ACTE III, SCE]N[E I. 46i
ROSÉLIE.
Mais, comme les miroirs, ils peuvent être faux, Et sous de beaux crayons nous montrer nos défauts; Tel dira bien souvent qu'un bel œil le consume , j Qui n'eut jamais d'amour, et flatte par coutume.
ALCANDRE , Cl part.
Agréable combat! que tu m'es important!
Ciel! qu'ai-je mérité, que tu m'assistes tant?
i LE ROI.
! Sans rechercher, mon cœur, ces répliques frivoles,
I Tu me peux repartir avecque deux paroles ;
I Dis, l'amour m'a blessée, et ses traits me sont doux, Mais ils me sont venus d'un autre objet que vous;
. Dis que tu n'aimes pas d'une façon commune
! Et que tu ne veux rien donner à la fortune. Qu'il te faut mériter afin de t'acquérir. Que tu veux qu'on te blesse avant que de guérir. Bannis de tes discours cette frivole crainte ,
I J'abhorrerais un bien qui vient de la contrainte;
' Te parlant du brasier que tu ressens si peu , Ce n'est pas en un fort que je porte le feu; Je n'ai pas résolu d'embraser une ville, On n'agit pas ainsi dans l'esprit d'une fille : Pour la brûler d'un feu si plaisant et si beau, Il faut qu'elle y consente, et tienne le flambeau. Mais je prolonge trop un discours qui te gêne; Adieu, songe à serrer ou dénouer ma chaîne; Estime, cependant, que tous mes feux sont saints. Et que c'est à Fhymen que tendent mes desseins.
(Il sort. J
462 L'HEUREUSE CONSTAINGE,
A LC ANDRE, à RoséUe.
Voilà vous assaillir de ses plus fortes armes; Vous proposant l'hymen, un sceptre a bien des charmes Voilà bien de quoi mettre un esprit en souci; L'amour est bien puissant, mais la fortune aussi. Mon frère a reconnu le naturel des femmes; Il sait par quel moyen on peut toucher leurs âmes : Madame, c'est beaucoup que d'épouser un roi, Et que de voir un monde obéir à sa loi.
ROSÉLIE.
Ne présidé-je plus à votre âme asservie? Dieux! par quel accident Etes-vous devenu, chère âme de ma vie, De son rival son confident?
ALC ANDRE
Et par quel accident l'éclat qui l'environne,
Ne peut-il vous toucher?
Si l'amour vous peut faire haïr une couronne, 11 est un dangereux archer.
ROSÉLIE,
Ah! ne me laissez point en cette crainte extrême.
Ne songeons point au roi; Le dessein qui vous fait parler contre vous-même Me feroit armer contre moi.
ALCANDRE
Il a pris votre cœur, il y met son image, La mienne en doit sortir; Et je vous l'aime mieux conseiller par courage , Qu'avecque honte y consentir.