‹ uvres de Jean RotrouChapitre 210 sur 422 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

ARISTE seul.

JiiVFiN, désespéré de forcer mes disgrâces.

Il faut partir. Amour, mais ne suis point mes traces;

Laisse où fut ton empire un généreux mépris.

Et me rends ma franchise aux lieux où tu l'a pris ;

Car je serois aveugle en ma persévérance,

Puisqu'enfin j'ai perdu tout sujet d'espérance.

Orante est engagée, et, malheureux! le jour

Qui me la doit ôter doit m'ôter mon amour.

Toutefois , vains auteurs de mon inquiétude ,

Pensers qui me parlez de son ingratitude.

Souffrez que je la voie au sortir de ces lieux.

Et que sans l'offenser je paroisse à ses yeux;

Si près d'abandonner cette triste demeure ,

Laissez-moi seulement du respect pour une heure;

Après, en quelque lieu que je porte mes pas.

Je vous écouterai, ne me l'épargnez pas.

Peignez-la moi cruelle, ingrate, inaccessible,

Figurez-moi cent fois un affront si sensible,

Et représentez-moi qu'elle a pu me trahir :

Lors vous me serez chers , me la faisant haïr ;

Je suivrai vos conseils et je parlerai d'elle

Comme d'une insensible et d'une criminelle, Aveugle en ses désirs , aveugle en ses refus , Ou, pour vous croire mieux, je n'en parlerai plus. La voilà, cette ingrate, et le courroux extrême Qui surprend mes esprits montre encor que je l'aime.

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