‹ uvres de Jean RotrouChapitre 199 sur 422 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

DAMON, villageois.

Vous qui m'avez ravi l'espoir de mes vieux ans,

Quand terminerez-vous des ennuis si cuisans?

Diane m'est ôtée , et, sans m'oter la vie,

Impitoyables dieux, vous me l'avez ravie;

S'il falloit m'affliger, si mes prospérités

Déplaisoient seulement à vos divinités,

Tous mes biens sans défense attendoient vos tonnerres ;

Vous pouviez inonder et ravager mes terres.

Vous plaire à voir mes fruits et mes raisins rôtis.

Affliger mes troupeaux et séclier leurs pâtis.

Mais de m'avoir ravi mes plus chères délices.

Cet astre qui me rend tous les astres propices ,

Diane, la merveille et l'honneur de vos faits,

Cette punition excède mes forfaits !

Je suis moins odieux que vous n'avez de haine.

Et les plus noirs péchés sont moindres que ma peine.

L'astre de la clarté fait son sixième tour

Depuis que je la cherche aux hameaux d'alentour;

Et j'arrive à Paris avec peu d'apparence

D'y retrouver ma vie et ma seule espérance.

J'emploîrai toutefois mes soins et mes efforts, Sans donner de relâche à ce débile corps; Et j'y perdrai la vie, ayant perdu ma peine, Si j'y fais comme ailleurs une recherche vaine. Jadis en ce quartier j'ai connu Lysimant, Qui tenoit à faveur le nom de son amant, Et qui faisoit dessein de n'aimer jamais qu'elle. On en pourra savoir chez lui quelque nouvelle. Mais dans l'égalité de ces superbes toits, Je méconnois le sien, où je fus tant de fois Qui pourra me l'apprendre?

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