompt secours.
Tu peux de don Bernard imiter l'écriture :
Fais-moi de son amour une vive peinture,
Couches-y tous les traits dont la main d'un amant
Nous peut représenter un sensible tourment.
Et dont on peut toucher le cœur d'une maîtresse;
Souscris-la de son nom , la ferme et me l'adresse.
Prépare à mon espoir cet heureux fondement;
Le reste, par mes soins concerté dextrement,
Si beaucoup de malheur n'évente l'artifice.
De ses prétentions détruira l'édifice.
PÉRÈS
Cent dépêches au roi, que j'ai de don Bernard,
Me feront imiter sa lettre avec tant d'art,
Et si bien succéder le glorieux office
Que je me rends moi-même en vous rendant service ,
Que don Bernard lui-même hésiteroit en vain,
Et dedans mon écrit reconnoîtrolt sa main.
LÉONOR
Je l'attends; mais surtout sois discret et fidèle.
PÉRÈS
Ce service à l'instant, aussi prompt que mon zèle, Dedans ce cabinet vous va prouver ma foi , Puis sur votre santé je reverrai le roi.
(Lëonor sort.)