SCÈNE PREMIÈRE
CLÉAGÉNOR seul.
Vallons, antres, rochers, confidens de mes peines, Où se termineront mes courses incertaines ? Et quel secret destin arrête ici mes pas A chercher vainement ce que vous n'avez pas ? J'ai monté des rochers les plus superbes têtes , J'ai vu sous moi les lieux où se font les tempêtes, J'ai cherché Doristée aux antres plus cachés Qu'un mortel, sans mourir, ait encore approchés; J'ai vu ce que Neptune en mille endroits enserre, Et l'onde m'est ingrate aussi-bien que la terre; Le ciel, impitoyable à mon mal infini , Rend ma poursuite vaine et ce rapt impuni. Un rival insolent triomphe de ma gloire ,
ï8o CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,
Il butine les fruits d'une injuste victoire,
Et, durant ces transports, Doristée en ses bras
Pleure bien mon malheur, mais ne l'allège pas.
De son honneur Ménandre assouvit son envie.
O dieux! à ce penser je conserve la vie!
Contre un mal si cruel mon courage est si fort,
Et je vis si long-temps quand mon espoir est mort !