‹ uvres de Jean RotrouChapitre 201 sur 422 · ACTE II, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL

SYLVIAN.

Ne sais-tu pas, Damon, qu'Amour peut tout changer?

Si du cocher du jour il a fait un berger,

Pourquoi ne peux-tu voir que sa force me change

De pasteur en cocher, sans le trouver étrange?

Hélas! que je rirois d'un pareil changement.

S'il n'étoit arrivé qu'en mon habillement !

Mais ce puissant démon, qui régit toutes choses,

A bien fait en mon cœur d'autres métamorphoses.

Je ne suis plus , Damon , ce pasteur que j'étois

Alors qu'on m'entendoit médire de ses lois;

Que j'ignorois d'Amour l'agréable furie ,

Et que je n'en avois que pour ma bergerie ;

Que je passois les jours, sur les rives des eaux,

A tresser des cordons de joncs et de roseaux,

Ou faire sans dessein, au son de ma musette,

Danser Amaryllis , Célimène ou Lisette.

Ma vie est bien changée, et je n'espère pas

Renouveler jamais ces frivoles ébats;

C'est bien un autre dieu que ce Pan qu'on réclame

Parmi les paysans , qui fait agir mon âme ;

Un charme si puissant a mon cœur enchanté....

Mais tu te ris déjà de ma simplicité.

Et l'humeur d'un vieillard, à nos humeurs contraire ,

Lui fait toujours blâmer ce qu'il ne peut plus faire.

Mais ris si bon te semble. Adieu, j'ai trop tardé.

DAMON

Dis-moi donc le logis que je t'ai demandé.

SYLVIAN.

De qui?

DAMON

De Lysimant.

SVLVIAN.

Lysimant est mon maître; Ces couleurs que tu vois le font assez connoître.

DAMON

Et quelle est la beauté dont les yeux triomphans Ont asservi ton cœur?

SYLVIAF.

L'honneur de tes enfans, Cette aimable bergère à qui tout rend hommage, Diane, l'ornement de tout notre village. Mais tu ne réponds pas des heures que je perds: Adieu; te suffit-il? c'est elle que je sers.

(Il frappe.)

DAMOF.

Donc pour me la ravir, craignant sa résistance. Ton bras à Lysimant prêta son assistance ; Et quand l'occasion lui montra les cheveux, Secouru de ton aide , il accomplit ses vœux ?

SYLVI AN.

Qu'il ait pu m'obliger à trahir cette belle!

Tu m'offenses, Damon. Adieu, car on m'appelle.

(Il soit.) DAMOTf seul.

Dieux! si jamais le foudre est parti de vos mams , S'il est fait pour punir les crimes des humains, Ouvrez l'oreille aux cris d'un vieillard misérable, Jetez sur sa misère un regard favorable, Et ne pardonnez pas à la brutalité Qui le fait recourir à votre autorité.

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