‹ uvres de Jean RotrouChapitre 207 sur 422 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

^9o LA DIANE,

En cette liberté que le ciel me renvoie ,

Et que je puis ranger sous de plus doux attraits

Que ceux de qui jamais je n'ai senti les traits.

Tu joins en te vengeant, unique objet que j'aime,

A tes autres faveurs une faveur extrême ,

Et ton juste courroux ne m'est qu'officieux,

Diane, l'abrégé des merveilles des cieux!

Mais que peut t'acquérir l'effet de ta vengeance?

Que peut-elle à nos maux procurer d'allégeance ,

Puisqu'au dessein que j'ai de me rendre à tes vœux

Un avare vieillard défend ce que je veux?

Un astre malheureux éclaira ma naissance ,

Et rangea mes désirs sous son obéissance.

Après de si cruels et de si vains travaux.

Je ne puis aspirer qu'à des partis égaux;

Au moins, pouvant donner une âme indifférente.

Je trouve le moyen de me venger d'Orante,

Quoique son changement me soit doux en effet,

Et que c'est me venger d'un bien qu'elle me fait.

Elle m'a confessé qu'une secrète haine

Lui fait souffrir l'humeur de Rosinde avec peine.

Et ne réserve rien de son autorité

Pour faire à ses amis haïr cette beauté :

J'enfreindrai maintenant une aveugle défense ,

Et j'aurai ce plaisir qu'Orante s'en offense.

Je vais à cette belle engager ma raison :

Ses parens autrefois m'ont ouvert sa prison,

Et m'ont fait proposer cet heureux mariage;

J'espère que leur tille agréera mon servage.

Voyons-la de ce pas.

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