‹ uvres de Jean RotrouChapitre 283 sur 422 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CLORIMAND, ADRASTE.

CLORIMAND.

En quel endroit du monde Allez-vous exercer cette main sans seconde ? Chérissez-vous si peu cet aimable séjour? Adraste, est-il donc vrai que vous quittez la cour?

ADRASTE

D'assez justes raisons causent cette sortie

Si pour votre service elle n'est divertie.

Ne me figurez point ce séjour plein d'appas :

Aimerois-je un endroit oii l'on ne m'aime pas?

Je voudrois vous laisser un gage d'importance ,

Mais léger beaucoup plus que la même inconstance:

Sa nature est de vent, que tout peut agiter,

Il faut être un Eole afin de l'arrêter;

Toutefois, il faut bien en redouter la perte.

Vous acquitterez-vous de cette charge offerte?

CLORIMAND.

Je vous voudrois, monsieur, davantage obliger: Craindrois-je ce fardeau puisqu'il est si léger?

Cette légèreté, toutefois, est à craindre.

Et je crois que bientôt on vous en oira plaindre.

CLORIMAJXD.

Qu'est-ce donc ?

ADRASTE

Une femme.

CLORIMAND.

Ah, demeurez ici!

Ou qu'un autre ait le soin d'un semblable souci. Ordonnez-moi plutôt le soin de tout le monde , Y songeant seulement, ma peine est sans seconde; Tous les travaux qu'Alcide a jamais entrepris , Sont moins que d'arrêter ces volages esprits; Une flèche dans l'air, des ondes agitées. Des flammes vers le ciel peuvent être arrêtées; On peut apprivoiser les plus fiers animaux , Ils perdent leur instinct, on n'en craint plus les maux; On voit avec le temps leur nature changée : La femme seulement ne peut être rangée. En vain on bâtiroit des murailles d'airain, Il faut que son vouloir soit partout souverain, Elle seule se garde. Enfin, s'il est possible, Dispensez mon esprit de ce soin trop pénible.

ADRASTE

Puisque vous estimez ce fardeau si pesant.

Au moins, pour m'obliger, conservez ce présent.

(11 lui remet plusieurs lettres.)

Adieu, vivez heureux, soyez toujours fidèle. C'est un cœur bien constant que celui d'Isabelle,

(11 sort.)

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