SCENE PREMIÈRE
ARISTE seul.
JiiVFiN, désespéré de forcer mes disgrâces.
Il faut partir. Amour, mais ne suis point mes traces;
Laisse où fut ton empire un généreux mépris.
Et me rends ma franchise aux lieux où tu l'a pris ;
Car je serois aveugle en ma persévérance,
Puisqu'enfin j'ai perdu tout sujet d'espérance.
Orante est engagée, et, malheureux! le jour
Qui me la doit ôter doit m'ôter mon amour.
Toutefois , vains auteurs de mon inquiétude ,
Pensers qui me parlez de son ingratitude.
Souffrez que je la voie au sortir de ces lieux.
Et que sans l'offenser je paroisse à ses yeux;
Si près d'abandonner cette triste demeure ,
Laissez-moi seulement du respect pour une heure;
Après, en quelque lieu que je porte mes pas.
Je vous écouterai, ne me l'épargnez pas.
Peignez-la moi cruelle, ingrate, inaccessible,
Figurez-moi cent fois un affront si sensible,
Et représentez-moi qu'elle a pu me trahir :
Lors vous me serez chers , me la faisant haïr ;
Je suivrai vos conseils et je parlerai d'elle
Comme d'une insensible et d'une criminelle, Aveugle en ses désirs , aveugle en ses refus , Ou, pour vous croire mieux, je n'en parlerai plus. La voilà, cette ingrate, et le courroux extrême Qui surprend mes esprits montre encor que je l'aime.