LE MESSAGER
Je fus présent moi-même à la cérémonie; J'ai vu de ces amans l'allégresse infinie; D'un agréable trait leurs esprits sont blessés, Leurs regards mutuels me l'apprirent assez; Chacun bénit leurs feux , et leur rendit hommage : Mais ce papier, monsieur, vous dira davantage.
ALCAWDRE ouvre la lettre j et lit.
Contenu de la lettre.
« Partagez ma bonne fortune , » Mon frère, Rosélie a fini ses mépris; » Un heureux mariage assemble nos esprits, « Et la rigueur du sort ne m'est plus importune.
» Vous, possédez bientôt la reine :
» Caressons à l'envi ces objets de nos vœux, » Et ne songeons qu'à prendre une agréable peine, » A qui se donnera le premier des neveux.
« Fernand. »
Et puis, assurons-nous en leur sexe perfide Où si visiblement l'inconstance préside; Croyons que leurs discours ouvrent leurs sentimens J Espérons en leur foi, révérons leurs sermens! Hélas! que ma croyance étoit mal assurée. Quelque fidélité que nous eussions jurée! Que j'avois mal fondé mon espoir innocent I Que son esprit est foible, et qu'un sceptre est puissant! La femme prise peu le titre de constante Lorsque celui de reine est l'appât qui la tente. Donc, ce cruel tyran de mes affections Mesure ses plaisirs à mes intentions ; Il possède mon bien, il goûte mes délices. Il cueille, l'inhumain, le fruit de mes services; Ce qu'amour me donnoit, le pouvoir l'a fait sien, Il obtient toute chose , et je n'espère rien ! Mais que me sert, hélas! cette inutile plainte? En la fidèle ardeur dont mon âme est atteinte , Malgré son changement, j'adore ses appas. Le dessein que j'ai fait ne s'altérera pas. Je relève d'un dieu plus fort que ma colère, Je l'adorois constante, et je l'aime légère; Je l'aimois la voyant, je l'aime sans la voir; Je l'aimois espérant, je l'aime sans espoir. Pesant la qualité de l'appât qui la flatte, Je pardonne mon mal à cette belle ingrate ; Et je veux dans ses mains, malgré tant de froideur,