‹ uvres de Jean RotrouChapitre 240 sur 422 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

SYLVIAN, DOROTHÉE.

SYLVIAN.

Que voulez-vous si tard?

DOROTHÉE

Ah! berger insensible, Ce lieu, comme ton cœur, est-il inaccessible? Ne feras-tu jamais un gracieux accueil A celle que tu vois si proche du cercueil? Je ne veux pas fléchir tes rigueurs inhumaines ; Je ne demande pas le loyer de mes peines; Et, quoique chaque jour accroisse mon souci, Je n'avois pas dessein de te parler ici. Je cherche Lysimant.

SYLVIAN.

O dieux! c'est Dorothée.

DOROTHÉE

Ce n'est plus que son corps , l'âme lui fut ôtée Alors qu'on l'avertit de ton éloignement; Je mourus de regret en ce triste moment.

SYLVIAN.

Bergère, mon habit prouve mon ignorance,

Et ma condition excuse mon silence.

J'enseignois autrefois ces discours amoureux :

Nos bergers m'adoroient, je travaillois pour eux;

Et lors, quoique mon cœur fût plus froid qu'une souche,

On croyoit, toutefois, qu'il parloit par ma bouche.

Maintenant je m'occupe à de lâches travaux ,

33o LA DIANE,

Et ne sais plus que l'art de régir mes chevaux. Je vais quérir mon maître.

DOROTHÉE

Hélas! quelle apparence De forcer sa froideur et son indifférence , Et de le disposer au bien que je prétends? Mais voici Lysimant, ne perdons point de temps.

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