ACTE V, SCÈNE VîII
J'en ignore la cause et j'en souffre la peine; Et, puisque je reçois si peu d'allégement, Elle est même cachée à votre jugement.
Enfin ma guérison semblant sans apparences , J'ai pour un bien commun désiré vos présences. Ecoutez, chers amis, le dessein que je fais: Un sceptre dans mes mains est un trop rude faix ; Je connois mes défauts, et vois qu'il est facile De pourvoir toutefois au bien de la Sicile. Pour achever mes jours avec plus de douceur, Je cède mes soucis et mon sceptre à ma sœur. Sa naissance et mes vœux la rendent souveraine; Reconnoissez-la tous en qualité de reine. Mais, pour ce qu'une femme est foible en tant de soin, Un roi secondera sa peine en ce besoin ; Léandre , que le bien de ce royaume touche , Partagera son sceptre aussi-bien que sa couche. Offrez à leurs genoux vos armes et vos vœux. Et ne résistez point au dessein que je veux.
LÉONOR
En ce fâcheux état que sa voix a de charmes! Mais feignons à propos, et lâchons quelques larmes. Ah! révoquez, monsieur, cet arrêt rigoureux, Nous aurons sous vos lois un destin plus heureux.
LE ROI, la faisant asseoir près de lui. Ma sœur, prenez ce lieu, les répliques sont vaines. Quoi , vous défendez-vous de soulager mes peines ?
LÉONOR
Monsieur , dispensez-moi. . . .
LE ROI
Que servent ces propos?
Ou l'on doit m'obéir , ou l'on hait mon repos.
i68 LA BAGUE DE L'OUBLI,
(Il fait asseoir Léandre à sa place. )
Et VOUS , si VOUS m'aimez , prenez place auprès d'elle , Et soyez à ces gens un monarque fidèle. Vous, conspirez ensemble à finir mes travaux, Et ne reconnoissez que ces princes nouveaux.
LÉAIVDRE.
Sire, dispensez-moi d'une pareille gloire,
Dont je me sens indigne et que je ne puis croire.
LE ROI
Tenez- vous en ce lieu, ne me répliquez point; Beaucoup d'autres voudroient m'obéir en ce point.
LÉAJVDRE.
Bien que de ces honneurs je me sente incapable, Je vous obéirai pour n'être point coupable.
LE DUC, au comte.
Ces accidens, mon fils, me donnent de l'effroi, Et je crains de nouveau la colère du roi.
LE COMTE
A voir ce changement les cheveux me redressent, Mais ce n'est pas à nous que les choses s'adressent.
LE ROI debout.
Puisqu'enfîn vous régnez absolus en ces lieux , Où vous ne relevez que du pouvoir des cieux , Et qu'il faut désormais employer vos puissances A rendre les bienfaits et punir les offenses ; En ce premier éclat de votre dignité.
Faites, sire, à nos yeux briller votre équité; Jugeant sans passion d'un procès d'importance, Digne de votre oreille et de votre assistance.
LÉANDRE, a Léono7\ Je tremble à voir l'horreur qui sur son front se lit.