‹ uvres de Jean RotrouChapitre 174 sur 422 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Qui pèche sans dessein, pèche légèrement, Et l'on doit plaindre plus qu'accuser son tourment.

I THÉANDRE

I Si vous daignez souffrir une ardeur plus sortable , Mon exemple rendra sa faute insupportable; C'est à vous de m'instruire , à vous de me donner L'ordre de la punir ou de lui pardonner; Si vous me condamnez, son crime est condamnable, Si vous me pardonnez , il sera pardonnable ; Car je cède comme elle à la nécessité. De craindre et d'adorer votre rare beauté. Ma raison a long-temps cette ardeur refusée, Une longue amitié s'est long-temps opposée; Cléagénor m'est cher, j'aime son intérêt, Mais je résiste en vain à ce fatal arrêt ; Vous forcez ma raison, et sa foible puissance

, Ne fait contre vos traits qu'une vaine défense ;

! Mais déjà ce discours altère vos appas,

' Vous voulez que j'excuse , et ne m'excusez pas :

j De quoi pâlissez-vous?

' PHILÉMOWD.

D'un malheur qui m'importe.

THÉANDRE

I La même honnêteté peut parler de la sorte.

PHILÉMOND.

Voulez- vous en l'état où mes jours sont réduits. D'une embûche nouvelle accroître mes ennuis? Doit-on donc en tous lieux veiller à me surprendre? Et faut-il que toujours je veille à me défendre ? j O malheur de mes jours!

238 CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,

THÉANDRE

Je ne parlerai plus, Puisque sans demander j'ai déjà mon refus; L'honnêteté , madame , est une vertu lâche , Si le simple dessein de l'estimer la fâche. Pourquoi peut-on avoir d'amoureux sentimens , Si même la vertu condamne ses amans?

PHILÉMOWD.

Ainsi l'amour profane, attaquant un courage, De l'amour vertueux emprunte le visage ; Ainsi le vicieux, sous d'innocens attraits. Cache un coupable cœur qui se découvre après; Mais ce sort qui vous porte à ces poursuites vaines, Va pour finir vos maux recommencer mes peines; Et je vous veux oter ces vainqueurs malheureux Qui rendent malgré moi tant d'esprits amoureux. Souffrez qu'en ces habits je retourne à Florence , Et que je meure au moins au lieu de ma naissance , Si la loi de mon sort m'ordonne de mourir. Et si Cléagénor ne me vient secourir.

THÉAWDRE.

Non, non , si les effets suivent mon espérance y Yous n'irez point si loin chercher votre assurance ; Attendant que le ciel vous rende votre amant. Votre honneur , Doristée , est ici sûrement ; Je jure que ce feu dont mon âme est pressée Ne me fait pas faillir de la seule pensée ; En mes plus vifs accès la loi de mon devoir Retiendra mon amour au plaisir de vous voir; Laissez-moi ces faveurs que la plus chaste donne, Et que vous ne pouvez refuser à personne :

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