‹ uvres de Jean RotrouChapitre 228 sur 422 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

ORANTE, CÉLIRÉE.

ORANTE

Je n'attends que la mort, seule je la réclame. Puisque tout est contraire à mon contentement, Et que je vois le jour pour souffrir seulement.

CÉLIRÉE.

Dieux! qu'est-il survenu? que ce visage est triste! Madame, qu'avez-vous ?

ORANTE

J'ai peur d'avoir Ariste:

Un père injurieux m'abandonne à ses vœux, Et son pouvoir s'oppose à tout ce que je veux.

3i4 LA DIANE,

CÉLIRÉE.

Une pareille affaire est de tant d'importance Qu'il ne peut s'offenser de votre résistance. Cette sainte union des inclinations Est la première au rang des libres actions; C'est là qu'innocemment un esprit se dispense A ne point révérer la loi de la naissance ; C'est là qu'il faut oser, et qu'un cœur abattu Fait de l'obéissance une lâche vertu.

ORAWTE.

Aussi tous mes desseins et toute ma puissance

Tendent à renouer ma première alliance ;

Lysimant doit mes vœux à l'indiscrétion

De cet indigne objet de mon affection:

Tantôt, songeant à lui, j'ai vu par la fenêtre

Qui rend dans son jardin, un de ses gens paroître,

A qui j'ai fait ouïr qu'il l'avertît d'aller

Au logis d'Eliante où je lui veux parler:

Car de le voir chez nous, le dessein de mon père

Ne me le permet pas.

CÉLIRÉE.

Pressez donc cette affaire ^ Et n'ouvrez point l'oreille à la sévérité De ceux dont en ce point le droit est limité ; J'ai ravi Lysimant à sa dernière amante: Un effet merveilleux a suivi mon attente ; Je passe pour Lysandre en l'estime de tous , Et Rosinde m'estime en qualité d'époux.

Usez utilement de cette heureuse feinte, Et secouez le joug d'une injuste contrainte : Votre heur dépend de vous.

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