ACTE IV, SCENE IL
Une austère vertu plaît moins qu'un beau péché; Et la fleur que j'espère, et que tu me destines, Me désagréroit fort avecque tant d'épines.
DIA]>rE.
Donc que d'un saint respect nos vœux soient limités , Et qu'une honnête amour joigne nos volontés.
PHILÉMOWD.
Je veux ce que tu veux si ma flamme me dure , Mais elle ne peut être et bien forte et bien pure.
DIANE
Faisons mieux, sois mon frère et que je sois ta sœur.
PHTLÉMOND.
Mais nous nous flatterons d'une fausse douceur. Si tu crois mon avis nous vivrons d'autre sorte, Et suivrons le vrai bien où notre ardeur nous porte.
DIANE
Le vrai bien que tu dis est un bien décevant.
PHILÉMOND.
N'en discourons donc plus, vivons comme devant.
DIANE
Quoi, tu prises si peu mon amour et moi-même?
PHILÉMOND.
\ On ne refuse rien aux personnes qu'on aime.
DIANE
î Je t'aime toutefois, et ne puis consentir ' A ce qui me vaudroit un si cher repentir.
Ton âge m'est suspect. La jeunesse imprudente
Sait mal entretenir une ardeur violente. ; On ne peut arrêter son inclination ,
S28 CLEAGENOR ET DORISTEE, Elle se refroidit par la possession ; Insolente qu'elle est , elle vante son crime , Cette gloire est toujours ce que plus elle estime ; Elle aime d'en parler, méconnoît son bonheur, Et perdant son amour , perd aussi votre honneur. Lors....
PHILÉMOND.
Philémond , Diane , est autre qu'on ne pense. Voilà bien consulter pour une douce offense. !Non, non, aucun sujet ne te doit retenir. Et le mal que tu crains ne te peut advenir: Comme l'affection, le respect est extrême Autant en Philémond que dans ton sexe même. Puis, me vantant d'avoir possédé tes appas, Etant ce que je suis on ne me croiroit pas.
DIANE
On se promet beaucoup alors qu'on délibère, Mais je me suis moi-même un juge assez sévère; Je me verrois honteuse et mon honneur taché, Pour un bien qui demain pourroit m'être arraché.
PHILÉMO]>fD.
Je veux tout de l'amour, rien de la violence.
DIANE
Qui retient si long-temps mon esprit en balance ?
Je trahis ma vertu pour un indifférent ,
Et je ne connois pas son mépris apparent;
J'entretiendrai long-temps une ardeur si parfaite,
Et ce jeune arrogant méprise sa défaite.
Non, porte ailleurs. Amour, tes conseils superflus,
Je brise tes liens et ne t'écoute plus.
(Elle sort.)