SCÈNE IV
DEUX VOLEURS, DORISTÉE.
PREMIER VOLEUR
Ami, vois-tu cet homme assis en cette plaine?
DEUXIÈME VOLEUR
Son habit promet moins de profit que de peine : Le bien n'arrête point dans les mains de ces gens Affamés et toujours à leur ventre indulgens.
PREMIER VOLEUR
Voyons-le toutefois.
DORISTÉE.
O dieux! à cette vue, Que mes sens sont troublés , que mon âme est émue 1 Tome L i3
Î94 CLEAGENOR ET DORISTEE,
Fuirai-je ces voleurs? leur geste et leur façon Ne confirment que trop mon timide soupçon; Mais je fuirois en vain si foible et si lassée, Qu'avant qu'être en ce bois ils m'auroient devancée.
PREMIER VOLEUR
La bourse , camarade ?
DORISTEE.
Hélas! pauvre inconnu, Sans maître, sans pays, si mal fait et si nu. Qu'espérez-vous de moi? prenez ce qui me reste, De ma captivité ce signe manifeste.
Ce vieil habillement , ce reste de mon bien , Et croyez que l'ayant vous ne me laissez rien.
J3EUXIÈME VOLEUR.
O sort injurieux , qui rends nos prises vaines , Et qui toujours de vent récompenses nos peinesî Quel butin profitable en suivra tant de faux? Sacrifions ce gueux à de si longs travaux. Ma main, depuis long-temps exempte de carnage, Doit ce rebut du sort pour victime à ma rage.
PREMIER VOLEUR
Arrête, s'il promet avec affection , Nous servant, exercer notre profession, Il nous est de besoin.
DORISTEE.
Si foible et sans adresse, En quoi vous peut, messieurs, seconder ma jeunesse? Où vous puis-je servir?
DEUXIÈME VOLEUR
C'est trop, et ton trépas Suivra ta résistance, ou tu suivras nos pas.